HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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28.10.13

407.103.11

Pendant que le taxi les amenait au lieu du rendez-vous, monsieur Adolf Hitler lisait la documentation pour une future une annonce de produit bienfaisant pour la beauté féminine. 

Comme le projet qui était en train avec son associé monsieur Kafka était loin d’être terminé et ne serait rentable, si tout allait pour le mieux, que dans le futur - il fallait le commencer, le continuer et le finir – et il avait toujours eu des difficultés avec ces 3 étapes nécessaires d’un projet. Comme pour faire exprès, monsieur Kafka avait le même problème. 

Il fallait bien qu’il trouve des sources de revenus immédiats. Comme les femmes réclamaient sans cesse de nouveaux produits pour leur beauté et que l’industrie pétrochimique et les abattoirs (source d'huile et de graisse animale) produisaient ces produits miracles qu’il fallait vendre, sa position, en tant qu’intermédiaire, était de faire se rencontrer les 2 besoins : celui de beauté et celui d’$. Le tout accompagné d’éloges choisis et de jolies images.

Comme le trajet s’annonçait longuet, il se concentra sur sa documentation. Une équipe d'idéateurs avait déjà écrit le scénario qui leur semblait le plus à même de faire rêver la femme vieillissante ou celle plus jeune qui voit déjà les années filer ce qui augmente son insécurité naturelle. 

Le rôle de monsieur Hitler et des spécialistes de la grande messe de la beauté était de la rassurer. En évitant de lui faire remarquer que la mort est inévitable, que dès que l’on naît, on vieillit. Que la mort est aux aguets. Et que la vieillesse semble augmenter avec le temps, le tout produisant de nombreux effets esthétiques indésirables. Parfois même répugnant. 

Ceci aucune femme ne voulait le savoir, aussi étaient-elles prêtes à payer très cher le rêve qu’on leur procurait en petits pots de verre ou petites bouteilles de cristal.

Il en aimait le style et le lut à voix haute à monsieur Kafka. Comme s'il parlait de collègue de travail et comparait leurs oeuvres. Certes, monsieur Kafka écrivait pour la postérité, faisait ou essayait de faire de la littérature. Ce qui décevait son père, un homme sérieux, qui lui vantait sans cesse les avantages des assurances. Autre série de textes servant à éloigner la mort, la malade et les catastrophes. Ce besion d'être rassuré - encore- permettait à de nombreux spécialistes d'en faire un métier honorable et rémunérateur. Mais son fils négligeait son avenir pour des rêves frivoles. Il est bon que les enfants fassent à l'école des rédactions et des compositions pour apprendre à écrire et démontrer leurs progrès à leurs professeurs vigilants mais une fois que l'on sait tout ça, que l'on a eu des bonnes notes, indiquant que l'on sait ce qu'il faut savoir, c'est suffisant. Il faut utiliser ce don dans des métiers qui font vivre leurs hommes. Qui feraient des textes qui ne visaient qu'un effet immédiat mais réel. La béatitude du consommateur. 

À comparer, la postérité et tout le bien que l'on peut dire de vous après votre mort étant peut-être agréable mais tout à fait inutile dans une conversation avec son banquier.

Le texte se lisait comme suit:

Donnez-nous 10 semaines et nous vous donnerons 10 ans.

Crème anti-ride hydratante

Guerre aux rides et aux imperfections cutanées

Combat visiblement les rides à la source.

Lorsque vient le temps de lutter contre l’apparence des rides, il faut voir au-delà des apparences. Cette formule révolutionnaire cible les rides là où on ne les voit pas : dans les couches profondes de l’épiderme. Ce précieux flacon contient du Rétinol stabilisé exclusif, combiné à du Biopeptide et à de l’Acide Yaluronique. 

Tous ces merveilleux ingrédients de la science moderne agiront en profondeur pour doubler le métabolisme cellulaire, activer la production d’élastine et augmenter le collagène de 95 %. 

Le résultat : en 10 semaines, votre peau paraîtra 10 ans plus jeune. 

Vos 10 semaines commencent aujourd’hui.

La secrétaire dont le métier à l’agence était de vivre dans un monde d’apparences, de trahisons et de mensonges, n’aimait pas ce qu’elle entendait. Son rôle et celui de son patron avait été de créer de l'ordre dans un monde désordonné et informe où ne sont à l'aise que les lémures. 

_ Vous n’avez pas honte de faire rêver ces pauvres femmes ?

_ Non.

Il lui expliqua que si elles se sentaient heureuse grâce à lui, à la propriété privée, à la liberté d'entreprendre et au commerce, qu’y avait-il de mal? Il y a des gens qui paient bien plus cher pour leurs rêves.

Les rêves des uns : payer leurs loyers, trouvaient un échos dans les rêves des autres : rester éternellement jeunes et désirables. Sans vendre son âme au Diable. Ce que certaines faisaient. À leur risque et péril. Chaque rêve comme une chanson chorale trouvait son échos.

Dans une époque antérieure, que nous appellerons sa vie de bohème, il avait vu combien de rêveurs ayant besoin de sexe, d’alcool, de drogue. Besoin inextinguible qui taraudait leurs corps et leur cerveau. Toute une industrie artisanale, souterraine, celle-là, existait pour satisfaire à leur besoin. 

Des produits appropriés servaient à étancher une soif incessante de spiritualité dans le désert où flottait ces âmes perdues.

La femme qui ne pouvait supporter sa vie sans sa dose d’éther ou l’artiste qui pensait être incapable d’avoir des images sans absinthe était plus à plaindre qu’elles parce que ces produits étaient certes efficaces mais redoutables pour la santé et le cerveau des clients. On commençait même à dire que la cigarette, l’opium, la cocaïne pouvait être dangereuse. Et pourtant que de bien pouvaient faire ces miracles de la science et de la sorcellerie. 

Tandis qu'un innocent flacon de verre délicat ne contenant que des graisses minérales et animales et de l'eau pouvait faire tant de bien à l'âme souffrante de la femme moderne. Ce que la religion en une autre époque lui procurait. 

Comme il ne servait à rien de discuter avec lui, elle cessa. Ce qui est fort raisonnable. 

Ils étaient tous les 3 dans le taxi, la cliente qui était venu dans leur bureau pour avoir des nouvelles de son affaire avait été renvoyée chez elle. Il ne servait à rien de prendre plus de risques. Avec eux. Qui sait ce qu'ils découvriraient. Ou eux avec elle, à tout moment elle pouvait se transformer en poids mort, une femme inerte tombée inconsciente. Son esprit n'ayant pu supporter trop de réalité souffrante.

Ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils allaient découvrir. S'il aurait mieux fallu rester au bureau. Mais la secrétaire commençait à être inquiète pour son patron, tandis qu'eux, ne le connaissant pas et n'ayant aucune envie de le connaître, étaient tout à fait indifférent à sa survie. 

Elle avait pris de l'$ dans la petite caisse et décidé d'aller au rendez-vous manqué. Eux l'accompagnèrent à la fois pour la protéger - une femme sans défense allant dans un milieu louche - et pour se documenter sur leurs projets. Ils ne connaissaient rien au métier de détective et pourtant pour satisfaire le lecteur, il leur faudrait lui donner au moins l'illusion de savoir de quoi ils parlaient. Et le taxi était gratuit. 

Monsieur Hitler amena une tablette à dessins et des crayons HB, B et H. L'encre était trop salissante, on ne pouvait s'en servir que sur une surface stable dans un endroit chaud et bien éclairé. 

Monsieur Kafka avait son calepin de note dans lequel il notait ses impressions du moment. 

Les meilleures feraient bientôt parti de l'esprit de leur héros. 

Oui. Ils allaient combattre le mal et l'injustice. 

Mais avec modération.

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État 1. 28 oct. 2-13.