HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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26.3.13

329.25

Henry Dickson était dans l'autobus (minibus) (pas tant que ça) Sprinter version navette d'hôtel (avec porte accordéon comme dans un vrai) de la petite blonde. Il aimait bien se faire diriger par une femme. De temps en temps. Comme en ce moment pendant qu'il rêvessait dans la fenêtre.

Il était étonnant comme elle avait guérit rapidement. Il y avait là de quoi brûler quelques femmes. Normalement quand la peau est entaillée aussi profondément. Sans compter les os. Quand les pieds sont traversés de part en part. Et les mains. Que la peau proche du coeur est fendue. Mais, cette fois, pas de part en part. Seulement assez pour qu'on voit les côtes et le coeur battre. Qu'on entende parfaitement ses battements. Que toutes ces blessures entraînent des afflux de sang. Il est logique et parfaitement compréhensible qu'on meure. Et difficilement croyable qu'on n'en meure pas. Et, encore plus difficile à croire et comprendre que ces phénomènes ou symptôles disparaissent aussi rapidement qu'ils sont apparus.

Et, en effet, la paume de sa main était aussi douce qu'elle l'avait été. Et ses mignons petits pieds ne saignaient plus partout. Ce qui rendait le plancher glissant et dangereux.

Tout ceci était prodigieusement intéressant.

Elle lui demandait alors à quoi il pensait et il répondait alors: à rien. Ce qui la plongeait dans le plus grand étonnement. Comme bien des femmes qui pensent toujours à quelque chose. Passé. Présent. Futur. Le lendemain. Toujours inquiète. Ou craignent régulièrement quelque chose. Elle n'arrivait pas à comprendre qu'un homme puisse ne penser à rien. Et ses semblables n'arrivent pas à croire lorsque l'homme leur répondait - s'il les a entendu (ne penser à rien signifie parfois être ailleurs et sourd) - qu'il ne pense à rien. Mais comme il n'a pas de preuve pour démontrer ce phénomène ou le documenter, elles ne le croiront pas. Puisqu'elles pensent tout le temps, s'imagineront qu'il complote quelque chose, que c'est secret - d0nc pire - inquiétant - et qu'il ne veut rien leur en dire. Précisément pour ça. Elles l'apprendront bien assez  tôt. Ou. Que c'est très compliqué. Avec bien des conséquences. Il pense à sa maîtresse. À la manière de lui annoncer qu'il la quitte, elle, et ses 10 enfants. Que sa maîtresse est enceinte. S'il n'en a qu'une. Qu'il a envie de renouveau, de faire un trait sur le passé, de se sentir un homme nouveau. Et qu'elle fait parti de ce passé. Le hamster peut rouler à toute vitesse. Avec bien des options. Heureusement, la raison ou, à défaut, la logique ou le souper à préparer, les ramènent sur terre. Comme il ne les aura pas quitté le lendemain, ne les aura pas mis dehors avec leurs vêtements dans des sacs à poubelles, elles penseront qu'elles ont peut-être été excessives. Que, parfois, ça leur arrive. Les hormones. Encore.

Les humeurs. Comme du temps de Molère. Saignée. Purgation. Lavement. Douche d'eau froide. Le fouet.

Comme le type des nouvelles TV de la veille qui secouait sa femme pour la réparer. Sa femme était brisée ou endommagée ou défectueuse. Et il ne voulait que l'améliorer. Pour son bien. Que ses idées se remettent en place. Comme on faisait dans le temps où les appareils électroniques avaient des fils qui pouvait se dessouder. Ou des lampes ou des tubes électroniques qui pouvaient sortir de leurs socles. Les secouer provoquait des vibrations qui ramenaient les pièces disjointes plus ou moins ensemble. Du moins pour un certain temps. Une fois réparé, la femme redevenait fonctionnelle. Utilisable. Et le foyer harmonieux. Comme un vieux grille-pain. Il est vieux. Il y en a des neufs. Peut-être plus pratique. Mais on s'est attaché à l'ancien modèle malgré ses disfonctionnements passagers. On le secoue et il est réparé. Il retombera en panne. Et on le secouera encore.

Un autre type tapait sur la tête de sa femme avec la main ou le poing, encore une fois, dans un but éducatif, médical et charitable. Pour l'améliorer. Si le premier mécanicien avait été arrêté parce que sa femme en avait assez d'être réparé sans cesse; le second, c'était la police. Parce que sa femme ne bougeait plus. Était par terre. Étendu. Un peu déboitée. Et que les voisins, fatigués de cette opération sans anesthésie qui durait trop, avaient porté plainte. Pas assez vite pour que la police arrive à temps: la patiente n'ayant pas survécu à l'opération. Ce sont des choses qui arrivent. Personne n'est éternel. Ni les femmes et autres appareils ménagers.

C'est elle qui conduisait fièrement son véhicule. Depuis qu'elle avait été attaqué par le crétin dans sa Mini-Cooper (il avait une camionnette Dodge Ram 1500), elle pensait que, quoiqu'on dise, dans les magazines féminin (que les hommes peuvent lire) (à la veille d'une opération, sur la table à café (sans café) de la salle d'attente de l'hôpital ) - la taille importe ou a son importance. Sujet de conversation de bien des femmes - avec tous les sous-entendus utiles pour des femmes bien élevées et de bon goût - lorsqu'elles sont sûres que les hommes n'écoutent pas.

Quoique, en cette circonstance - Dodge Ram 1500 contre Mini-Cooper - la taille n'avait pas déterminé l'issue du combat. Au premier round, la Mini avait fini dans le fossé, sur le dos. Et, elle, pendue au plafond par sa ceinture de sécurité. En train de s'étrangler. La ceinture lui avait peut-être sauvée la vie. Ainsi que les coussins gonflables. Mais, à ce moment, la ceinture lui brisait le cou, lui serrait la gorge et elle mangeait le coussin. Elle l'avait tranché avec une dague Fairbairn Sykes 1940 de collection. Une des milliers que contient encore la cave de la maison. On a beau s'en débarrasser, c'est comme s'ils se reproduisaient sans cesse.

Bref, elle appliqua à son assaillant une bonne dose de thérapie de la parole: lui, expliquait pourquoi il avait voulu la violer. Et elle pourquoi elle n'en avait aucune envie. Et pourquoi il voulait absolument la forcer et elle pourquoi. Ce genre d'exercice pouvant durer indéfiniment. Chacun a ses torts. La femme, celui d'exister et de passer par là à ce moment. Et l'homme, d'être un homme - de la catégorie ordure - sous catégorie violeur - sous genre: de femme. Il y a toutes sortes de variantes et de spécialités.

Ou ce fut plus simple. Dans le genre Biblique. Grenades à fragmentation (ananas) MK 2 et pistolet Colt 45 1911 pour l'arrosage final. L'ordure en avait été quitte pour un voyage en avion en enfer. Mais c'est une autre histoire.

Elle avait voulu ces souvenirs parmi tous les souvenirs de la cave. Et remplaça ces souvenirs par d'autre à son retour.

Sauf le Colt qui avait très bien fonctionné malgré 70 ans d'hibernation dans une boite. Il ne manquait que 8 balles. .45. Mais il y en avait autant qu'on voulait dans d'autres caisses. Elle en prit une poignée avec des chargeurs.

Malgré que monsieur Dickson lui ait affirmé que quelles que soient les qualités du Colt 45 d'époque - pas 1911, date de son invention -mais 1945, pour cette version. Il y avait mieux. Les armuriers ne s'étaient pas  tournés les pouces tout ce temps. Comme elle avait une petite main forte, le Colt était encombrant - mais on pouvait très bien s'en servir à 2 mains, ce que les spécialistes conseillent. Et elle s'en était très bien servi avec quelques minutes de conseils. À 2 mains. Presque à bout touchant de la tête du crétin. 8 balles dans le cerveau. Il avait été surpris au début lorsqu'il l'avait vu surgir à sa droite. Mais moins ensuite. Mais il y avait mieux. Tout aussi efficace. Qui tiendrait bien dans sa main.

Mais c'était devenu une arme porte-bonheur. Quoi répliquer au bonheur?

La petite blonde est comme ça: faut pas lui marcher sur les pieds. Ou essayer de lui taper dessus avec un cric. Chacun ses caprices.

Quoique, à la défense, de son assaillant, il n'avait pas encore essayé de lui fendre le crâne à coups de crics ou lui défoncer la gueule à coups de poings. Ce qu'il avait l'intention de faire après le viol. Mais les choses s'étaient précipitées. En fait, il avait un peu perdu le contrôle. La Mini-Cooper était dans le fossé. Sur le dos. De la fumée sortait du compartiment moteur. De la calandre. L'antigel coulait sur le moteur chaud. Lui avait la chienne et n'osait plus sortir de sa camionnette. Si l'auto prenait feu. Il était là à se demander quoi faire - il aurait dû interroger une autre personne mais il était seul - parce que ça s'éternisait. L'auto continuait à fumer. Elle ne brûlait toujours pas. N'explosait pas encore. Et lui se demandait s'il allait partir ou se risquer à descendre le talus pour la sortir de là. Pas par scoutisme. Parce que si on veut violer une femme, il faut une femme. Il y a quelque chose d'élémentaire.

Depuis le temps qu'il se faisait des scénarios dans sa tête à 3 neurones sur la manière dont il allait la crever et, comme ça ne s'était pas passé selon le scénario, il restait là à attendre. Sans pouvoir se décider. Il aurait pu se dire que c'était une mauvaise action. Pire, une action stupide. Qu'il avait de mauvais amis et qu'il serait temps d'en changer. Qu'ils ne cessaient de lui donner de mauvais conseil. Mais il aurait pu tout aussi bien parler à sa tête. Tête qui dans un instant exploserait. Son cerveau était son pire ennemi. Quoique le mot «cerveau» ou «intelligence» dans son cas.

Il aurait pu se dire.

Il aurait dû se dire.

Qu'il pouvait retourner chez lui et tout oublier. Il avait déjà démoli l'auto de la petite blonde. Mais elle ne saurait pas qui c'est. C'était la nuit. Il l'avait suivi. Pourchassé. Ébloui avec ses phares. Tous en hautes. Elle ne saurait jamais qui c'est.

Tout allait mal. On était encore au commencement et ça foirait. Mauvais signe. Aussi bien abandonner tout de suite quand le destin n'a pas envie de vous aider. Il avait déjà violé des femmes. Ça s'était à peu près toujours bien passé. Parfais moins. Mais il avait toujours gagné. Femme zéro. Homme un. Rien que du plaisir et de l'agrément. Mais là. Ben là.

Et il regardait stationné sur la terre et l'herbe sur le bord du chemin de campagne l'auto qui fumait en bas. Violer. Pas violer.

Il en avait une furieuse envie.

Pendant ce temps, la petite blonde coupait la ceinture de sécurité avec sa dague super aiguisée. Tapait sur la vitre qui refusait de s'ouvrir avec le manche en bon métal. Et la vitre cassait. Et la vitre la coupait parce qu'elle était mal cassée. Des tas d'éclats et de pointes pointues qui grafignent, coupent, déchirent. Peau. Tissus. Peau. Mains. Bras. Tête. Dos. Ventre. Cuisses. Du sang partout. Et sortait en fumant comme son moteur.

À partir de ce moment, il était trop tard. Il y avait de l'agonie et du carnage dans l'air.

En fait, il devait ramener ce qui restait de la petite blonde à ses amis qui étaient à ce moment dans la grange de monsieur Dickson en train de pisser sur ses autos. Et de taper sur les caisses de crayons explosifs. Les retardateurs pour l'explosif plastique. Dans les autres caisses. Comme ça pissait dans la cave. Que l'explosif était instable. Était sec ou semblait se décomposer, poudre ou mélasse, on avait cru plus prudent de le transférer dans la grange. Sans penser que des idiots.

Bref, ils devaient violer la petite blonde, lui casser la gueule et la pendre à une poutre de la grange. Pour faire une farce à monsieur Dickson. Homme qui comprend la subtilité de l'humour.

Ces intellectuels pensaient à toutes ces sortes de choses pendant que d'autres grands esprits tapaient sur les caisses.

Ce fut Biblique.

Encore.

Tout le monde s'est retrouvé en avion.

Mais c'est une autre histoire.

Et une autre allait commencer

La Sprinter passait devant le Centre Communautaire du village lorsque ça fit BOUM!

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26. 27 mars. État 2