HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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3.6.12

107. LA SCIENCE. L'AMIE DES DINDES ET DES FEMMES

Henry Dickson

Écoutait à la tv un reportage décrivant les amélirations apportées à la vie des dindes et à leur mort dans les centres de transformation, qu'on n'appelait plus «abattoir» car le mot choquait faisant trop référence à la mort. Mais malgré le nouveau mot ou le nouvel usage du mot ancien, on continuait de tuer à cet endroit. Mais plus humainement.

On utilisait l'oxyde de carbone pour étourdir les bêtes au lieu de l'électricité. Elles ne mouraient pas mais tombaient endormies - soumises à une dose plus forte ou plus longuement ce n'aurait pas été le cas- mais il semblait important qu'elle soit encore vivante lors de l'abattage. Mais endormie pour préserver la susceptibilité des employés ? Ou du public visionnant ce reportage.

On visitait aussi la ferme.

Au lieu d'entasser les dindes dans un grand camion, on les prélevait une à une (on imagine qu'elles ne se laissaient pas faire et courait partout et qu'il fallait les attrapper mais on ne vit pas leur capture. À moins qu'on utilise là aussi le CO. Mais on ne le précisa pas.

On voyait ensuite chaque dinde dans sa cage. Cages empilées les uns sur les autres et les unes à çôté des autres et reliées mécaniquement ensemble faisant une sorte de conteneur qu'un véhicule de transport de palettes amenait jusqu'au camion.

Les dindes avaient l'air assommée ou endormie mais on décrivait cet état comme «calme» résustat des nouvelles méthodes de ceuillette qui évitait les cous, pattes et ailes cassées de la méthode antérieure. On découvrait donc que dans la méthode archaïque, il arrivait souvent que l'attrappeur de dinde devant se battre avec un animal de 40 livre, le poids d'n enfant, voulant vivre, devait utiliser des moyens extrêmes, provoquant la luxation ou la cassure des pattes, ailes et cous. On apprenait aussi que les nouvelles méthodes humanitaires employées par cette ferme et le centre de transformation faisant l'objets du reportage n'étaient pas la norme, qu'on était là dans l'avant garde tandis que tous les autres pour des raisons d'économies et de routine, pourquoi changer ce qu'on a toujours fait puisque ça a toujours bien fonctionné jusqu'à présent et personne ne s'est plaint. Ni les clients qui ignorent dans quel état se trouvait leur morceau de viande avant de leur parvenir. Ni les dindes dont personne ne demandent l'opinion.

On voit donc les dindes arriver toujours aussi endormie au centre de transformation, ce qui laisse supposer que pendant le voyage on a continué à leur injecter du CO pour les stabiliser.

On défait l'assemblage des cages qui redeviennent des habitats individuels renfermant un individu les yeux hagards mais stable. Les cages sont amenées sur un tapis roulant jusqu'au centre de libération.

Un préposé les sort une à une des cages et les laisse tomber sur un autre tapis roulant. Elles roulent entassées les unes sur les autres, une montagne de dindes vivantes (on le précisera car il faut le préciser) jusqu'au centre de tri, une sorte de cercle au fond duquel tourne un tapis roulant, un autre.

Et diverses personnes saisissent la dinde toujours stabilisée, la soulève et la pende par les pieds à ce qu'on décrira comme un porte dinde, chaque patte dans un anneau, le tout suspendu à un rail et les dindes continuent leur chemin la tête pendue dans le vide. Aucune ne proteste ni ne bouge. Pas un son ce qui doit être reposant pour les personnes obligées de travailler dans un tel environnement. On comprend pourquoi la collaboration et la bonne volonté des dindes est importantes.

On précisera les progrès obtenus du fait de l'insensibilisation des dindes. Elles ne font plus de bruit, ni de cris, ne se battent plus avec les préposés, il n'y a plus de poussière, de plumes qui volent ni de sang. Ce qui doit être déprimant et l'est moins maintenant qu'on obtient les mêmes résultats avec la quasi collaboration des dindes.

C'est là qu'elles ont affaire officiellement au progrès. Leur conteneur entre dans la salle de CO et ressort encore plus endormie qu'à leur arrivée. Cette fois, elles ne bougent plus mais on dira qu'elles sont vivantes comme si c'était important.

Le téléphérique à dindes qui ressemble à celui qu'on trouve dans les pistes de ski amène la procession de dindes la tête en bas vers le centre d'abattage qu'on ne montrera pas car on est à l'heure du midi.

On voit par la suite les dindes ouvertes, éviscérées et dépourvue de leur plumage et sans cou. La machine à cisailler les cous et les têtes aussi intéressantes qu'elle ait pu être a été coupées elle-aussi au montage.

Du fait des nouvelles méthodes plus humaines, on peut en abattre 100 de plus par heure. Elles ne se rebiffent plus. Ce qui fait 500 de l'heure.

Ensuite, on montre la dinde décroché de son télésiège et placée sur un tapis roulant circulant devant différents bouchers qui la débiteront de plus en plus au fur et à mesure qu'elle avancera sur la chaîne de démontage.

Jusqu'à ce qu'on nous montre le résultat final élégant et convivial au comptoir des produits réfrigérés du super marché. Une poitrine de dinde sur sa barquette de styrofoam sous emballage plastique.

Aucun cris et aucune odeur.

PENDANT DE TEMPS

Le chercheur notait soigneusement ses données. Sa petite patiente attendant dans le calme et le recueillement qu’il termine.
Son tombeau de verre et de plastique sobre et élégant brillait au milieu de la pièce.
Luxe, calme et volupté.
Aurait dit un ancien poète devant cette scène de conte de fée ou une Belle au Bois Dormant ou une Blanche Neige dormant encore mais cette fois définitivement et aucun prince ne les délivrerait.
Parmi ces femmes, il y avait de jeunes vierges (le savoir n’entrait pas dans le calcul des possibilités) et des femmes seules ou des mères. Si elles étaient seules, peut-être ne manqueraient-elles à personne. Si elles étaient ou avaient été en couple, en famille, mère, il fallait que les survivants apprennent à vivre leur deuil et à passer à autre chose.
Le progrès et la science sont parfois cruels.
Il ferma la valve de la bouteille d’oxyde de carbone.

Quoique ses effets n’entravent pas l’expérience. Que la mort soit obtenue par le remplacement de l’air de la tombe de verre et celui des poumons par du CO ou par suffocation due au pompage de l’air dans le but de vider la tombe de tout ce qui serait respirable, le résultat final était le même.

Le calcul ne devant se faire qu’après constatation du décès.
Sauf que visuellement, le CO provoquait une agonie douce. Déjà soumise lors de leur cueillette, leur transport et leur mise en cage ou au tombeau à une dose moyenne de CO afin d’assurer leur collaboration, les sujets expérimentaux semblaient plus calmes et plus sereins. Pacifiés.
Ce qui changeait dans les 2 procédures était la forme de mise à mort. L’une, plus douce, on l’a dit, assurée par une dose de CO suffisante. Et l’autre, par le vidage d’air. Même si on les avait cueillis grâce au CO. Une personne sensible aurait pu décrire cette agonie comme terriblement éprouvante pour l’observateur. Aussi puisque les résultats étaient similaires et aussi exactement décevants, il préférera pour l’avenir s’en tenir uniquement au CO. Et dans ce but, il faudrait qu’il se réapprovisionne.
Progrès, propreté, régularité et prévisibilité et reproductibilité des calculs.
Ses recherches exigentes portant sur l'âme. Concept suranné diront certains. Mais de suprême importance pour d'autres. Et ses recherches sur l'âme portait sur l'âme de la femme. Sur la possibilité que les femmes aient ou n'aient pas cet accessoire inutile ou de la plus extrême importante justifiant leur Salut ou leur Damnation Éternelle. Et, jusqu'à présent, les femmes consultées n'en avait pas.

Le terme «consulter»  étant un euphémisme parce qu'il ne les consultait pas vraiment et, étant donné, l'état d'ignorance et d'impiété généralisée, elles lui auraient répondus que ça n'existait pas, qu'elle s'en foutait ou, au contraire, qu'elles prenaient le plus grand soin de leur âme immortelle. Ce à quoi, encore une fois, pauvres femmes, elles se trompaient, car d'âmes, elles n'en avait pas.

Calcul après calcul, mesure après mesure, assassinat après assasinat, il arrivait toujours au même mur statistigique, procédural, l'absence de tout signe d'âme et donc absence d'âme.

Car il était indispensable que les femmes meurent pour qu'il puisse mesurer à cet instant précis le passage de l'âme hors de leur corps corruptible.

Et, pour cela, il était indispensables qu'elles meurent.

Des chercheurs anciens, se procurant leur matière première dans un hopital où il y a journellement profusion de mourant pouvait assister à leur trépas et prendre les mesures nécessaires. Mais ce n'était pas son cas. Ses recherches étaient de nature privée, confidentielle et secrète car si on était informé de ses activités, on ferait tout pour le faire cesser tant l'ignorance étant routinière ici. Ne pas savoir, demeurer confortablement ignornant était tout ce qui était important.

Comme il ne pouvait attendre que quelqu'un de gravement malade décède, il devait donc devancer la fatalité puisque la mort est le lot commun à tous. Il devait donc être radical et prendre une personne en bonne santé et la faire mourir.

C'était nécessaire. Il aurait aimé procéder différamment, qu'il y ait une méthode moins exigente pour lui et pour ses pensionnaires. Car il ne faisait pas ça de gaieté de coeur. Il était un être sensible et exigeant. Mais la science exige des sacrifices. De lui, elle exigeait le sacrifice de sa joie de vivre et de ses nuits paisibles, de ses objets de sacrifice, elle exigeait la vie.

Il fallait que ces femmes meurent.

Mais s'il fallait qu'elles meurent pour la science, il fallait qu'elle périsse le plus humainement possible. Car il n'était pas un monstre. Seulement un être doté d'un idéal extrême.

De l'âme il savait tout. Il avait tout lu ce qu'on pouvait encore trouvé car vu l'influence de l'Église bien des documents disparurent souvent avec leurs chercheurs, il fut très facile, longtemps, de les accuser d'hérésie et de les condamner eux et leurs livres à périr ensemble sur le bûcher.

Et si des recherches se poursuivaient malgré tout, elles se faisaient dans le plus grand secret se confondant parfois avec la magie noire. Et il refusait ce scandale. Loin de lui ces idées de sorcelleries et de maléfices, il ne voulait pas posséder l'âme de quelqu'un, comme dans le Voudou. Il ne voulait pas par ce moyen contrôler l'être physique de la personne en faire son esclave assassin ou s'en servir à son corps défendant pour les plus extrêmes perversions sexuelles dont la personne possédée ne se rappellerait jamais.

Non, il se refusait à envisager ces possibilités. Il était un homme droit, un homme juste, un savant. Tout ce qu'il voulait, par amour de la science et du devoir, c'est de prouver l'existence de l'âme. Et la peser.

Prouver l'existence de l'âme chez la femme.

Et peser l'âme de la femme.

Certains témoignages de chercheurs affirment avoir constaté la sortie de l'âme d'un mourant sous forme de vapeur légère, que certains appellent aura.
Mais certains observateurs ont pu percevoir cette onde ou lueur autour d’une personne exceptionnelle, signe observables de ses dons spirituels ou de ses pouvoirs, ce qu’on a simplifié dans la peinture classique sous la forme de l’auréole, le cercle autour de la tête des saints.
On donne le nom d’orbe, à certaines formes circulaires visibles sur les photos. On a pu également la photographier émergeant du corps ou de la tête d’une personne tout juste décédée.
Mais selon des sceptiques à l’esprit plus scientifique et matérialiste que religieux, elles seraient le résultat de réflexions parasites produites ou induites lors du trajet de la lumière dans un angle non conseillé au travers de l’assemblage des lentilles de verre des objectifs photos.
Ou, ont dit d’autres observateurs à l’esprit plus ouvert,  le signe de certaines manifestations paranormales dans un environnement particulier que seul l’objectif de l’appareil photo a pu documenter. On ne peut mettre en cause ici l’action des rayons du soleil parce qu’il n’y en a pas. La lumière est naturelle ou de source artificielle mais diffuse. On peut encore une fois mettre en doute les calculs des ingénieurs optiques qui ont mal calculé les paramètres.
Certains observateurs ont décrit des effluves plus denses, des ectoplasmes. Que dans certaines cultures, on a appelé corps astral. Un double du corps inerte mais visible et transparent ou diaphane. Parfois plus flou, sous forme de vapeur. Ou une présence plus matérielle, dédoublement exact du corps comme un jumeau spirituel ou plus grotesque et primitif, homoncule ou Golem se détachant littéralement de la dépouille du défunt. Ces êtres que les alchimistes et adeptes de Paracelse prétendaient fabriquer pour des motifs variés : esclave domestiques ou industriel à qui ils pouvaient déléguer les travaux manuels sordides ou harassants, esclave meurtrier pouvant accomplir les pires vengeances et se glisser dans les endroits les mieux gardés ou les mieux protéger, car on pouvait en créer de toutes les tailles ou leur permettre de modifier celle-ci à volonté. Assassin indétectable à cause de leur forme mais aussi parce qu’ils retournent à leurs éléments premiers : terre, air, eau, et feu lorsque leur forfait est accompli. Esclave sexuel encore à qui ont pouvait à la fois donner la forme de l’être désiré, quelque soit son sexe, sa race ou son espèce à qui on pouvait ordonner toutes les postures et toutes les pratiques. Mais ici, on entre dans le démoniaque et certaines qualités accordées aux anges de l’Enfer leur permettant d’envoûter les humains et leur faire signer des traités dans lesquels ils abandonnaient leurs âmes éternelles (ici, on présume que l’âme existe), les perversions sexuelles des Incubes ou Succubes n’étant qu’une prime, un bonus comme un cadeau en plus de l’acte essentiel désiré par ce pacte.
Certaines personnes plus sensibles, on dit des sensitifs, de médium, peuvent percevoir certaines qualités psychiques naturelles à l’homme mais qu’eux-seuls peuvent distinguer. On pourrait les appeler radiation ou irradiation. Comme les abeilles voient les ultra-violets des fleurs alors que nos yeux sont limités à certaines ondes lumineuses que nous percevons sous formes de couleurs. Des personnes peuvent percevoir l’espace physiquement, les couleurs sous forme de chaleur sur la peau, même en touchant un échantillon imprimé. Les sons ou la musiques sous forme de couleurs ou d’odeurs. Ou le contact physique sous forme de chaleur, couleurs, formes. Les odeurs, les saveurs, les contacts et les sensations internes peuvent aussi être perçue visuellement sous forme de couleurs On appelle cela synesthésie.
Peut-être que certaines personnes par entraînement ou dons particuliers auraient une vue exacerbée par rapport à l’homme moyen. Comme l’aigle comparé à un modeste rampant. L’agile a besoin de voir du haut des airs à des milles à la ronde le moindre mouvement vivant. Ainsi, certaines pourraient percevoir les âmes ou le mouvement des âmes quand elles s’échappent des corps.
On poursuit le raisonnement. Selon le principe des causes et des conséquences. Puisque l'âme a été vue, la lumière est entré en contact avec elle donc elle existe. Si elle existe, elle est physique, il y a donc matière. Et la matière du point de vue expérimental. Par conséquence on peut la mesurer et la peser.
Les nazis sans cesse à la recherche à la recherche de nouveaux pouvoirs ont arpentées différentes avenues. La technique et le perfectionnement des armes déjà existantes. La science des mathématiques et de la physique pour parvenir grâce à des calculs nouveaux à trouver de nouvelles utilisations de la matière ou de transformer celle-ci. D’où les premières expériences sur l’atome devant mener aux bombes atomiques. Expériences qui n’ont pu aboutir faute de temps mais ils avaient déjà les vecteurs sous forme de missiles sol-air, les V-1, ou intercontinentaux, les V-2. Alors que leurs ennemis n’ont pu utiliser que des bombardiers archaïques pour transporter leurs 4 bombes aux Japon. Mais ils ne dédaignaient pas les expériences psychiques, n’ayant aucun des préjugés communs à la science traditionnelles, préjugés abandonnés malheureusement bien provisoirement lors de leur exercice du pouvoir social, politique et militaire et redevenus normes courantes après leur malheureuse défaite. En 10 ans, ils avaient fait faire à la science plus de progrès qu’en 100 ans. Ils ont pu retrouver des documents antiques, des accessoires, des machines remontant à des siècles ou des millénaires, au besoin les ayant remontés ou reconstitués. La science psychique n’était pour eux qu’une forme oubliée de la connaissance et comme dans les autres domaines qu’ils exploraient ils ne se laissaient pas arrêtés par les préjugés bourgeois ou moralisateurs. Ils ont procédés à ces expérimentations dans leurs camps de la mort. De ces terribles pratiques, tous les documents ont officiellement été détruits par les vainqueurs afin que personne n’en ait jamais connaissance. Et à d’autres expériences singulières encore plus inouïe et condamnable selon les normes modernes dans les Tours Noires, les temples de la SS.
Mais nous sommes des nains face à ces géants spirituels. Même si la plupart de ces expériences, du fait de la main mise de l’Église sur la société devait rester secrète et les sont restées et, officiellement, leurs résultats qui se sont pour la plupart, malheureusement, perdus dans le temps.
On note parce qu’il a été l’objet de scandale dans la presse populaire, qu’un des premiers chercheurs à s’être lancé dans ce qu’il a nommé de ‘gravimétrie animique’ est, en 1906, un médecin au Massachusetts General Hospital de Boston. Il mit au point la technique de double-pesée de mourants. En se servant d’une balance à fléau.
Il trouva de la manière la plus classique par le simple calcul et le relevé des résultats qu’il y avait un déséquilibre entre les 2 plateaux correspondant à 21 grammes.
Comme il n’avait pas à sa disposition des prisonniers dont il pouvait faire ce qu’il voulait comme on fait de nos jours avec les lapins, souris albinos, vers blancs, mouche à fruit, il demanda l’aide de malade féru de science qui accepterait de collaborer à ses recherches. Des personnes au stade terminal de la maladie, cancéreux, tuberculeux, vérolés qui ne voulaient pas mourir en vain ou que leur existence terne ait au moins un aboutissement fructueux.
Les sujets de l’expérience étaient choisis parmi la liste des volontaires les plus faibles. Mais il finit par préférer les malades atteints de tuberculose pulmonaires ou les phtisique à cause de leur extrême faiblesse. Et parmi eux, ceux déjà arrivé au bout de l’épuisement physique, dernier stade de la tuberculose. Des moribonds encore vivants ou des quasi morts vivants. Asthénie fonctionnelle. Heureusement, il y a avait à l’époque des sanatoriums remplis de milliers de malades n’attendant plus dans leur reste de vie que la mort puisque la médecine de l’époque était incapable de guérir leur maladies.
Parce qu’un cobaye en meilleur forme physique ou à un stade moins avancé de sa maladie ou victime d’une maladie provoquant des spasmes, des crispations ou des soubresauts musculaires auraient pu détraquer les instruments ou malencontreusement fausser les mesures.
Les malades perdaient rapidement et régulièrement du poids au fur et à mesure des progrès de la maladie. Et c’était une lutte de vitesse entre leur déclin progressif et le protocole expérimental. Il fallait tenir compte de la déshydratation par la sueur et la respiration. Et leurs calculs arrivèrent à une moyenne de 30 grammes par heure se poursuivant régulièrement jusqu’à leur décès. Et de nouveau 21 grammes après leur mort. Mais subitement. Une diminution soudaine de la température et du poids quasi instantanées. La preuve calculée qu’un élément non identifié quittait leur corps.  
Ce quelque chose pouvait-il être décrit comme l’âme?
Ses calculs devinrent encore plus précis. Dans ce qu’on appelle le dernier souffle, combien pèse l’air échappé des poumons? Il le pesa. Il nota 1 gramme. Combien pèse l’air nauséabond échappé par le sphincter de l’intestin? 1 gramme.
La mort chez les mourants, qu’ils soient décédés de causes naturelles, accidentelles ou humaines, par exemple, la pendaison ou la crucifixion provoque l’ouverture des sphincters de la vessie et de l’intestin dont le contenu s’écoule par gravité. Du fait de la station couchée , les pertes et écoulements étaient minimaux et faisaient parti des calculs.
Sur 100 expériences, tous les résultats étaient positifs et réguliers : 21 grammes.
Mais pour des motifs de pudeur et de retenues propre à l’époque et bien compréhensibles compte tenu du contexte social, le chercheur n’eut accès qu’à des cobayes masculins. Même si des femmes que cette idée ne heurtait pas s’étaient proposées. Il dut les refuser. On n’aurait pas comprit qu’il tienne compte des pertes sanguines, urinaires et fécales des femmes qui n’étaient pas supposées avoir ce genre de désagréments.
Donc, avant lui, personne n’avait pensée mesurer l’âme de la femme.
Et depuis qu'il le pesait, il arrivait toujours à ce mur. Il n'avait pas à être déçu puisque les expériences s'étaient bien déroulées. Il pouvait être satisfait. Un scientifique n'a pas à avoir d'opinion sur les résultats de son travail. Il doit rester neutre. Il cherche à percer les secrets de la Nature et doit se contenter souvent de modestes résultats. 
Mais chacun d'eux fait avancer la science.
31 ième femme.
Aucune âme.
Philosophiquement très decevant. Mais scientifiquement satisfaisant.
Peut-être qu'avec le cobaye féminin numéro 32 ce sera mieux.
Elle venait d'arriver et il la gardait dans une cage aménagée à cet effet. Il n'avait pas prévu que l'expérimentation précédente soit si longue. Il fallait maintenant qu'il procède à la disparition du corps avant de procéder avec la suivante. Cette expérience l'avait épuisée. Chaque fois il guettait l'étincelle qui le mènerait à une nouvelle piste. Et chaque fois la même désespérante réalité.
Il était fatiguée du rôle ingrat qu'était le sien mais il fallait bien que quelques-uns se dévouent. Il fallait qu'il dorme. Demain, il procéderait comme d'habitude pour la disposition des restes mortels de sa dernière patiente. Avant de fermer la lumière de son laboratoire, il jeta un dernier regard sur la morte qui avait l'air de dormir et sur la dormeuse qui attendait paisiblement et qui aurait pu être morte.

Aucun cri, aucune odeur.
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MORT: 1

Sexe de la personne décédée: Féminin

Cause de la mort: CO

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3 juin 2012. État 1