HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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8.6.12

112. ASSASSINAT PSYCHOLOGIQUE EN DIRECT À LA TV. MIAM ! MIAM !

Henry Dickson

Regardait d'un oeil distrait l'émission. Il n'avait pas l'intention d'y assister jusqu'au bout. Ce n'était pas sa préférée et il avait eu son quota de zoo humain ces derniers jours.

Son ami avait besoin de compagnie et dès qu'il aurait eu sa dose de bonne action et de charité chrétienne, il repartirait en taxi à son hôtel puisque c'était son dernier soir. Une nuit de sommeil avant de repartir. Rien ne le retenait plus ici. La grande ville ne lui manquait pas. Et il ne lui manquerait pas. Une dose de rappel comme pour un vaccin anti tétanos suffisait. Le temps de se souvenir de ce que c'était vraiment. De réanimer ses anti-corps défaillants et de se souvenir pourquoi il était parti. Quelque fois, il oubliait et c'est ce qui le faisait revenir ce qui lui faisait se rappeler, etc.

Il aurait pu changer de pays.

L'avait déjà fait.

Mais ce n'était pas mieux ailleurs. Seulement différent. Et différent aussi dans le pas mieux. Chaque région a ses spécialités culinaires et ses horreurs spéciales. Ses abominations généralistes. Son abominable personnel.

Sauf dans les dépliants touristiques avec de belles photos.

Où, justement, on avait choisi soigneusement le jolie paysage et le bel immeuble (célèbre, historique, et tout!) pour faire la belle photo laissant de côté (à droite, à gauche, en avant, en arrière) tout ce qu'il y a de moche (médiocrement moche à super moche) et qui constitue généralement la majorité de ce qu'il faut s'attendre à voir.

Et même s'il n'y a pas de guide pour vous dire quoi regarder et où, on ne voit que le positif et les belles choses de toute nouveauté en premier. Ensuite, le déplaisant se fait découvrir petit à petit.

Vaut mieux ne s'attendre à rien.

Et savoir d'avance ce qui peut arriver. De cette façon, on n'est pas surpris quand l'inévitable (et régulière) catastrophe arrivera.

L'émission était déjà commençée lorsqu'ils étaient arrivés mais ils n'avaient pas manqué grand chose. D'après ce qu'en disaient les autres invités (contrairement à d'autres émissions, ils restaient là et contrairement au reste des autres émissions, ils n'avaient pas besoin de faire de la figuration décorative muette ou un rôle parlant, soit commenter poliement, être d'accord et sourire, si jamais on leur posait une question; ils pouvaient intervenir à tout moment selon l'impulsion du moment, ce qui mettait du piquant (chardon, moustique, guêpe, cactus, barbelé, porc épic, méduse) dans l'émission.

D'où quelques bagarres mémorables.

Un chanteur pas de voix, une chanteuse pas de voix, un couple de vedettes qui pensaient (ou leurs agents respectifs) que c'était une bonne chose de vivre leur divorce en public. Du point de vue social, un avertissement à tous les naïfs voulant convoler sans penser aux conséquences. Que ça pouvait relancer leur carrière ou ralentir son déclin. Les bébés en page couverture de revue hormonale aussi. Ce qui se termina avec claques sur la gueule (permis aux femmes mais pas aux hommes - quoique une femme qui a l'imprudence de claquer un homme sans mesurer la différence de poids, de force, de taille en mériterait au moins une, modérée, pour se faire rappeler dans quel monde elle vivait. Et, par la même occasion, rebooter son cerveau - le redémarrer après un crash. Conseil de prudence. Inutile pour les gens prudents et ou intelligent mais fort utile pour les innombrables qui ne sont ni l'un ni l'autre. )

Le drame passionnel en direct s'il ne fut pas profitable aux belligérants (ils le sauraient plus tard lors des rapports des distributeurs sur leurs ventes de CD) le fut ardamment pour l'émission et son auditoire qui venait juste pour ça, voir du sang, des larmes ou au moins un nez couler lors d'un gros rhume.

Et on criait beaucoup.

En fait, l'émission était un coupe gorge. Un freak show pour tous ceux qui avaient les couilles de les exposer en public. Quelque chose à vendre. Au moins eux. Ou leurs enfants.

Des langues coupées en serpent dont les bouts fourchus se dandinent dans la bouche. Tatou, tribal, perçage, anneaux, scarification rituelle, entaille et coupage (trait de lame de rasoir + jet d'alcool pour stériliser et faire enfler la plaie + on coupe encore plus profond pour cicatriser largement), brûlé au fer rouge pour faire un jolie dessin gothique.

Certains étaient tatoués sur tout le corps. Et le prouvèrent.

Implants grotesques sous la peau du visage faisant ressembler une artistes moderne à une visiteuses d'une autre planète ou à un malade d'éléphantiasis.

Ou un sadique (Allemand) (les meilleurs) venu parler de ces beaux cadavres écorchés (morts) (ce qui change du passé) conservés et rigidifiés dans les positions absurdes ou documentaires. Si on oubliait qu'ils étaient à la fois nus et morts. Toujours cadavres. Ce qui faisait découvrir qu'on était dans une autre époque et une autre civilisation. Il n'y a pas si longtemps, il aurait été pendu pour moins que ça.

On voyait de touchantes représentations anatomiques, tout ce qu'il y a de sobre, qui remplissaient de joie les artistes académiques et les étudiants en médecine. Mais aussi des morts jouant du ballon, allant à vélo. Des cadavres faisant du skateboard. Son rêve était d'assembler 2 morts se faisant éternellement l'amour. Soudés définitivement l'un à l'autre. Ou plus, de manière à illustrer toutes les positions sexuelles officielles.

Des gens donnaient volontairement leurs corps pour être soumis à la plastination, nom du procédé qui permettait de les plonger dans une sorte de liquide qui remplaçait ceux de l'organisme et prévenait la putréfaction. Préservant les chairs ce dont rêvait les Égyptiens. Différent du formol ou formaldéhyde dont on s'est servi pour la conservation de la viande en conserve et dont on se sert encore pour embaumer le corps des morts en attendant leur enterrement.  

Mais des corps sans visage et sans peau, anonyme, inidentifiables. Tous minces. Ce qui faisaient douter qu'ils fussent tous Occidentaux. Ce qui remettait en mode ON les nouvelles affirmant que certains ou beaucoup de ces morts étaient du type asiatique, possiblement des condamnés Chinois (déjà bien connu pour les dons (?) et greffes d'organes) dont on aurait vendu les corps après une exécution sinon humaniste, humaninaire. Ou, du moins, qui avait laissé le corps intact. Prisonniers politiques. De droit commun. Otages. Ce ne sont pas eux qui dénonceraient leur assassins ou exécuteur (si l'assassinat est légal).

Il était surprenant de voir les gens, même des enfants, déambuler autour de ce qui était après tout un cimetière (sans terre) (sans tombes ni tombeaux ni plaques tombales) (sans crypte puisque la salle n'était pas sombre du type colonnes, voûtes, arches de pierres, éclairés aux cierges au aux torches mais une grande salle moderne brillamment éclairée qui avait servi et reservirait à des congrès ou des salons de l'auto ou du camping plein air) et une assemblée presque démoniaque de morts pour n'en apprécier que l'aspect esthétique, curieux, intéressant, plastique (dans tous les sens du mot) et poétique.

Ceci parce que ces cadavres ne puaient pas ni ne se décomposait. Et parce qu'on avait pour laisser voir leur organes et leurs muscles enlevé leur peau. Raison 1. Raison 2. Parce que la vue aurait été insupportable s'ils étaient restés dans leur aspect primitif, nus, poils, cheveux, sourcils, peaux incluses. Et, précaution supplémentaire et définitive, il n'y avait pas d'étiquette avec leurs noms et leur âge.

L'idée que c'aurait pu tout aussi bien être des amis, des parents, votre soeur, votre père, aurait été insupportable. Au contraire, c'étaient des poupées extrêmement scientifiques et mordernes.

L'inventeur du procédé scientifique de conservation des chairs était un homme affable (sans excès) mais distant comme le convenait le sérieux de sa profession de chercheur. Il avait parlé de ses rêves et du spectacle permanent qui permettait de rentabiliser ses recherches. Sorte de docteur nazi ou Frankeinstein moderne mais sans l'opprobre dévolu à ces malheureux scientifiques incompris. Lui, on le comprenait très bien. Du moins, on croyait le comprendre. Et ce qu'on en comprenait nous plaisait. Hommes d'affaires avertis, il n'avait pas été et n'était toujours pas, comme de nombreux collègues et confrères, ruiné par ses recherches. Comme le Cirque du Soleil ou le monde enchanté de Walt Disney, démultipliait les sites et la variété de ses expo-spectacles spectaculaires ou ses parcs thématiques avec ses princesses (sauf qu'elles étaient écorchées et nues).

Et partout, on l'acceullait avec plaisir car ce savant fou était un savant connaisseur de la pyschée moderne. Au lieu de mettre le feu à ses installations et de le tuer à coups de fourches comme se terminait la carrière du bon docteur Frankeinstein dans les films. Cet incompris, esprit libre sans préjugé, philosophe voulant aller au-delà du monde des apparences et de la morale ordinaire des petites gens sans importance, savant fou, alchimiste, sorcier démoniaque fouillant les sépultures à la recherche de cadavres d'orphelins dont on pourrait prélever les organes et les réassembler d'une manière plus ordonnée et judicieuse, voulant concurrencer Dieu et découvrir les secrets de la vie; ce qui ne pouvait que lui amener la mise au ban de la société, la condamnation sur Terre et la damnation éternelle une fois traversé de l'autre côté. Mais c'était une autre époque.
Un autre savant vint expliquer comment l'aide de condamnés à mort (ou de leurs corps) avait permis encore une fois d'améliorer le progrès de la science. Cette fois, grâce au laser devenu très performant, on avait après avoir congelé leurs corps, découpés ces même corps en tranches. De la tête au pied. Comme on coupe un arbre. Mais cette fois sous forme de lamelles très fines. Comme un saucisson. Qu'on pouvait enregistrer, numériser, filmer. Après les avoir découpés en lamelles horizontales, on découpa en tranches verticales d'autres corps. Une fois filmé et en modifiant la vitesse de défilement des images, on avait une sorte de dessin animé où on assistait à la construction ou à la déconstruction du corps, assemblage de lamelles ou soustraction de cellles-ci, permettant de découvrir le corps et presque son fonctionnement. Comme si on plongeait à l'intérieur. Comme si on était Dieu observant sa créature.

Un autre invité affirma que certains volontaires sacrifiaient en quelque sorte leur vie inutile (?) pour se transformer en meubles et accessoires domicilaires. Table basse, chaise, fauteuil, divan, pouf, repose pieds, patère, porte-clé, lampadaire, colonne décorative. Mimant les gestes leur permettant de ressembler aux accessoires désirés. Jusqu'à ce qu'ils les comprennent et les intègre à leurs os et les intériorise dans leurs muscles et tendons. Ils ou elles se transformaient alors graduellement en ces accessoires ou objets. Se rigidifiant de plus en plus. Finissant par s'ankyloser et ne plus pouvoir prendre d'autres positions. Ce pouvait sans doute être inconfortable et douloureux aussi on leur donnait dans le plasma injecté qui leur servait de toute nourriture et breuvage des somnifères et anti-douleur. C'aurait pu être des plantes qu'on arrosait modérément. Mais c'étaient des hommes ou des femmes nues. Une forme d'auto-hypnose les plongeait dans une forme de catalepsie ou peut-être un monde imaginaire préférable au monde que l'on croit véritable. Eux, ils avaient préféré ou choisi ou n'avait pas d'autre choix que de s'en retirer sans mourir - ils auraient pu faire aussi ce choix- devenir objet, utile à tout autre qu'à eux-mêmes. Jusqu'à leur mort. Car ils mouraient aussi. Finalement. Mais leur vie réduite au minimum les conservait longtemps à la façon des vieilles tortues lentes et centenaires. Vie parfois difficile à détecter tant ils vivaient lentement, leur métabolisme s'étant ralenti graduellement jusqu'au stade comateux. Leur respiration devenait à peine perceptible. Leur vie suspendue dans un demi-sommeil. Comme ils étaient muets quels étaient leurs rêves? Rêvaient-ils? Ces mobiliers vivants êtaient très recherchés par certaines personnes très riches - seuls les riches très riches avaient les moyens de pouvoir conserver ces êtres désincarnés sans s'attirer l'attention de la police. Et de les faire disparaître discrètement puis de les remplacer tout aussi discrètement après la défectuosité technique ou organique qui mettra un terme à leur tout aussi discret fonctionnement. Il existe des esclaves sexuels, ce qui est devenu commun. Comme il existe des esclaves du travail. Mais les esclaves décoratifs artistiques pour esthètes raffinés sont rares. Selon certain, le lavage de cerveau et la torture produisait les mêmes effets sous forme de rééducation Pavlovienne des réflexes. Le supplicé n'ayant plus d'autres choix que de rester immobile entre 2 punitions jusqu'à ce qu'il ne puisse plus sortir de son corps devenu sa propre prison. On le modelait et lui donnait la position voulue choisie par son tortionnaire de façon à le ridiculiser. Chaise, on pouvait s'asseoir sur lui. Table une femme aux jambes écartées avaient éternellement son sexe et sa vulve offerte et on pouvait se soulager en elle à volonté. Souffrait-elle de cette situation? Son esprit, à ce moment, étant depuis longtemps sorti de ce corps devenu désormais inutile. Sommeillait ou rêvait. On apprenait bien des choses sur le fonctionnement de l'esprit humain dans cette émission.

À les écouter, on aurait pu croire que n'importe qui aurait pu prendre le corps de n'importe qui pour expérimenter scientifiquement. À condition d'avoir des buts nobles et des idéaux élevés. Pourquoi ne pas enfermer des femmes dans des congélateurs6 Mais qui aurait pu avoir de telles idées? Était-il concevable de penser qu'au moment où on avait ces réflexions que quelque part un homme conserve les cadavres de ses victimes dans des dizaines d'énormes congélateurs coffres? Cimetière personnel, nécropole moderne, mausolée, cénotaphe de métal et de plastique, champs funéraires. Mémorial poétique personnel et discret. Et que dans une cage de verre attend la prochaine? Comment concevoir une telle chose? Quel esprit particulier et, peut-être, malade ou incompris pourrait vouloir les mettre en application?

Ou se filmer en train de l'exécuter (elle n'était donc pas morte à ce moment et on était en train de rectifier cette erreur ou cette omission et de modifier son état social) puis la dépecer et envoyer par la poste ses morceaux ici et là. Ce qui est illégal selon le ministère des poste qui est très sévère pour ce qui est de l'usage de ces installations. Mais qui ferait une telle chose et pourquoi?

Quel phénomène de foire ou de cirque allait-on produire devant les gros yeux de verre des cyclopes des caméras?

Le Roi et son public en salivait d'avance.

Mais il n'y avait pas eu de siamois.

Pourtant quel autre sujet pourrait être le plus susceptible d'émouvoir les coeurs sensibles? 2 êtres par  suite d'une erreur de la Nature non corrigée par celle-ci qui, d'habitude fait mourir ces êtres non viables, parce que la science était intervenu. Faisant naître ces 2 êtres collés à jamais ensemble. S'entêtant à les faire survivre. Partageant presque le même corps et beaucoup des mêmes organes. Encore plus liés mentalement que des jumeaux. Les 2 êtres étaient d'accord pour venir à l'émission mais l'opération qu'on leur promettait depuis des années étaient programmée. Car même s'ils étaient habitués à vivre ensemble, chacun avait sa personnalité, ils avaient 2 têtes, et rêvaient d'une certaine autonomie. Mais on évita de le dire que puisqu'ils n'avaient qu'un coeur pour 2 corps et 2 poumons et un estomac pour 2, il faudrait sacrifier l'un d'entre eux. L'un était femme et l'autre homme. On sacrifia la femme sous prétexte que les cicatrices seraient trop impressionnantes et probablement plus supportables sur le corps d'un homme. On réfléchi à tous ces problèmes sans leur en parler. L'opération se fit. Le jeune homme fut enfin libéré de ce poids qu'il traînait depuis son enfance. Il appréciait cette liberté et de ne pas être sans cesse surveillé et épié par une fille. Une fois revenu de sa torpeur - l'opération avait duré des dizaines d'heures à cause de sa complexité, il avait fallu le plonger profondément dans une sorte de comas- et lorsqu'il ressentit moins de douleur, il demanda à voir sa compagne. Il avait imaginé qu'elle aussi, dans une autre chambre commençait à aller mieux puisque depuis toujours elle et lui ressentaient les mêmes choses, se prenaient les mains lorsque l'un d'entre eux avait du chagrin ou des rêves mauvais. On ne répondait pas à ses questions. On remettait sans cesse le moment où il pourrait enfin la revoir. Il ne supportait plus d'être seul. Ce qui ne lui était jamais arrivé, sentiment terrible qu'il n'avait jamais compris lorsqu'on lui en avait parlé ou lorsqu'il en avait lu la terrible description. Finalement, on décida de lui révéler la vérité. Il était un homme. Il ferait face à l'inévitable. Comme un homme. Il se remettait de profondes cicatrices. Son corps se réparerait. Son esprit serait blessé et se réparerait aussi. Tout homme fait un jour face à des situations pénibles. Ceci forme et forge le caractère. Il en aurait besoin puisqu'il avait dorénavant toute une vie à vivre. Seul. Pour le moment. Mais un jour, il aurait cette fois une véritable compagne qui partagerait sa vie au lieu d'extorquer son corps. Ou de le confisquer comme une tumeur cancéreuse. Mais il n'eut pas cette force qu'on lui imaginait pour faire face à cette situation. Sa compagne était morte. On lui avait menti à elle-aussi, sinon ils n'auraient jamais consenti à cette opération. Peut-être en serait-il mort? De ne pas l'avoir fait. Peut-être était-il impossible de vivre longtemps dans cet état? Mais elle était convaincue, elle avait même été leur porte-paroles, répondu à ses interrogations et ses réticences. Ils l'avaient convaincu que l'opération les libérerait mais qu'ils pourraient se revoir lorsqu'ils iraient mieux. Du moins, ils n'avaient jamais prétendu le contraire. Ceci était comme sous-entendu que tout se passait bien, pour le mieux, pour tous les deux. Un moment déplaisant à passer. Jamais elle n'avait consenti à son propre sacrifice. Peut-être y aurait-elle accepté de donner sa vie si on le lui avait expliqué; si c'était la seule façon que son frère, ami et quasi amant survive parce qu'il était impossible que les 2 survivent à cette opération et qu'il fallait choisir celui des 2 le plus facilement remplacable et conséquemment le plus utile des 2. Il pleura comme un homme normal le ferait lorsque sa femme, sa mère, sa soeur ou sa fille mourrait. Son âme. Son ange. Sa fée. Il avait toute une vie à vivre, des années encore lui avait-on dit, avant de voir arriver la mort comme tout un chacun au bout de sa vieillesse car il aurait une vie presque normale (les infirmités produites par les cicatrices laisseraient néanmoins des séquelles) mais il n'avait pas envie de vivre cette vie seul. Et ne voyait absolument pas pourquoi il devait vivre. On lui avait dit qu'il pourrait reprendre ses études, de retourner à l'école, lieu infernal, qui à cause de leurs infirmités prêtant au ridicule, attirant la patiente moquerie et les crautés attentives et sadiques d'esprits sournois et malfaisants, ils avaient dû fuir. Ces études, ils n'avaient pu faire qu'à distance pour éviter les moqueries et les interrogations blessantes. Et les coups. Il n'avait plus qu'à affronter le vaste monde ce qui ne l'intéressait pas du tout .Endeuillé il le resta. Se laisse doucement mourir et mourut. Ce qui ne lui permit pas de passer à la tv.

Des nains à gros pénis jouant dans des films pornos oui. Des hommes ordinaires avec des pénis gigantesques aussi, trop longs et trop larges, qu'aucune femme ne peut recevoir malgré qu'elle les ait essayés dans tous leurs orifices. Adeptes du fist fucking dans le vagin des femmes (ayant acccouché) et dans l'anus des hommes (homo) (disant qu'ils peuvent palper le coeur de l'intérieur). Adeptes de zoophilie. Apôtres de sectes, militants de partis politiques, de harem, de partouze, échangisme, philosophe libre vivant avec plusieurs femmes libres, prédicateurs de fin(s) du monde (tous s'étaient trompés jusqu'à présent). 

Artiste (Juif) d'avant garde ayant peint et sculpté (bas relief) le tableau et le portrait de Marie ou la Sainte Vierge avec de la merde de chameau.

Juif allant à la messe et faisant semblant de communier, mettant l'hostie consacrée dans sa poche et la ramenant dans sa secte où on la clouait au mur pour voir ce qui allait se passer. Et racontant qu'à leur grande horreur du sang coula comme avait expliqué le prêtre catholique affirmant que c'était le corps et le sang du Christ. Ce qui les avait fait se convertir à la vraie religion.

Écologiste dénonçant le trou dans la couche d'ozone et la fonte des anciennes neiges éternelles et les puits pétroliers dans le Pôle Nord et la construction de pipe-line et le passage de pétroliers comme s'il pouvait se passer bobo. Et ministre de l'environnement conservateur affirmant que tout ceci était faux que rien n'était prouvé, que le changement climatique était un mythe de la gauche comme cette idée socialiste de pollution. Comme si on voulait à tout prix empêcher le progrès et nuire à l'économie du pays, à sa croissance et aux initatives des hommes d'affaires. Il y avait des investissements à faire et des profits à générer. Et si réchauffement climatique il y a avait, c'était simplement dû à un cycle normal du climat comme le précédent, il y a des millions d'années ayant provoqué l'êre glaciaire pendant 1 million d'années. Mais que déjà dans son ministère on préparait les nouvelles routes maritimes, les nouveaux aréoports et les nouveaux ports indispensables pour accueillir les bateaux, cargos, méthaniers et pétroliers. Pour que les nouvelles mines, les nouveaux puits de pétroles soient desservis. On prévoyait des routes et des chemins de fer dans le Grand Nord. Et des pipe-line pour le gaz, le pétrole et l'eau qui deviendrait avec l'asséchement et la désertification de la planète une ressource rare. On avait déjà pensé dans le passé découper les gigantesques glaciers et les traîner puisqu'ils flottent par des remorqueurs jusqu'au Sud où on les mettrait en vente. Mais encore une fois la gauche avait résisté au progrès.

Comme Peter Ustinov jouant Néron, le Roi regardait nonchalamment le spectacle des gladiateurs s'entretuant derrière son monocle fait d'une lentille taillée dans une pierre précieuses transparente de couleurs, rouge ou bleu ou jaune, qu'il échangeait selon l'émotion que lui avait donné ce spectacle. Et selon l'émotion obtenue, il graciait ses invités ou les invitait à s'entretuer plus vigoureusement ou se joignait au massacre en attaquant le plus faible.

Le Fou du Roi commençait à griffer et souvent on le laissait faire. Mais parfois, il allait trop loin et se faisait rappeler à l'ordre, on n'attaquait pas les amis du Roi; parfois, il n'allait pas assez loin et on l'encourageait. On riait. Ou disait Ooooh! Comme le poseur de banderilles faisait réagir le taureau trop lent. Enfonçant les piquants et les crochets de fer dans la peau et le cuir. Avec des rubans pour faire jolie. Rouges pour aller avec les tons du sang. Ou c'était plus sournois et insidieux. Une insinuation malveillante particulièrement vicieuse. Quelque fois, le Roi se joignait à lui pour l'écorchement. Il était arrivé que les invités se joignent au massacre pour l'éviscération.

On ne procédait plus aux exécutions en plublic depuis 100 ans mais le public habitués à des milliers d'années de boucherie s'ennuyait de ces mise à mort. Il fallait bien lui en offrir des succédanés.

Il avait ses amis de qui tout était bon et ses ennemis. Quoique en bon politicien des ondes, l'un pouvait facilement devenir l'autre s'il ne l'amusait plus autant ou s'il ne lui servait plus. Ou s'il ne le servait plus.

Adepte du principe qu'une bonne blague vaut plus qu'un bon ami. Et si l'un se formalise d'un trait d'esprit (particulièrement métallique), d'une pointe, d'une vacherie, ben, trop tard! On n'a pas pu s'en empêcher.

Mais il aimait les ennemis faibles facile à trucider ou à humilier publiquement. Un ennemi qui pouvait devenir rétif et répliquer d'une façon inattendue n'était pas invité. Ou quelqu'un qui pouvait lui prendre son job.

Possibilité improbable et rendue impossible depuis qu'il était producteur de sa propre émission. Il aurait fallu remplacer l'émission entière. Possibilité difficilement possible étant donné les cotes d'écoute. Mais dès qu'elles baisseraient, il serait comme le prisonnier des pirates debout sur la planche attachées au bastingage et que l'on pousse de la pointe du sabre tout au bout de la planche. Semaine après semaine. En bas, la mer. Et il est attaché comme un saucisson. Et, tout en bas, dans la mer, il y a les requins.

Et aussi grand qu'ait été son succès et sa popularité, dès qu'il serait tombé, on fera comme s'il était mort. Si on le voyait, si jamais on le voyait (ce qu'on tenterait de ne jamais faire), le rencontrait par hasard; on serait surpris, comme gêné, mal à l'aise, pareillement à ce qui arriverait si on rencontrait un voisin mort. On l'a vu mort ou on a entendu tout le monde le dire mort, que fait-il là? Mais pourquoi s'entêtait-il à marcher. À faire comme s'il respirait vraiment?

Et ceci arriverait inévitablement.

Certains ne s'en était jamais remis. Ils avaient cru que ça durerait toujours. Quelques- uns avaient pu thésauriser leurs $. Comme le castor, l'écureuil ou la fourmis. Ou la tumeur. Devenus rentiers, ils voyageaient. Ou contemplaient leur or comme Séraphin. Autre vedette d'un ancien naufrage. La plupart avaient tout dépensé. Au fur et à mesure. C'était si facile de faire passer d'une main à l'autre de l'$ qui arrivait aussi facilement. Et il était si facile d'en avoir. Dès qu'on n'en avait plus, il y en avait d'autre. Suffisait de demander ou de simplement tendre la main. Ou de renégocier le contrat en sous-entendant avoir eu des offres supérieures de la concurrence. Puisque ça avait toujours marché.

Jusqu'à jour où on commencé à regarder de côté, à faire comme si on entendait des voix, un vague échos, sans trop savoir d'où elle venait ou qu'on s'est mis à regarder ses pieds ou droit devant, dans les yeux, au travers d'eux, comme s'ils étaient invisibles.

Impression étrange que doivent avoir cette catégorie de mort ou de cadavre que l'on dit ignorant de leur propre mort et essayant de communiquer, de parler avec leurs proches qu'ils voient vivre encore comme si rien n'était, devenu indifférents à leur présence, comme si on faisait exprès de ne plus les voir pour les punir. Les uns et les autres se passant au travers et ne provoquant qu'un léger frisson que l'on idendifie familièrement comme le début d'un rhume. Ou le refroidissement et la fuite d'air d'une maison ou d'une fenêtre mal isolée. Régime sadique et sournois dont se servent souvent les femmes envers leurs ennemi(e)s, avant d'en être victimes à leur tour. Maîtresses de la torture mentale.

Les uns et les autres, tous, regardaient les agendas, les calendriers se succéder. Et les albums que leur avaient envoyés les fans de leur époque. Articles découpés. Photos. Ils étaient jeunes et beaux. Certains l'étaient encore car leur dernier échec était tout récent. Et la chirurgie plastique avait fait des progrès et en faisait chaque jour (ou chaque année) de plus en plus étonnants. Désormais, on arrêterait le temps et conserverait une jeunesse éternelle. Comme si on faisait semblant de pouvoir arrêter réellement le temps ou faisait semblant de l'avoir déjà fait. Aussi l'évocation de l'âge véritable, de la date de naissance, de l'âge de leurs enfants, de celle de leur premier film ou disque était tabou. Parce qu'elle portait vraiment malheur. Un producteur ou un agent se rendrait finalement compte de l'âge véritable de sa vedette et de ce qui lui restait comme possibilité de carrière. On passait facilement des rôles d'enfants à ado à jeune femme amoureuse mère enceinte mère d'ado grand mère sorcière et momie. D'autres étaient disparus corps et âmes depuis des décennies.

Il en invite parfois à l'émission pour les nostalgiques dans son public. Pour les amateurs de vieille pierre, de documents historiques anciens et vénérables. Mais que sont-ils devenus? On y pense parfois et on veut le savoir. Mais la plupart ne s'en souviennent même pas. Et devraient faire de grands efforts pour se rappeler de cette émission qu'ils ont pourtant écouté et regardé avec des millions d'autres pendant des années.

À la tv, la vedette, c'est la tv. Et il faut sans cesse nourrir la bête. Parce que ce qu'on vend, ce sont des messages commerciaux enveloppés de rêves à des auditoires ou le contraire. Et il faut sans cesse les attirer. Commerciaux. Public. Sans se poser de questions sur ce qu'on est obligé de faire pour les amuser et les détendre. Comme la fille dans un bordel, elle ouvre la bouche, ferme les yeux et ça va tout seul. Ou elle ferme la main et va de bas en haut et ça va tout seul. Ou elle ouvre les jambes ou se met à 4 pattes. Et la Nature fait le reste.

Il faut du nouveau.

Dès qu'on vous a trop vu, qu'on vous connait trop, vous êtes mort!

Pour le moment, c'est lui qui était le nouveau.

Et il aimait avoir pour ami les gens riches, puissants et célèbres. Il avait une longue vie à vivre et prévoyait déjà la fin de sa carrière dans la boite à zombies, son émission durait depuis 5 ans et ce genre d'émission durait rarement 10 ans. Une autre, toute pareille la remplacerait, mais pour éviter qu'on ne remarque la ressemblance, on éviterait d'inviter les animateurs précédents. Et les anciens invités. Il lui faudrait donc quelques amis de reste après avoir contribué plus ou moins vigoureusement au massacre de tous les autres. Il avait de l'$ de côté, étant à la fois animateur, scripteur, réalisateur, producteur de l'émission, payé pour chaque rôle même s'ils s'imbriquaient les uns dans les autres. Même son chien, invité permanent, recevait un cachet pour sa contribution à l'oeuvre commune. Il était même nommé dans la liste des participants et des ingrédients nécessaires à un succès qui défilerait à la fin.

Il pianotait un peu et recevait des redevances parce que quelques unes de ses notes figuraient au générique.

Était-il trop payé? Par rapport à quoi et à qui? Qui ferait la comparaison? Qui oserait?

On ne pourrait pas dire qu'il ne travaillait pas.

L'émission durait toute la journée et demandait une semaine de préparation. Chaque invité avait 1/2 heure d'entrevue ou 1 heure selon son importance. On coupait au montage ce qui était trop long, trop compliqué ou pas assez. Et les silences toujours embarrassants. Certains avaient donc droit à 3/4 d'heure, 1/2 heure, 5 minutes pour compenser le temps pris par les autres. Selon leur coefficient d'utilité publique et télévisuelle.

Après les pré-entrevues courriels, téléphoniques et enregistrées avec caméra en studio (pour voir si les invités étaient télégéniques) (pour la majorité qu'on ne cessait de voir à la tv ou au cinéma, on le savait déjà), ou c'était au goût de chacun, qui ne sont pas à discuter (on faisait des sondages à la fin de chaque émission) (et on lisait les textes et les notes - j'aime, j'aime pas- des commentateurs des sites de fans ou avec Facebook, Twitter), ou les siens (qui n'étaient pas à discuter non plus); mais pour d'autres, il fallait s'assurer que la caméra les aimait et qu'ils ne s'effondrerait pas publiquement avant de livrer leur message au monde.

On avait déjà vu des enflés laisser échapper leur air le regard fixe comme un pneus crevés ou un diabétique en manque de sucre, incapables de se concentrer pour répondre à une question simple alors qu'il y en avait de si joliement compliquées à venir ce qui désolait le Fou et le Roi qui se rendait compte qu'ils avaient fait ce travail pour rien. Y compris la répétition de leurs rôles et sa mise en scène.

Ce qui était moins pire que de voir mourir un invité en direct, ce qui n'était jamais encore arrivé mais pourrait être intéressant. Mais c'était déjà arrivé au même studio, dans cette même salle, lors de la célèbre émission dont plus personne ne se souvenait qui avait précédé la sienne. Une vedette qui devait chanter s'était mise à bafouiller à côté du micro, chute ou hausse de pression, allez savoir. Ambolie ou ACV. Et la vedette comme si elle avait un besoin urgent de pisser, vomir, chier, essayait de sortir de la scène en titubant mais n'y arriverait pas, tomberait de tout son long sur le sol célèbre où avait marché, dansé, sauté des générations de vedettes.

Ou s'effondrait doucement le long du micro s'en servant comme d'une perche tout en marmonnant le texte de son rôle de plus en plus faiblement jusqu'à se retrouver assis par terre serrant encore la perche de métal du micro qui avait été toute sa vie pendant que l'autre-vedette essayait de rattraper la situation tout en continuant à chanter et de jouer de la guitare. Malaise dans la salle.

Ou c'était l'ampoule au sodium d'un des projecteurs du plafond qui explosait et parce qu'on avait oublié le verre de protection, les éclats s'éparpillaient sur la scène en bas comme des shrapnels de verre directement dans l'oeil de la vedette. Qui explosa lui-aussi. Et la foule riait parce qu'elle pensait que c'était un nouveau gag. Jusqu'au moment où les agents de sécurité intervinrent pour escorter la vedette hors du studio car il n'y voyait plus à cause de tout ce sang, l'humeur vitrée qui coulait de l'oeil qui se vidait et ces larmes de douleur. En attendant de trouver quelque chose à dire, on mit un extrait de documentaire animalier. Puisqu'il était le producteur et devait voir à la sécurité du personnel, du public et la sienne, il exigeait avant chaque enregistrement même si ça prenait des heures qu'on inspecte toutes les installations. Que les projecteurs aient des verres de sécurité anti-chaleur et qu'on les teste. Et qu'ils soint bien arrimés aux rails. C'étaient des objets lourds et il était déjà arrivé que l'un d'eux tombe sur la tête d'un invité qui ne s'en était jamais remis. Il était mort. Mais la station avait de bonnes assurances. Et en avait toujours. Mais il n'y a aucune assurance contre votre propre mort et les désagréments qu'elle peut vous causer. C'était encore arrivé lors de cette émission qui paraissait devenir un cimetière à vedettes lorsqu'on la supprima. Il y en eu d'autres qui la replacèrent mal avant d'être oubliées à leur tour.

Ou une ex-vedette célèbre qui ne l'était plus depuis des années et qui avait officié la même messe dans le même studio que lui, faisant la même émission, avec d'autres décors, comme d'autres vedettes avant et après lui. Fatiguée de tout cet oubli qui l'ensevelissait graduellement comme du sable mouvant. Prend la mauvaise route la mauvaise nuit sur l'autoroute. Entre dans la sortie et va à contre sens jusqu'à ce qu'un camion rencontre et pulvérise son véhicule. Mais pour des raisons obscures, la mort n'en a pas voulu mais pour se rappeler constamment à lui, le laissa handicapé. Il avait oublié que la médecine faisait sans cesse en Occident de grands progrès et que des cas qui auraient non viables il y a quelques temps encore ou le mois dernier pouvaient prétendre à une semi-vie un certains temps. Cet accident si étrange raviva la flamme du souvenir dans la presse (qui aime tellement ce genre de situations louches et inexplicables - ou plus on essaie d'expliquer plus les choses se compliquent- provoquant de multiples malaises et l'achat de journaux d'anciens téléspecteurs qui se souviennent enfin de lui). Le condamant à nier sa tentative de suicide: une erreur. La fatigue. La mauvaise vue. La nuit. Signaliation défectueuse. Et il pu enfin revenir de temps à la tv où il trouva un nouveau rôle en tant que lanceur de messages d'espoir. Il avait changé de rôle et avait cessé d'être une ancienne vedette agrie et angoissée, ne comprenant toujours pas 20 après, pourquoi du jour au lendemain, il avait perdu son perchoir et sa mangeoire. Se disant victime du sort, d'un complot. Ces listes d'injustices fatiguent à la longue l'auditoire le plus complaisant. Il avait enfin oublié son passé ce que tout le monde avait fait avant lui depuis longtemps pour se consacrer à sa nouvelle carrière pleine de possibilité. En tant qu'infirme de service. Connaissant tout des usages de la caméra, il pouvait faire rire ses co-invités par de savoureuses anecdotes. Oubliant heureusement les plus sinistres. Avant qu'on le retourne dans l'établissement où sont rangés les invalides, handicapés et infirmes qui sera dorénavant son domicile jusqu'à ce qu'il trouve finalement la mort si désirée, 10 ans plus tard.

La précédente vedette qui s'était elle-aussi spécialisée dans le message d'espoir était une femme qui, enfant, s'était fait faucher un bras et une jambe par une moissonneuse-batteuse alors qu'elle s'était endormie dans un champs. Elle camouflait depuis ses infirmités avec de nombreux châles et foulard. On l'invitait régulièrement à donner la bonne parole. Elle avait commencé dans les écoles où il y a parfois des incompris. Puis à la radio où l'auditeur n'avait pas à s'habituer à ce corps étrange. Finalement, elle fut invité à la tv. Où elle eut du succès en sainte et martyre moderne. Elle y avait pris goût jusqu'à fonder un groupe d'entraide. Malheureux, incompris, suicidaires venaient à elle qui savait les réconcilier avec leur sort. Il faut supposer que ces sages conseils si bénéfiques aux autres ne lui furent d'aucune utilité. Et après de nombreuses années de services sociaux bénévoles, elle décida de se suicider. Malaise.

Et d'autres belles histoires. Avec cette ancienne vedette dont le rôle était devenu proverbial. À ce point que plus personne ne le connaîssait sous son identité d'acteur. Ou d'homme. Il était LE personnage. L'avait été. Rôle qu'il joua pendant des décennies jusqu'à ce que pour des raisons uniquement connues des directeurs de programmes, on décide de tirer la plug. On l'effaça. Lui, les autres acteurs, l'émission. Comme pour des raisons tout aussi intellectuelles, on décide d'effacer la plus grande partie de ces émissions en jetant les bobines de films. Pour faire de la place. Car l'espace des tablettes et des étagères d'archive coûte cher. Plus tard, on pourrait encore plus avantageusement, réenregistrer par dessus les vieilles émissions célèbres dont plus personne ne veut. Car ces bobines video coûtent cher. Mais il paraît que toutes les émissions envoyés par les grandes antennes des stations dans tous les foyers depuis le début de la radio et de la tv, sont maintenant en route dans le cosmos à destination de probables extraterrestres. Elles ne sont donc pas définitivement perdues pour tout le monde. Seul, dans sa chambre de motel de banlieue. À penser trop longtemps. À regarder dans un petit miroir humide et sale le vieil homme qu'il est devenu et qu'il ne connaît plus. Ou dans sa petite maison. Attendant que le temps passe. Sans un sou car il ne peut plus jouer, si, il le peut encore mais on refuse de le faire jouer. Les metteurs en scène affirmant qu'il est trop indentifié à son rôle, LE rôle de sa vie, que le public risque de le confondre. Et que les autres acteurs jouant d'autres personnages d'un autre auteur étoufferaient de tout ce passé. Ou avec suffisamment d'$ pour durer quelques décennies encore mais sans aucune envie de vivre autant puisqu'il est privé de son public. Tomberont un jour dans leurs petites ou grandes salles de bain. Sur le plancher de céramique dures et glissantes où leurs corps fragiles se casseraient. Sa maison d'avare (dont il ne reste plus que des photos) ou son chalet de marionnettes devenant légendaires. Mais on peut toujours visiter la maison de marionnettes.

Sérieuse préparation. Comme si on allait en guerre. Avec les recherchistes qui en discuteraient en réunion et feraient leur compte rendus aux 2 animateurs (et leurs souffleurs) avec citations tirées des retranscriptions des enregistrements. Dans leur rapport, il y aurait aussi les plus récentes interviews dans les médias avec des phrases surlignées de différentes couleurs selon les sujets tièdes ou chauds ou humides et délicats.

Comme une plaie vive révélant un symptôme sous-cutané n'attendant que de se répandre dans l'organisme et sur lequel il faudrait appuyer au besoin. Et ce besoin se ferait inévitabement ressentir. De la part du Fou ou du Roi.

Comme on jouait de l'orgues aux chats.

Instrument médiéval, tout à fait fascinant et de circonstance avec les donjons et salles de tortures et supplices du temps, où on alignait des chats prisonniers dans des séries de boites de bois. Chacun attaché dans sa boite ne laissant dépasser que le cou et la queue. Alors que la queue, attachée avec un boucle de fil de fer et une corde s'étirant dans des poulies jusqu'aux pédales de l'instrument. Une par chat. En appuyant sur une ou 2 (l'organiste avait 2 pieds ce qui était pratique) on tirait la queue de 1 ou 2 chats ce qui les faisait miauler de douleur. Alternativement. On avait 7 chats pour les 7 notes de la gamme. Du chaton au gros chat. Pour varier l'organe sonore. Les mélodies étaient simples mais émouvantes.

On pouvait faire la même chose avec des enfants orphelins, filles ou garçons, mais dans un instrument plus gros. La voix des fillettes étant plus aigüe que celle des garçons. Et on devait utiliser des aiguilles dans les fesses. Ou les plantes des pieds.

Quoique du point de vue musical, on ait pu difficilement aller plus loin que les moules Africains ou Espagnols qui, sans se connaître, trouvèrent la même solution au même problème. Comment transformer la douleur en musique céleste.

Selon le même principe que le poulet entouré de pâte à sel, on attachait le corps du supplicé à un pieu (inutile pour le poulet), corps, bras et jambes, comme on fait encore pour un méchoui. On recouvrait entièrement le corps d'argile ou de plâtre (Espagne). Qui disparaissait entièrement y compris la tête et il ne restait plus qui dépassait qu'une flute de bois (Afrique) ou de fer que l'on avait inséré dans sa bouche avant d''attacher les machoîres avec du fil de fer, des lianes ou des lanières de cuir afin de la fermer définitivement. On pratiquait aussi une ouverture pour les pailles de jonc ou de fer que l'on insérait dans les narines afin d'éviter que le condamné doive utiliser uniquement la flute pour respirer.

On suspendait le grand pieu sur des supports de bois ou de fer et on allumait un grand feu. Le feu durcissait l'argile ou le plâtre et réchauffait lentement le corps du prisonnier. Qui finissait par bouillir et rôtir. Et par souffrir atrocement. Et, miracle, au lieu des hurlements que l'on se serait attendu à entendre, on n'entendait que le son implorant de la flute qui sortait de sa bouche. Triste et mélancolique. D'abord surprise, crainte, stupeur, frayeur, terreur, abomination. De plus en plus fort ou saccadé au fur et à mesure qu'il cuisait et brûlait et que ses poumons en train de sécher s'emplissaient de fumée, jusqu'à un dernier souffle de l'agonie. On pouvait l'entendre à un mille à la ronde.

Plus primitive fut la version du taureau de Phalaris. Un tyran ancien qui commanda à un artisan doué un gigantesque boeuf de bronze creux où il enfermait ses ennemis afin des les faire rôtir vivant. Leurs cris et l'échos de leurs hurlements sortant du ventre vide et creux par la gueule et les naseaux de l'animal étaient destinés à effrayer le peuple et ses ennemis et à montrer à chacun ce qui lui arriverait si on osait s'en prendre à lui ou discuter ses décisions ou ses caprices. Le peuple était invité à assister à l'événement. Au lieu de payer l'artisan, il le condomna pour une erreur qu'il aurait peut-être commise (qui aurait osé le contredire?) a essayer lui-même son chef-d'oeuvre. Ce qui fut une excellente décision. Peut-être la seule de son règne. L'imbécile qui participe à une telle activité sous prétexte de gagner sa vie ne mérite pas mieux. Et après quelques horribles démonstrations des possibilités de sa machine diabolique; le peuple, ses ministres, ses généraux et ses soldats qui étaient plus nombreux que lui, fatigués de devoir faire tous ses caprices, l'envoyèrent ad-patres dans le même taureau. Ensuite, on fit fondre la bête avec son cadavre carbonisé à l'intérieur. Ce qui semble très moral.

Pour en revenir à l'émission. Au besoin, on réenregistrait certains segments de l'émission ou des scènes permettant de mieux mettre en valeur l'animateur qui démontrerait ainsi son sens de la répartie face à ses invités. Timing qu'il n'avait pas eu le réflexe d'avoir lors de l'enregistrement de l'émission originale. Mais qui saurait que telle réponse de tel invité (celles-là on ne pouvait les changer mais on pouvait la couper et en faire un nouveau montage) ne correspondait pas à telle question du si brillant animateur.

Même s'il avait un souffleur qui regardait en direct l'émission avec lui (le Fou en avait 1 autre) lors de son enregistrement (et 1 équipe de scripteurs et blagueurs humoristes qui pouvaient transmettre à volonté et sur demande des lignes et des lignes de mots d'esprits lisibles sur les I-Pad des souffleurs et des 2 animateurs) et lui souffler dans son écouteur telle réplique ou telle question ou lui suggérer telle piste tentante et inattendue.

Il se pouvait que lors du montage, on découvre trop tard quelque chose d'intéressant que dans le feu du moment on n'avait pas remarqué. La fatigue aidant, on pouvait être moins vigilant. Comme on avait une journée pour l'enregistrement suivi de 6 jours (presque 7) de montage avant la diffusion (car on pouvait monter jusqu'à la dernière minute soit 20 heures.) on pouvait remettre sur ses pieds une réalité défaillante comme on fait au cinéma.

À moins d'être jeune et ou idiot, ceux qui venaient en tant qu'invité savaient à quoi s'attendre. Il fallait être en forme pour le combat à venir. À finir. Et c'était un combat où il n'y aurait ni prix, médaille, ceinture mais seulement le permis de poursuivre leur carrière. Peut-être serait-il l'élu du public? Vedette instantanée et miraculeuse.

Il était donc conseillé de dormir autant qu'on pouvait, de manger légèrement ce qui évitait de vomir trop abondamment. Ou, au contraire, de se saouler la gueule jusqu'au dernier moment ainsi on ne saurait pas vraiment ce qui se passerait et l'instinct les guiderait. Et personne ne serait plus décontracté que nous.

Se droguer était conseillé. L'opium et l'héro calme trop. La coke était préférable. Ou une infusion de plantes énergisantes ou respirer  de l'encens ou des huiles essentielles.

Les amateurs d'Histoire ou du Kung Fu rappellerait les 8 immortels: des sages, toujours saouls (saoule - il y avait une femme) qui ont inventé une forme de combat basé sur le déséquilibre et l'anormalité les rendant invulnérables. Qui n'est peut-être pas conseillé aux simples humains quoiqu'il existe le Zui Qwan, une variation appelée boxe de l'homme ivre où on imite (notez la nuances) les mouvements désordonnés des ivrognes pour désorienter l'adversaire.

Comme l'animateur ou le Fou pouvait à vue de nez détester tel invité et le lui faire sentir (le Fou n'avait pas son pareil pour le mot qui tue, la parole définitive pleine de sous-entendu), il fallait être capable de répliquer instantanément. Sans voler la vedette ou humilier publiquement le Fou (moins important) ou le Roi (absoluement primodialement important).

Déjà que l'émission se déroulait devant public qui, au fur et à mesure que les heures passaient, avait tendance à redevenir bon enfant et à perdre toute notion de recueillement (on est à la tv!) et de courtoisie ayant l'impression d'être chez soi. Ou chez eux.

Si le public riait non avec le Fou ou le Roi mais du Fou et du Roi ensuite, suite, justement, à une contre attaque réussie de l'invité mis en boite. L'humiliation publique était bien suffisante. On couperait les rires au montage final. On remplacerait les visages des spectateurs ricanant par d'autres visages ravis (ou autre émotion souhaitable).

Même chose pour les invités supplémentaires. Certains étant là toute la journée (les plus importants passaient en premier et avaient le privilège de s'éclipser à volonté) et même si leur prestation était terminée, chacun avait constamment une caméra sur lui, ce qui donnait une collection infini d'attitudes et de réactions dans laquelle on pouvait piger. Pas pour rien que le montage durait aussi longtemps. Pour 3 heures de diffusion, on avait près de 100 heures de film.

Il était donc délicat d'être plus spirituel que le Fou. Mortel de l'être autant que le Roi.

Suicidaire de le dépasser en drôlerie. Ou de le mettre en boite. Ou de lui faire perdre sa bonhommie proverbiale et de lui donner l'occasion de hurler contre un invité.

Comme il l'avait fait envers le fils d'une des victimes des Tours du 11 Septembre qui était (par pacifisme, tendre la joue droite ou la gauche, la vengance ne donnera rien et fera des victimes innocentes de plus) contre l'intervention des USA en Afghanistan et en Irak.

Il l'accusa de trahison, le rendit coupable de complicité avec l'ennemi et conclut qu'il était un terroriste. Ou leur complice. Et qu'il était responsable avec ses idées de tous ces morts. Y compris celle de son père dans les tours. Et même de la destruction du World Trade Center.

L'empêcha de répondre tout le reste du temps de ce qu'on ne pouvait plus appeler une entrevue, mais plutôt l'engueulade d'un directeur d'école hystérique contre un mauvais élève (avant qu'on ne découvre le déficit d'attention, l'hyperactivité, l'autisme et la myopie ou la surdité; du bon temps des straps de cuir) couvrant ses paroles de hurlements. Puis le fit éjecter de l'émission par les gardes de sécurité.

Ce fut un moment mémorable de l'émission qui divisa profondément le public. La majorité estimant qu'il avait bien fait et l'autre restant, pensant qu'il avait peut-être exagéré ou qu'il y avait du  tort des 2 bords.

À la fin d'une longue journée, on appela le dernier invité dans la salle de réunion où ils étaient tous (sauf les vraies vedettes) attendant de passer un à un chez le dentiste pour se faire arracher une dent ou fraiser à froid tout en prenant un café (thé, jus de fruit) (pas trop pour ne pas avoir envie de pisser lors de l'émission ou de vomir).

En essayant de se donner une contenance (bonne ou moyenne) comme les anciens martyrs des Arènes Romaines qui seraient à tour de rôle décapités, sciés en 2, éborgnés et aveuglés en leur crevant les yeux ou leur arrachant le globe oculaire, cloués sur des croix, démembrés en quartier, éviscérés (les organes retirés un à un en commençant par l'intestinc de 20 pieds jusqu'à ce qu'il ne reste que le coeur battant), roués vifs, brûlés vivants sur un poteau de torture ou étendus sur un gril de fer chauffé au rouge, griffés et mis en pièce par des rateaux de fer, incisés, cisaillés et coupés lanière par lanière, morceau par morceau alors qu'on jetait les restes sanglants de leurs corps tout autour d'eux jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un squelette, une tête intacte et des os, contenant encore dans sa cage thoracique réduite à sa plus simple expression des organes intacts et vivants, empalés, écorchés, castrés ou les seins coupés ou déchirés et mangés par 1 ours (chiens monstrueux, lions, tigres, alligators), écrasés sour les pattes des éléphants, la tête dépassant du sol où le reste du corps était enterré (debout), broyée sous les sabots des chevaux au galot, ou violée par un taureau dressé à cet usage après qu'on les aurait attaché à une gigantesque structure de bois pouvant résister à de tels assauts. La condamnée vierge finissait généralement broyée entre l'animal furieux et le montage de poutres et de colonnes.

L'imagination étant sans limite, il fallait sans cesse renouveler l'excitation des spectateurs dont certains passaient leurs journées à assister à ces exécutions et ces supplices.

Les martyres iraient au ciel. Peu importe comment ils se seraient comportés lors de leur plus ou moins brève prestation (l'écorchement pouvait durer des heures afin d'obtenir un summum de souffrance) pourvu qu'ils ne renient pas leur foi. Même s'ils avaient été un peu ridicule et amateur.

Les invités n'auraient pas cette chance. Ils pourraient peut-être poursuivre leur carrière ou devraient dorénavant vendre des souliers. Profession honorable dont on ne parle pas assez.

Les martyres des empereurs Romains n'avaient pas non plus de deuxième chance mais on ne leur en demandait pas tant. Une seule fois suffisait.

C'était au tour du dernier invité. Les nouvelles du Téléjournal arriveraient bientôt. À moins qu'on ne les reculent pour faire place à une rallonge de l'émission particulièrement sanglante.

L'écrivain arrivait.

On avait dit qu'il arriverait à la fin du segment précédent, avant la série de messages publicitaires.

Les messages terminés, retour à l'émission, on venait de le re présenter. Au cas où de nouveaux télespectateurs se joindraient au public de l'émission.

Une jolie femme l'escorta dans l'escalier au cas où il serait vieux ou myope et rate une marche. Ce qui serait amusant, bon pour les cote d'écoute mais on pourrait accuser le Fou du Roi d'avoir fait exprès.

Comme c'était déjà arrivé. On les accuserait certainement de manquer d'imagination et de se répéter.

Le Roi était affectueux.

Il y aurait du carnage dans l'air.

*

8.10. 15 juin 2012. État 3