HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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16.11.13

438.135.42. NUIT FUNESTE DANS UN SOUTERRAIN

Monsieur Franz Kafka qui est assureur de son métier. 

Sa véritable vocation étant la poésie mais comme on dit: il faut bien vivre ! Ce à quoi répondent certains  cyniques: Pourquoi ? On n'en voit pas la raison ! 

Et ses timides essais de publier dans des revues confidentielles destinées à des intellectuels marginaux, au lieu d'attirer la fierté paternelle sur lui, entraînent plutôt des malédictions ou, au mieux, des commentaires éloquents de son père et de ses 3 soeurs et de sa mère. Le père levant le bras au Ciel pour invoquer le dieu des Juifs qui enverra un éclair pour électrocuter son fils malveillants. Les femmes (même celles qui ne sont pas Juives) se contentent de lever les yeux vers le Ciel en soupirant, attitudes typiquement féminines et si vexantes quand elles s'adressent à un homme. Sa mère se contentant de pleurer devant le funeste avenir qui attend inévitablement son fils avant son décès cruel.

Et son acharnement ou sa détermination à poursuivre son funeste dessein - publier des poèmes - ne fait qu'entrer une flèche cruelle de plus dans son coeur de mère. Coeur fragile et sanglant. 

Et ses yeux de mère pleurent des larmes de désespoir. 

Qu'il est triste de voir sans cesse la douleur d'une mère.

Qu'a-t-elle pu faire pour mériter un tel fils ingrant ?

Et ses soeurs, médisantes et calomnieuses comme toutes les femmes, se donnent un air entendu, un de ces airs supérieurs, soupçonnant une infirmité quelconque, comme le fait qu'il soit probablement inverti, pédéraste ou homosexuel. Comme tous les artistes dégénérés. 

Donc, monsieur Kafka qui s'y connaît en assurance fait une analyse de la situation. 

Selon lui, la notion de risque réfère à une situation de moindre danger que celle à laquelle réfère la notion de danger. La jurisprudence a défini la notion de danger selon qu'il représente une certaine probabilité de lésion. La notion de risque suppose une situation de moindre gravité et se définit comme une simple possibilité de lésion. La notion de risque vise plus de situations que la notion de danger. Situations où il est non seulement possible mais probable qu'un accident ou une chute survienne. Donc des situations non spécifiques où il y a simple simple possibilité statistique de blessures, infirmités. 

Monsieur Hitler et mademoiselle la secrétaire regardent monsieur Kafka analyser l'entrée de l'issue secrète. 

Pour toutes autres personnes qu'eux, tout semblerait normal. Une ouverture dans le mur qu'il vaudrait mieux ne pas expliquer - des journalistes y verraient tout de suite la notion de secret et de complot et se mettraient à se lamenter les bras en l'air en invoquant le Ciel pour qu'un éclair frappe le mécréant. Car dans un monde normal, il ne saurait y avoir de complots, de manoeuvres secrètes et confidentielles. Tout est clair sous un ciel bleu sans nuage. Les journalistes souffrants (mais dignes) étant connu pour avoir les chants les plus beaux. 

Le plancher paraîtrait à une personne ignorante tout à fait normal.

Il serait impossible pour cette personne normale de concevoir que le sol puisse s'entrouvrir et révéler une forêt de pointes d'acier fichées dans le sol.

Il y a des gens qui vivent dans un monde où les planchers sont stables, prévisibles, adéquats. 

Dans le monde qu'ils habitent qui n'est pas l'univers paisible des gens ordinaires, les planchers peuvent s'ouvrir à tout moment. Et on ne sait rien des murs et des plafonds.

Mademoiselle la secrétaire qui, comme toutes les femmes, étant obligées un jour d'enfanter et doivent obligatoirement disposer d'un cerveau limité et crédule qui leur fera croire naïvement que le bonheur et l'amour existe - si elles ne sont pas dans cette situation idyllique ce n'est pas parce que le bonheur et l'amour n'existe pas mais parce que c'est leur faute, elles ont un défaut quelconque, une fatale infirmité et, heureusement, il y a l'espoir - et que leur bébé futur vivra dans un monde pacifique dans la joie et le ravissement au lieu d'une vallée jonchées de ronces et de récifs blessants et de soupirs et de larmes comme dit l'Église Catholique sinon, pourquoi faire des enfants ? 

Il leur faut donc un certain cerveau qui se ment sans cesse à lui-même afin de fuir la réalité - qui, de toute façon, à cause de ce même cerveau, leur est tout à fait incompréhensible - et celle qu'elle offre à son pauvre enfant. 

Désespéré devant ce monde dont personne ne lui avait jamais parlé avant, il peut arriver que le bébé devenu homme, prenne une carabine et tue sa mère qui, sans lui demander son avis, l'a fait existé ce qui a eu pour conséquence qu'il se voit ainsi piégé dans ce monde. Ou qu'il aille faire un carnage dans une école. 

Heureusement, cela n'arrive pas souvent. Ce qui arrive plus souvent, statistiquement, est le suicide par pendaison. Ou si le suicidaire a à sa disposition une arme à feu, il la retournera contre lui. Mais, généralement, encore une fois, selon les statistique, le désespéré moyen se droguera. Mais la situation la plus fréquente sera qu'il se saoulera. La société bienveillante ayant prévu une série d'alternative à la réalité. Au moyen de diverses substances vendues dans les établissements prévus à cet effet. On ne peut sans cesse se frapper à un mur pendant 90 ans sans qu'il soit nécessaire d'oublier, parfois, ou régulièrement, sa présence. OU celle du mur. Ou les chocs répétés entre le mur et soi. 

Ce qui montre que ce monde est bien fait. 

Donc, mademoiselle la secrétaire, dans un délire optimiste - nous avons décrit la nécessité du délire dans l'esprit féminin du fait de l'enfantement ou de ses possibilités et de ses conséquences - observa judicieusement, que si on parlait il y a un instant ou tout à l'heure de la possibilité ou certitude de pannes dans l'organisation interne des pièges mécaniques, pourquoi l'entrée du passage souterrain ne serait-il pas, lui-aussi, non, hein!

_ C'est vrai qu'on a déclenché le mécanisme 3 fois.

_ On va bientôt être à cours de Néron.

_ Le monde n'a jamais manqué de tyrans, on va faire un tour dans la collection.

L'espérance féminine comme on vient de le voir est contagieuse. Ainsi, il arrive souvent que le plus désespéré des hommes se laisse aller à l'attirance d'un joli sourire, des yeux pleins d'espoir (encore) et d'un front charmant. Et une seule nuit suffira pour que la machine de la vie enfouie dans les organes féminins se mette en branle. Une femmes désespérée peut aussi arriver au même résultat par le même moyen. La Nature et la lune ayant ses méthodes et es procédés qui n'ont nullement besoin d'un esprit fonctionnel.

Ainsi depuis des millénaires des millions et des millions d'esclaves naissent d'autres esclaves désabusés. Sans que jamais personne ne songe une fois à arrêter la chaîne infinie de l'esclavage. Disant: ça suffit comme ça!

Il y aura toujours une femme possédée implorant les bras ouverts. 

On ramena donc quelques nouveaux criminels historiques, rois, présidents, papes. Assez pour recouvrir les coussins d'un autre fauteuil. 

Et on fit glisser le tout dans la sinistre ouverture. 

Et le sol se déroba sous les roulettes du fauteuil. 

Encore une fois.

Et tout le charment de fous et d'hallucinés - qu'on appelle Grands Hommes - culbuta dans le vide, s'embrocha tout au fond sur les pics d'acier.

Et

Le plancher une fois sa sinistre besogne faite, se referma doucement et sans bruit.

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État 1. 16 nov. 2013