HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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16.11.13

439.136.43. MONSIEUR ADOLF HITLER EST UN HOMME D'ESPÉRANCE

Nos 3 héros se laisseraient facilement aller au désespoir avec toutes les raisons possibles tant cette situation semble tragique. 

Qui oserait les contredire? 

Monsieur Kafka qui est un homme logique - son métier d'assureur qui jongle avec les possibilités de décès, de maladies, d'accidents ou d'infirmités, l'obligeant à des calculs rigoureux et soigneux, car une compagnie d'assurance qui assure n'importe qui sous prétexte d'humanité va droit à la ruine. Une compagnie d'assurance ne peut assurer que des gens en bonne santé et mourant subitement à un grand âge ce qui aura permis à leur prime de fructifier pendant quelques décennies à intérêts composés. La vision d'un malade infirme ou handicapé ou même d'un grippé ne pouvant que faire fuir tout assureur. Le malheur s'acharne sur ce possible client. Il vaut donc mieux le laisser à un concurrent. 

Donc, convenant que monsieur Kafka est souvent logique et doué pour le calcul et doté d'une esprit sain et rigoureux - ah! Si ceci pouvait durer, chuchotait son pauvre père. Mais, malheureusement, cela ne durait pas. - il commença à calculer.

Non leurs possibilités de sortir vivants d'une telle aventure. Possibilités proches du néant, compte tenu des circonstances présentes.

Mais le calcul de la surface du plancher. De son périmètre. Du meilleur angle. 

Monsieur Hitler n'ayant jamais été bon en chiffre - il était arrivé en retard à son examen aux Beaux-Arts ce qui avait été en sa défaveur. Les premiers arrivés étant les premiers servis comme on dit toujours et avec raison. Les professeurs devant juger à cet examen appréciant les jeunes visages propres et bien lavés et enthousiastes et non les airs sombres et maigres de ceux qui dorment mal on ne sait où. L'habit fait le moine, dit-on. Avec raison. On aime les gens bien habillés démontrant une aisance naturelle et une confortable richesse et non les êtres maigres, décharnés et efflanqués qui ne mangent probablement pas à leur faim tous les jours. La vie est injuste et cruelle et elle prend grand plaisir à son injustice et à sa cruauté comme tous les pervers déments. Mais c'est la vie !

Donc monsieur Hitler pas très doué pour le calcul le laissa faire.

Monsieur Kafka qui avait besoin de son aide pour les suites de l'opération lui expliqua son projet désespéré. Avec un air d'affliction qui était devenu commun lorsqu'il engageait la moindre conversation.

Il fallait prendre les planches de la bibliothèque. Heureusement, un certain nombre n'étaient pas cloués parce qu'on avait prévu les déplacer un jour si jamais les livres qu'on y poseraient ce jour-là serait d'un format différent. Ces planches étaient donc posées à chaque extrémité sur de petits pivots de cuivre ou de laiton ou de bronze, enfoncés eux-mêmes dans des cylindres de cuivre, de laiton ou de bronze, creusés dans les parois de bois des montants des bibliothèques. Une série de ces tubes, vides ceux-là, étaient enfouis à intervalles réguliers, permettraient de modifier l'espacement des étagères en y insérant les petits tubes de métal porteurs. Ce qui est fascinant. 

On enleva des livres.

Mademoiselle la secrétaire fut encore une fois prise d'une pulsion irrésistible pour épousseter. Se mit donc à dépoussiérer les livres qui n'avaient probablement pas été déplacés depuis des années. Puis ce fut au tour des planches. Et du mur. 

Monsieur Hitler et monsieur Kafka soupirèrent comme un seul homme devant cette calamité armée d'un chiffon. Cette fois, celui sur lequel était dessiné le visage de Jésus.

Monsieur Hitler aida monsieur Kafka à porter les planches jusqu'au mur découvert.

C'est là que monsieur Kafka expliqua le plan désespéré - il en aurait voulu un plus propice à un message d'espérance mais il n'en avait pas trouvé ce qui était désolant - 

L'espace du petit hall menant aux 2 tunnels souterrains faisait 2 mètres de côtés. Sur 4 côtés. Un rectangle parfait. 

Ceci était facilement compréhensible.

Si on mettait une planche en angle comme on ferait pour un triangle rectangle on obtiendrait une hypoténuse satisfaisante. 

On jeta donc une planche et celle-ci se trouva être précisément de la bonne longueur entre le bord du précipice et le bord du corridor. 

Elle était même suffisamment longue pour dépasser de chaque côté afin d'offrir une assise stable. Sinon, elle n'aurait reposé que sur le plancher traître et dissimulateur, les précipitant vers le vide infernal dès qu'ils oseraient y poser les pieds.

On ne choisit pas vraiment quel corridor aller. Les 2 se valant probablement. La seule certitude étant qu'on n'en savait rien. L'un allant à gauche et l'autre à droite.

Monsieur Hitler donna quelques coups de talons à la planche et celle-ci, en bon chêne, tint bon. 

Il ajouta une autre planche pour faire bonne mesure. 2 épaisseur de planches de chêne étant certainement mieux qu'une seule.

Ceci faisait maintenant un passage stable et sur comme un pont.

Ensuite, on appela mademoiselle la secrétaire pour tester le dispositif.

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État 2. 16.17 nov. 2013