HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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25.10.13

402.98.6. MONSIEUR ADOLF HITLER ET MONSIEUR FRANZ KAFKA APRÈS AVOIR FAIT PARAÎTRE LES AVENTURES HEBDOMADAIRES DE LEUR CÉLÈBRE DÉTECTIVE VONT DÉDICACER DANS UNE LIBRAIRIE SÉRIEUSE L'ALBUM RELIÉ RÉUNISSANT LES DIVERSES PÉRIPÉTIES DE CET AVENTURIER DU MYSTÈRE.

Henry Dickson serait un détective de l'impossible, une sorte de nouveau Sherlock Holmes, le célèbre héros anglais. Il était connu et traduit en Allemand, ce qui avait amené quelques éditeurs qui ne pouvaient en avoir les droits, à en faire des copies. Avec plus ou moins de succès.

Monsieur Adolf Hitler avait étalé sur la table des exemplaires de quelques publications populaires de mauvais goûts qui racontaient les aventures des sosies du célèbre détective britannique. 

Monsieur Franz Kafka feuilletait les brochures. Il y en avait sous la forme de revues brochées telles que le lui avait proposé précédamment monsieur Hitler et quelques unes sous forme de bandes dessinées. 

Beaucoup de textes.

Il tournait les pages. 

Tous ces besogneux avaient bien plus d'énergie que lui. Le voudrait-il, il serait incapable, physiquement et mentalement d'abattre un tel travail. Après tout, il était poète. Et tout le monde attend d'un poète une dizaine de pages par années, dans les bonnes années. Et il suffit d'un poème de 10 lignes dans une vie pour que votre nom survive pour la postérité. 

Tandis qu'un romancier ?

Pire, un feuilletonniste, il pensa au Juif Errant. Tous les jours donner sa livre de chair et de cerveau aux journaux. Aussi bien crever de faim. 

Mais si monsieur Hitler tenait tant à son projet, à condition d'en partager à 2 le travail. Comment prendrait-il cette idée ? Après tout, c'est le dessinateur qui faisait la majorité du travail. Mais sans scénariste. Comme pour un film.

Il avança son idée timidement, espérant qu'on ne le frapperait pas trop fort - monsieur Hitler était un homme énergique quand il allait bien - Surprenamment, monsieur Hitler en était ravi. Il lui avoua qu'il détestait penser, parce que des idées fort désagréables venaient alors dans son esprit. Songes lugubres et idées sinistres qui s'ajoutaient à sa réalité et le hantaient des jours. 

Si c'était un autre qui pensait. Il aurait la surprise de ne pas savoir ce qui l'attendait. Ou attendait son futur héros. Autrement, s'il savait tout d'avance, il baisserait les bras.

Monsieur Kafka était en ce sens bien différent de monsieur Hitler. Il aimait ses habitudes, la routines, ce qui lui laissait tout le reste du temps libre - quand tout est régulièrement semblable chaque jour, il reste du temps pour autre chose - pour rêver. 

C'était une des manies des femmes, de passer des heures à essayer de placer un bibelot. Si on ne place rien ou laisse tout à sa place, tout le reste des heures est à vous. 

Tandis que monsieur Hitler aimait l'inattendu. Il lui avait dit, un soir, que l'alcool aidait, que s'il savait d'avance ce que sa vie serait, il se ferait sauter la tête. 

Il aimait l'idée que tout soit possible si on le veut. Et que l'univers attendait la volonté d'un seul homme pour lui ouvrir ses portes. Tous les autres hommes attendant auprès des portes fermées que quelqu'un les leur ouvre. Alors qu'il s'agissait d'avancer et d'entrer.

Cette idée lui paraissait absurde. Le monde était trop vieux, trop complexe, Tout était décidé d'avance. Il fallait suivre les chemins déjà tracés.

Monsieur Hitler aurait eu beau jeu de répliquer que c'est précisément ce qu'il ne faisait pas. Qu'il s'était enfui de son pays et d'une fiancée promise bien encombrante. On attendait des enfants de lui alors qu'il n'avait envie que de poèmes. Il y a pourtant tant d'hommes matérialistes et grossiers qui ne demanderaient pas mieux que de labourer une femme comme une terre nouvelle et d'y planter un enfant. Pourquoi attendait-on de lui, un homme si délicat, qu'il se soumette à des occupations si peu hygiénique?

Monsieur Hitler était d'accord avec son idée de partager les sommes en 2. Ou équitablement, selon le nombre d'assistants nécessaires. Bien sûr, il y aurait une moins grande part pour chacun mais si, à eux tous, ils faisaient plus de travail, il y aurait un plus gros gâteau à partager.

On se partageait le butin comme les pirates. Une part chacun. 2 parts pour les ou les capitaines. 

C'était acceptable. Pas aussi bien qu'il l'avait espéré mais il faut prendre ce qu'on peut de la vie. Ne pas attendre trop.

Pouvait-on leur faire une avance? Sa logeuse, femme matérialiste comme toutes les autres femmes ne demanderaient pas mieux.

Ensuite, monsieur Hitler et monsieur Kafka se plongèrent dans les publications comme dans le sol d'une île vierge encombrée de jungle et de monuments étranges à la recherche d'un trésor.

Monsieur Kakfa qui comprenait tout rapidement, lu aussi vite que possible avant que son ennui le gagne, les publications bariolées et vulgaires étalées sur la table. Jusqu'à ce qu'il comprenne la méthode et ce que son partenaire attendait de lui. 

- En ce moment, ce sont les aventures exotiques qui se passent en Afrique ou en Océanie qui se vendent. Mais les aventures policières se vendent toujours. Et, il ne faut pas oublier le mystère et le drame et la tragédie qui se vend moins mais toujours. Si on mettait ensemble une aventure policière avec de l'occulte, on serait gagnant. Il y a un public pour chacun. On aurait alors 2 public. 

_ Mais si c'est un détective, il faut que je sache à quoi ressemble son bureau si ses affaires se passent principalement à cet endroit. 

_ Le hasard fait bien les choses. Il faudrait étudier le hasard. En face de mon atelier, il y avait l'atelier de dessins où j'ai découvert ces possibles contrats. Dans l'immeuble où j'habite, les premiers étages ne sont pas réservés aux locataires mais pour des bureaux. Et il y a actuellement un bureau de détective privé. 

Monsieur Kafka pensa utiliser le hasard comme un de ses personnages.

Je doute qu'on puisse aller fouiner dans un poste de police - les policiers autrichiens sont très peu communicatifs - ils prennent très au sérieux leur rôle de serviteurs de l'État - mais en tant que presque voisin, je connais sa secrétaire qui loge près de mon appartement, il sera peut-être possible de prendre des notes. Il acceptera peut-être de répondre à nos questions. Nous lui dirons que nous ferons de la publicité à son agence. Et s'il ne veut pas ou ne nous prend pas au sérieux, nous sommes jeunes et la bande dessinée n'est pas appréciée par les gens qui se prennent au sérieux, nous attendrons qu'il parte et sa secrétaire nous fera entrer. Je crois qu'elle m'aime bien. Je ne sais pas ce qu'elle attend de moi mais elle me sourit quand elle me voit.

Prenant leur courage à 2 mains, selon le proverbial proverbe, ils allèrent dans les bureaux de l'agence. Le détective n'y était pas mais sa secrétaire y était. Elle reconnut son voisin de palier et lui sourit comme si elle attendait quelque chose. 

Elle était là à attendre les clients: des hommes qui voulaient surprendre leurs épouses adultères ou des chefs d'entreprises victimes de vols de la part de leurs employés et voulant que le coupable inconnu soit puni. Des choses banales dédaignées par la police. Mais qui faisait sa vie et ses revenus. Et suffisamment pour payer une secrétaire dactylographe diplômée.

Au début, elle était un peu farouche, ne voulant pas que son patron revienne et trouve des gens qui n'avaient aucune affaire à demeurer dans son bureau, n'étant ni client ni sources possibles d'information. Puis, le temps passant, elle leur raconta ce qui faisait l'ordinaire de ses jours. 

Il y avait des piles de journaux qu'elle lisait à la recherche de nouveaux contrats. Des personnes disparues. Des héritages à retrouver. Lorsque son patron revenait de ses mystérieuses visites - il ne lui disait presque jamais où il allait et ce qu'il faisait - elle lui racontait ce qu'elle avait vu. Lui, à son tour, réfléchissait aux possibilités financières de chaque intrigue. À moins qu'un ou une cliente ayant vu une de ses annonces dans les journaux - monsieur Hitler les avait dessinées à sa demande - lui apporte sur un plateau son salaire du mois.

Monsieur Hitler prit des photos et des croquis. 

Monsieur Kafka écrivit quelques notes qui pourraient lui servir de matière à rêver. Il était de ces genres d'écrivains couchés qui ne réfléchissent bien qu'étendus sur un canapé ou un sofa ou dans leur lit. Le corps et la tête libres de la pesanteur terrestre, ils peuvent laisser aller leur imagination librement. Jusqu'à présent, c'était pour la poésie, les amours impossibles. Dorénavant ou au moins pour quelques temps, ce serait pour les terribles aventures de monsieur Henry Dickson.

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25 oct. 2013. État 1