HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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6.10.13

346.42

En l'attendant monsieur Dickson lisait la publicité de la revue Wired qu'il venait d'acheter.

iPhone

Couleur gris cosmique. Comme celui de son amie.

Soigneusement pensé. Mûrement réfléchi. Méticuleusement conçu. Plus que le simple fruit de la technologie, c’est la technologie au service du quotidien.

Et plus qu’un modèle dernier cri, c’est un modèle à suivre.

Conception mince et légère. Connectivité sans fil ultrarapide. Et une foule d’apps pour décupler votre productivité.

iPhone

Le partenaire d’affaires idéal. L’assistant intelligent que vous commandez de votre voix.

I Phone a toujours été un symbole d’évolution.

Son architecture 64 bits d’avant-garde. Son capteur d’empreinte novateur. Qui la tuerait un jour. Mais il était trop tôt pour parler de cette triste affaire.

Son double flash DEL le place au rang des visionnaires.

I Phone.

Preuve d’une innovation réfléchie qui l’emporte sur l’avancement technologique effrénée.

I Phone.

Incarne le progrès dans toute sa splendeur.

I Phone.

La concrétisation d’un idéal : un téléphone intelligent incroyablement mince, remarquablement léger et prodigieusement puissant. La poursuite de l’idéal nous a mené à l’idéal.

iPhone 5 nous a menés vers de nouveaux sommets.

L’optimisation des qualités représentait un véritable défi d’ingénierie. Alors nos ingérnieurs ont pensé aux sens le plus subtil et le plus délicat: le toucher. Le contact léger. L'effleurement sensuel.

Le toucher était le moyen le plus naturel d’interagir avec un téléphone intelligent. Toucher pour écouter une chanson. Toucher pour naviguer sur le Web. Toucher pour prendre une photo.

La source d’inspiration derrière cette innovation? Votre doigt, tout simplement.

Le capteur d’empreinte Touch ID n’en est que la suite logique. Il n’y a pas de meilleur mot de passe que votre empreinte digitale. Impossible de l’oublier, ou de la déchiffrer. Il fallait de soi que votre iPhone vous reconnaisse. Qu’il sache qui vous êtes. Au lieu d’exiger que vous mémorisiez et entriez de multiples mots de passe pour l’utiliser.

Lorsqu'elle essayerait de se suicider. Maladroitement comme bien des femmes. Et qu'elle changerait d'avis en ressentant les symptômes désagréables en train de se dérouler dans son organsime et son estomac suite à l'ingestion de tous ces flacons de pilules, gélules, comprimés. Elle essayerait d'appeler. Mais la veille, avant qu'elle se suicide, elle avait essayé de reprendre ses vieilles habitudes et de faire à manger, comme elle le faisant quand elle était en compagnie de sa fille, c'est-à-dire, tous les jours. Et lorsqu'elle était en compagnie de son mari. Soi rarement. Elle avait été maladroite. S'était brûlée la mains et les doigts avec le manche de la poèle à frire. Ce qui fut, comme on dit: la goutte d'eau qui fit déborder le vase. C'est ensuite qu'elle se suicida. Ou essaya de le faire. Et rata son coup. Et réveillé, entre 2 envies de vomir, elle avait essayé d'appeler les secours. Mais le capteur d'empriente digitale ne reconnaissait plus ses doigts boursoufflés et douloureux et refusait donc d'actionner l'appareil. Elle mourut donc à côté de son téléphone intelligent.

On verra cette scène plus en détail plus tard.

Monsieur Dickson poursuivait sa lecture. Il se demandait s'il allait acheter le nouveau Blackberry Q 10. Pour remplacer l'ancien. Mais la compagnie était sur le bord de la faillite et venait de mettre dehors 4000 employés. Les actionnaires étaient furieux.

Il y avait le nouveau Samsung qui était bien compatible avec Nexus, le système Google. Et le nouvel iPhone.

Il y avait de jolies photos.

Intégrer la puissance de traitement d’un ordinateur de bureau à un appareil qui tient dans la paume de la main. Voilà ce qui fait que l’expérience vécue sera encore plus conviviale, efficace et satisfaisante.

Il fallait aussi les options. L'étui. Que dire d'un étui. Mais tant de choses, voyons!

Même son étui a été repensé. On avait même conçu son étui avec passion.

Monsieur Steve Job n'étant plus là pour hurler après son petit personnel. Mais son esprit sinistre veillait toujours.

La passion avec laquelle nous l’avons conçu se reflète dans chacun de ses contours. Somptueux au toucher, il est fait de cuir de première qualité. Finement biseauté et parfaitement ajusté pour dégager les commandes de volume et le bouton marche-veille, il se distingue de tout autre étui pour iPhone.

Ainsi, même dans son étui, iPhone 5s conserve son allure mince et élégante. Grâce à un procédé associant méticulosité artisanale et précision de l’usinage, une seule pièce de cuir enveloppe la structure robuste du téléphone. Le produit final, d’une perfection sans faille, trahit l’attention portée à chaque détail. L’intérieur est garni d’une fine doublure en microfibre qui protège le fini lustré du boîtier.

Et l’extérieur ne laisse pas indifférent. Des teintures riches imprègnent profondément le cuir et se déclinent en six couleurs dont le caractère unique résistera à l’usure du temps.

Rose. Jaune. Gris cosmique. Noir.

Comme tout ceci était admirable et beau.

345.41

Voilà pourquoi monsieur Dickson était à Montréal.

Voilà pourquoi, il était allé la rencontrer dans un café. Elle savait que sa maison était surveillé par la police.

On n'avait oublié aucune possibilité. Comme le fait que l'agresseur aient des raisons de s'en prendre à eux. Que ce n'était pas seulement un pervers chaotique mais qu'il voulait se venger.

Le mari de l'épouse ayant fait un certain nombre de victimes dans sa carrière et son combat pour devenir riche.

Il avait été cruel et impitoyable mais avait gagné.

Qui se soucie des perdants.

Il y en a tant. Et on devrait se soucier de ceux qu'on écrase qui ne font pas seulement du jus ou du pus lorsqu'on presse sur leur petit corps à la façon des enfants qui éfouèrent un grillon. Qui se liquéfie aussitôt sans effort.

Il était donc possible qu'on n'ait pas affaire à un maniaque - possibilité 3 ou 4 - mais à un ancien adversaire. Ou même un ancien amployé ou ex-associé devenu inutile et inutilisable et qui voulait se venger. Il avait dû se séparer de bien des gens qui l'auraient encombré dans l'étape suivante de sa carrière.

Employé ou associé utile à l'étape précédente. Mais devenu un poids mort. Une carcasse vide de tout enthousiasme. Un citron pressé.

Il leur avait souhaité bonne chance dans leur nouvelle carrière. Était enthousiaste devant les nouveaux défis qu'ils auraient à affronter. Il leur disait qu'il leur offrait cette opportunité providentielle d'utiliser leurs talents à leur plein potentiel alors qu'ici, là où ils étaient, leur emploi devenait routinier.

Il avait déjà dit de telles choses avec conviction. Maintenant c'était le rôle du directeur responsable du personnel.

La plupart des gens sont résignés depuis l'enfance. On se transmet la résignation de parents à enfants.

Il ne faut pas viser trop haut sinon on sera inévitablement déçu. Donc, on ne visait pas trop haut et on était déçu. On se contentait de gagner sa vie. Et celle de sa femme. Et des enfants de sa femme. Et parfois, on n'y parvenait même pas. Ou, il était arrivé qu'on y soit parvenu avec persévérance et amour du travail et du devoir. Mais notre poste budgétaire n'entrait plus dans sa petite case habituelle. L'entreprise avait d'autres projets dont on ne faisait pas parti.

On vous escortait alors avec vos boites jusqu'à la porte. Pour vous éviter de revenir et de démontrer votre mécontentement. Et de démotiver vos collègues en leur faisait voir ce qui vous arrivait après 30 ans de bons et loyaux services. Eux qui n'étaient là que depuis 10 ans.

Mais vous n'aviez envie de rien démontrer. Vous étiez résigné. Mais il se pouvait que vous ne le soyez pas suffisamment. D'où l'utilité des gardes de sécurité. Et des boites de carton. Étonnamment, tout ce que vous possédiez dans cette entreprise, tout ce que vous aviez accumulé depuis 3 décennies tenait dans une seule boite.

Et la vie étant bien faite. De tous ces gens tombés dans les poubelles de l'histoire de l'enreprise, aucun n'était revenu sous forme de fantômes hanter les lieux. Ou avec un fusil.

C'était arrivé.

Ailleurs.

Mais pas ici.

Jusqu'à présent.

La police avait fait remarqué que ce pouvait être le cas.

Et après sa fille, il s'en prendrait à sa femme. Comme tous les lâches, il n'oserait pas s'en prendre à lui. D'où l'usage de la police. Une voiture de l'autre côté de la rue pour bien visualiser la maison et le terrain. Et un agent dans la maison.

Le téléphone était sur écoute. Bien sûr.

Elle avait donc utilisé une cabine téléphonique au lieu de son portable.

iphoe 5 S. 16 GO. 800 $.

L'évolution en marche.

Afin qu'aucun numéro ne reste dans une mémoire électronique quelconque.

344.40

C'était Pâques

Et voilà la seconde visite du jour par des enquêteurs neufs.

Bien enveloppé dans leur uniforme qui leur servait d'emballage cadeau.

On dit.

On dit et c'est devenu un dicton, un autre, qu'il y a ume médecine à 2 vitesses. Une pour les pauvres et une pour les autres. Il y aussi une justice à 2 vitesses. Et une police. Et des enquêtes du même genre.

On dira 2 vitesse pour simplifier le dicton. Alors qu'il y en a davantage. Mais aller plus loin dans la précision serait troublant.

La première enquête avait été du modèle standard.

Il est triste de perdre une enfant. La police est triste aussi et fait ce qu'elle peut. Elle partage vos émotions. Comprend vos sentiments.

Écrit sobrement.

Continue à faire ce qu'elle peut.

Même lorsqu'elle quittera le lieu du crime. Ou le dernier endroit où on aura vu la fillette, elle fera encore ce qu'elle peut.

Le tout deviendra un dossier comme les autres une fois la porte de la maison des parents tristes dans le rétroviseur.

C'est ce qu'il a été possible de faire.

Dans le circonstances.

Si les circonstances avaient été autres, si les choses s'étaient passées autrement...

Non seulement on vous comprend mais on peut vous affirmer que tout ce qui était possible a été fait.

Ainsi va la vie.

Et la mort.

Et autres proverbes de la sagesse policière.

C'est ce qui se passait normalement.

C'est ce qui aurait du se passer normalement.

Pour des gens ordinaires et sans importance.

Pour eux, il y avait un certain nombre de possibilités. Et, même pour ce nombre, il y avait des limites dans ces possibilités limitées.

Comme le malade quitte l'urgence de l'hôpital généralite où il attend depuis 2 jours en tenant son petit numéro pour une clinique privée. Supposant que cette possibilité existe parce qu'il a à la fois de l'$ et un manque de mémoire qui lui avait fait oublier cette possibilité intéressante. On voit donc l'absurdité de la situation.

Heureusement, pour lui, il y a une seconde vitesse au moteur médical. Il a l'espoir - et on a vu que l'espoir faisait vivre dans un proverbe précédent - que, cette fois, il ne serait pas un numéro.

Quoiqu'on n'aura peut-être pas un orchestre à corde avec piano jouant du Mozart dans le vestibule comme il en existe dans certains hôpitaux réservés aux grands de ce monde. Et inaccessible aux petits et insignifiants malades souffrant inutilemet.

Il fallait enclencher la seconde vitesse de la justice. Non celle des tribunaux, inutiles à ce moment, mais celle de la police.

Le mari avait des amis.

Influents.

Le mari aimait son épouse qu'il ne voyait pas souvent. Quoique le mot «amour», terme fréquent, inamovible, des magazines féminins, soit imprécis. Probablement qu'il n'y a, peut-être, que les femmes, lectrices de Elle ou Clin d'Oeil, qui comprennent véritablement son sens. Ou c'est une autre illusion féminine qu'il faut leur laisser sinon elles deviennent agressives. Donc comme on vient de le dire, il aimait sa femme mais pas souvent parce qu'il voyageait beaucoup pour affaires. Parce qu'il avait des affaires tout autour du monde. Et autour du monde, c'est loin. Pour aller et en revenir.

Et, son épouse s'ennuyant, comme quelques unes avait découvert monsieur Dickson.

Son époux était aussi père. Et il aimait sa fille. Et il n'allait pas facilement se résigner à ce que le sort s'acharne sur sa demeure. Ce n'était pas ce genre d'attentisme qui l'avait fait réussir sa vie et ses affaires.

Et il allait mettre en action son $ pour transformer la réalité.

La plupart des autres êtres vivants doivent se contenter de la subir ce qui développe le sens de la résignation apprécié des églises.

La chance, le hasard, l'espoir, la prière était des concepts trop féminins pour lui.

On avait donc chargé une seconde équipe, mieux équipée techniquement et intellectuellement, pour refaire l'enquête.

On ne pouvait rattrapper le temps passé.

Puis le premier 24 heures.

Ensuite, le premier 48 heures.

Et voilà la première semaine.

Une autre fois. Un autre cycle. Une autre semaine.

Puis le preemier ou le second 24 heures.

Ensuite, le premier 48 heures.

Ou le second.

On repartait tout à neuf. Des yeux neufs. Des esprits neufs. Une nouvelle tablette lignée.

Et le mari, l'époux, faisait comme pour ses autres affaires, harcelaient ses amis influents pour qu'ils motivent suffisamment ou encore mieux. On ne devient pas riche en laissant les employés suivre leurs rythmes naturels. Il faut des idées. Des concepts. Des images. Des résultats.

Pour un temps - il lui suffisait ou lui aurait suffi de voir sa femme (on a dit qu'il l'aimait ou quelque chose du genre.) (on a dit aussi qu'il voyageait souvent) pour comprendre que s'il ne poussait pas à bout ses troupes (il lui était facile d'utiliser ce concept qui était devenu une seconde nature)- celle-ci qui, comme ses semblables femelles, avait un esprit fragile serait définitivement défectueuse.

Du moins, c'est ce qu'il avait compris.

Son épouse s'était remise à prier.

Elle avait reçue une éducation religieuse. Était souvent allé à la messe lorsqu'elle était pensionnaire des soeurs. Dieu est une habitude qu'on n'oublie pas si on a été contaminé en jeune âge. Ou, si on croit l'avoir définitivement oublié, mis de côté - parce qu'on est moderne, civilisé, instruit, cultivé, perfectinné, moderne - Dieu revient vite dans ce qui reste de sa vie et de son esprit. Avec le malheur.

Si on a le cancer. Il n'y a rien de mieux pour retrouver la foi, la prière et les lampions à l'église quele cancer et la chimiothérapie ou les radiations.

Compostelle.

Sainte Anne de Beaupré

Ou si on a égaré sa fille.

Ou si elle s'est enfuie.

Ou si elle a été.

Ou si elle.

Ou si elle a été enlevée.

Pendant que son mari hurlait au téléphone et exigeait des résultats. Promettait des récompenses. Et des punitions.

Il était de ces hommes capables de punir. Dans son domaine social, il était une sorte de petit dieu.

Mais son épouse ne faisait pas que pleurer. Quoiqu'elle pleurait suffisamment.

Beaucoup.

Il y avait eu la première équipe de policiers.

Il y avait eu son mari.

Il y avait eu la seconde équipe de policiers.

Il y avait Dieu. La prière. Des promesses.

Il y avait encore son mari et son téléphone. Une quantité inouïe pour elle de noms et de postes qu'il mouvait et déplaçait dans un jeu d'échec à l'échelle de la ville que lui seul comprenait.

IL n'allait pas souffrir comme n'importe qui. Il n'avait jamais reculé devant un défi. Il n'était pas dit que le sort s'acharnerait sur lui. Que le sort, le destin, l'État, la malchance s'abatte sur les pauvres gens, les presque pauvres ou les moins pauvres; c'était la norme des choses.

Sans doute que tous ces efforts amèneraient des résultats?

Pendant ce temps, elle était laissé à l'arrière du jeu - pour son mari, les enquêteurs, c'était un jeu entre leur intelligence et leurs méthodes et celle de l'agresseur.

Maintenant, il y avait un agresseur.

Mot nouveau qu'on n'avait pas encore osé utiliser jusqu'à présent.

L'enquête avait mené peu à peu à cette synthèse de la situation.

On ne parlait pas encore de tueur en série.

Qui était une autre possibilité.

Déplorable.

À moment de cette situation, on utilisera un autre dicton: elle avait une autre carte à jouer.

Monsieur Henry Dickson

343.39

Il y a toutes sortes de disparus.

Encore une fois, les fins heureuses sont statistiquement calculées. Le chiffre change peu. Et le malheur est plus fréquent que la chance.

Certains ne reviennent jamais.

Certains parents ne se découragent jamais.

20 ans après, on se promène avec la photo de la disparue, modifiée par un dessinateur, un spécialiste de l'identification judiciaire qui déplace des bandes de plastiques modifiant les traits du visage ou l'infographiste. Une reconstitution 3 D tenant compte des modifications physionimque qu'apporterait 10 ans de plus. 20 ans de plus. 30 ans.

De façon à ressembler à l'adulte imaginaire que serait probablement devenu l'enfant s'il n'était pas morts.

Mais il se peut aussi qu'il ne soit pas mort.

Il est possible qu'il ait changé de vie. Ne veuille plus rien savoir de l'ancienne.

Ou l'ait oubliée. Mandiant encore en ville. Impossible à reconnaître sous les couches de saleté et de malheur.

Ou

Ou se soit suicidé si bien qu'on n'a jamais retrouvé les os de son corps. Quelque part dans un bois où les animaux rongeurs ont soigneusement tout nettoyé.

Dans le journal du jour.

Des ossements humains ont été découverts samedi après-midi dans la forêt à 100 kilomètres de Montréal.

C'est une résidente qui a fait la macabre découverte alors qu'elle se promenait. Elle a aussitôt alerté les policiers.

Le cadavre, dont l'âge et le sexe n'ont pas été déterminés, était à l'état squelettique et portait toujours des vêtements.

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec et du service d'identité judiciaire de Québec ont été dépêchés sur les lieux en fin de journée samedi et leurs opérations ont pris fin tôt dimanche matin.

Les restes humains ont été envoyés au laboratoire de science judiciaire et de médecine légale de Montréal pour y être analysés.

Les policiers veulent déterminer s'ils font face à un crime, un suicide ou à accident. Un randonneur qui aurait eu un malaise. Ou il se serait blessé ou cassé une jambe ce qui l'aurait immobilisé. Il n'aurait pas pu aller chercher du secours. Et n'avait à ce moment aucun moyen de communication vers l'extérieur.

On n'a pas encore déterminé la date de son décès. Mais s'il s'était aventuré dans la forêt à l'automne ou en hiver, il peut s'être perdu. Et les nuits d'automne sont souvent très froide. Sans compter celle de l'hiver.

En hiver, il n'aurait pas survécu sans feu plus d'une nuit.

En automne, il aurait pris plus de temps pour mourir.

En été, il aurait pu attendre là où il était que quelqu'un finisse par passer. Aurait appelé.

Mais cet endroit isolé est parfait pour un suicide. Ou un meurtre. Ou cacher la victime d'un meurtre.

On n'a pas retrouvé de raquettes ni de ski.

Il aurait pu se perdre en été.

En été, il aurait pu mourir de soif ou de faim au bout de quelques semaines.

Il aurtait pu être attaqué par un ours.

Il n'a pas prévenu ses proches de son excursion en forêt. Ou il ne connaissait personne qu'il aurait voulu prévenir. Personne qui pourrait s'inquiéter de sa disparition et du fait qu'il ne retourne pas de sa promande.

Et personne ne s'est inquiété.

Il a brièvement ou longuement agonisé dans son coin de forêt.

Ou c'est la noyade. Et les poissons ne manquent pas.

Ou

Ou on a découvert un corps.

Qui n'est plus un mort, ni un cadavre ni même un squelette.

Des ossements.

Sans nom.

Quelques bouts d'os.

Variés et divers.

Mais impossible de mettre les os sur un nom et un dossier.

Et ça recommence.

Heureusement, il reste les proverbes et les dictons toujours utiles dans la vie.

L'espoir fait vivre.

La chance sourit aux audacieux.

Et autres proverbes plus ou moins précis, adéquats ou conformes aux circontances.

5.10.13

342.38

Parce qu'il a découvert

Que la ville est immense, que c'est un gros organisme presque vivant qui peut vous avaler et vous digérer vivant.

Parce que.

Qu'il a découvert que mendier dans la rue n'est pas si facile. Qu'il fait froid. Que pisser ou chier par terre n'est pas amusant.

Parce qu'il pleut.

Et que la pluie ne lave rien.

Le pluie est de l'humidité qui ne sèche jamais et qui fait tout pourrir.

Être sale et puer quand on n'est pas dans cette situation depuis toujours est généralement difficile pour un novice. Ceci demande un temps plus ou moins grand d'adaptation.

Devenir un professionnel de la pauvreté et de la misère prend un certain temps.

Il faut que l'esprit soit détruit et reconstruit.

Comme on fait dans les prisons, les camps de concentration, les salles de tortures et les bases militaires pour les novices.

Lors de la reconstruction de l'esprit, tout ce qui était encore humain et vous reliait au reste de l'humanité et votre ancienne vie doit être désintégré.

On - on - n'existe plus. Ça, cette chose nouvelle, modifiée, améliorée, devient alors une sorte d'insecte broyeur.

Gardien de prison. Prisonnier. Soldat. Fonctionnaire. Prostitué.

Autre catégorie: Le pauvre.

Chacun des insectes a ses particularités qui permettent de le décrire et de le classer.

Le processus d'auto-digestion de l'esprit prend un certain temps et entraîne un certain inconfort.

La honte.

Pour soi. Le mépris, le dégoût des autres pour soi.

Compréhensible parce qu'on se sait laid et répugnant - prend un certain temps avant de devenir naturel.

Et on s'en veut d'avoir fait telle ou telle chose pour survivre. On se dit qu'on ne le fera plus. Et on le refait. Parce qu'il faut survivre.

Quoiqu'on pense, on s'habitude à avoir honte de soi. A avoir le dégoût de soi. Ceci est tout à fait normal et fait parti du processus de destructuration et de reconstruction de l'esprit. On devient non un nouvel homme (la méthode serait différente) mais une nouvelle bête.

Perfectionnée.

Spécialiste de la survie.

Beaucoup de gens biens détestent les pauvres. Le spectacle déplorable de miséreux qui tendent la main (sale) dans leur quartier ou devant le commerce où ils vont dépenser leur $ durement ou facilement gagné (ceci ne change rien) est pour eux un scandale. L'odeur des pauvres. De leurs enfants. Car certains mendient en famille. Ne cessent de se perpétuer. De se reproduire. Il y a des femmes pauvres enceintes. Des foetus pauvre. Des bébés pauvres.

Ils insulteront donc le pauvre. Ou la malade pauvre. Ou l'infirme pauvre.

L'acculumation des dommages augmentant le courroux vengeur.

Imploreront un nazi quelconque pour faire le ménage - avec violence - de ces dégénérés.

Ces sous-hommes.

Qui osent ne pas être morts. S'entêtent à vivre devant eux. Et semblent exiger une contribution financière de leur part afin d'assurer leur survie. Une légère subvention pour traverser le jour et la nuit.

Mais que fait l'État ou Dieu ?

Un éclair vibrant pour désintégrer toute cette saleté. Cette saleté qui ose vivre. Qui s'entête à durer. À être là.

Sur votre trottoir. Votre terre. Votre espace.

Danx votre air.

À l'intérieur de votre lumière.

Dans votre esprit.

Ces horreurs vivantes sur pattes violent votre cerveau.

Ils se sentent salis après qu'ils aient traversés ses yeux.

Et, malgré les taxes, l'État n'intervient pas. Et, comme toujours, Dieu se désintéresse du chagrin des payeurs de taxes.

11.9.13

341.37. DÉBUT DE LA PREMIÈRE IMAGE D'UNE AUTRE SÉRIE D'IMAGES D'UNE NOUVELLE HISTOIRE QUI SE TERMINERA AU 385.81

Hier.

Monsieur Henry Dickson était à Montréal.

Il devait voir une ancienne amie.

Depuis qu’il était avec la petite blonde, le temps passait si vite, qu’il en oubliait ses amies si discrètes.

Sa fille avait disparu.

La police avait dit que c’était une fugue.

Sa mêre avait dit que ça ne se pouvait pas.

Son père n'avait rien dit parce qu'il n'était pas là. Il n'était jamais là.

Sa femme - la mère de la fillette - appela son époux, son mari - le père de la fillette - pour lui raconter. Lui dire de faire quelque chose. Il ne pouvait rien faire à ce moment. Il avait une importante réunion. Il était à Hong Kong ou Kiev. Ou quelque chose comme ça. Le décalage horaire. Mais il allait y penser.

Il avait des sentiments. Il aimait sa fille. Il ne tolérait pas, même à cette distance, que sa femme dise ou lui prouve qu'il n'aimait pas sa fille. Et sa femme, son épouse, la mère de sa fille. Parfois, il oubliait son nom. Et le nom de sa fille. Le décalage horaire. Il était peut-être à Dubaï.

Puis une porte-parole de la police avait dit qu’elle reviendrait.

La mère de la fillette à la suite de cette phrase se mit à pleurer. Elle n'avait jamais pensé qu'elle ne reviendrait pas. Qu'elle pouvait ne pas revenir. Avant que la gentille policière ne lui fasse prendre conscience de cette possibilité. Ou alternative. Ou catégorie.

Ensuite, il y avait eu une série d'ensuite. Celui-là était le combien ?

un sergent-détective était venu chez elle, disant qu’il était préférable de retrouver la disparue le plus vite possible car plus la piste devenait froide, moins on avait de chance de la retrouver.

Une fois qu’elle serait passée de la catégorie «fugue», «caprice d’adolescente bourgeoise surprotégée» à «disparue».

Tout était possible.

Et dans le mot «tout» il y avait un nombre infinie de possibilités effrayantes et répugnantes.

Quoique le mot «infini» soit manifestement exagéré. En fait, il n'y avait qu'un certain nombre de possibilités effrayantes et répugnantes.

Cette affirmation, probablement prouvable scientifiquement, ne suffirait probablememnt pas (quoiqu'on puisse essayer) à rassurer une mère triste qui ne cesse de regarder la photo de sa fillette posée sur ses genoux et sa jupe en faisant des tours de doigts sur ses yeux.

Elle pleurait aussi.

Ce qui arrive souvent.

Elle faisait les 2 choses ensemble ou une après l'autre. Regarder la photo. Dessiner le contour du visage avec ses doigts. Et pleurer.

Ce qui fait effectivement 3 choses.

Puis elle recommençait.

Donc, prudamment, on dira que «tout» n'était pas possible.

On comprenait - on comprendrait si on écoutait les paroles prudentes et mesurées des policiers - et il n'était pas sûr que la mère soit suffisamment sortie de sa bulle de tristesse pour écouter et apprendre.

On comprendrait donc que :

Les premières heures sont cruciales.

Et les premières heures s'étaient écoulées sans surprise heureuse ou drame et tragédie.

Mais, lentement, l'aiguille du compteur passait de fin rassurante à toutes les autres possibilités. Aucune n'étant meilleure que l'autre. Sauf que, mathématiquement, on se dirigeait vers une variété d'horreurs possibles et probables.

Rien de nouveau. Tous les types possibles d'abomination étaient classées quelque part dans les armoires métalliques de la centrale.

Tout était arrivé.

Enfin presque tout.

Au moins un certain nombre de fois.

Si c'était humainement possible. Le mot «humainement» dans cette phrase est déplacé. Donc. Si c'était physiquement possible, matériellement possible, c'était déjà arrivé.

Et, on avait, pour chaque cas, des photos pour le prouver, documenter l'événement.

Des photos.

Certaines particulièrement...

Quelques-unes particulièrement...

Les mots sont insuffisants.

La procédure voulait qu'on ne montre pas ces photos aux parents. Parce qu'il était arrivé qu'on les montre. Imprudamment. Sans réfléchir aux conséquences. Et placé devant les conséquences, on en avait déduit qu'il fallait modifier cette procédure. Ensuite, compte tenu de ce qui s'était passé, on avait adopté la procédure et un nouveau numéro de document modifiant la procédure précédante. La nouvelle spécifiant de ne pas montrer les photos aux proches.

Car si on ne pouvait montrer le corps. Raison qui avait fait qu'on avait pensé (insuffisamment, il faut le reconnaître) à prendre des photos et les montrer. Car on prenait toujours des photos mais on ne les montrait pas.

Sauf aux professionnels dont une particularité du métier exigeait qu'ils ne soient pas impliqués personnellement. Afin de ne pas être contaminés psychologiquement.

C'était une affaire à résoudre. Après elle, il y en aurait d'autres. Il fallait que leur esprit soint encore en bon état.

Un dossier.

Il y en aurait tant d'autres.

Et si on ne pouvait montrer les photos. Il fallait bien que quelqu'un identifie avec certitude le corps. Il fallait donc penser encore et mieux.

Et la mère, c'était généralement la mère qui hurlait le plus fort. Et longtemps.

Ces expériences malheureuses avaient, pour les raisons que l'on vient de préciser, amené les spécialistes à ne pas montrer ces photos.

Et à penser longuement avant d'exiger que la mère examine le corps à la morgue pour fin de vérification d'identité.

Encore une fois à cause des hurlements.

Il y a des sons de terreur et de désespoir qui sont difficile à supporter. Surtout s'ils durent longtemps.

Dans ce cas, lorsque la situation l'exigeait, lorsqu'on ne pouvait faire autrement, on prenait une des photo. Le visage suffirait. Et on la modifiait à l'ordinateur quelque peu afin d'enlever les détails les plus difficiles à supporter.

Un peu comme le thanathologue maquille le cadavre qui sera exposé au salon funéraire afin qu'il ait un «air reposé». Mots simples et expression choisie que les parents et amis qui défileront devant le cercueil ouvert se répéteront entre eux.

On dirait qu'il dort.

On dit souvent ce genre de choses.

On expliqua donc à la pauvre mère ce qu'on lui avait déjà expliqué. Non parce qu'elle n'avait rien compris mais ceci faisait parti de la procédure. Et à voir son air et la manière dont elle serait le petit cadre contenant la photo sur sa poitrine, il était difficile de dire si elle avait écouté, entendu, compris quoique ce soit.

Et la seconde équipe ne savait pas ce que la première avait expliqué. On voulait dire par là, que, cette fois, on allait...

Donc.

Il était aussi préférable de prendre soigneusement les indices ce qui ne semblait pas avoir été fait ou pas aussi soigneusement. méticuleusement, que la seconde fois où on les prélevait.

Et la mère remarqua les nuances mais ne tenta pas de protester pour ne pas frustrer les fonctionnaires de la justice. Qui pouvaient cesser de faire du zèle.

Être soigneux serait peut-être suffisant.

Et le second interrogatoire ou le troisième fut certainement plus précis que le premier. Et que le deuxième.

On avait les transcriptions du premier et du second et on lui posa les mêmes qusetions et lui fit commenter chaque ligne de ses réponses. On posa aussi d'autres questions.

Elle comprit que si on en était encore là, c'est qu'on n'avait pu aller plus loin. On n'avait pu trouver aucun suspect. Aucune piste. Aucun témoin.

Pas le moindre indice.

On espérait donc qu'elle se souviendrait depuis le premier entretien ou le second, de nouveaux détails qui les amèneraient vers une nouvelle piste qui les dirigereait vers un témoin providentiel et, peut-être, vers un individu louche.

Un indice.

Et, on espérait aussi qu'entre la visite de l'équipe d'enquêteurs précédente: des policiers de base. Qui prennent les dépositions. Et, une fois de retour au poste, consultent le régistre des personnes retrouvées les heures précédentes. D'abord les vivantes. Puis les mortes. Ensuite, transmettent la photo donnée par la mère et la description des vêtements du jour de la dispartion - qui ne correspondaient pas nécessairement avec ceux sur la photo - aux policiers (d'autres policiers) qui faisaient leurs rondes en auto. Et c'est à peu près tout.

On avait donc espéré.

Signe évident que la science, la technique et la méthodologie avaient échouées successivement devant la réalité.

Et il y avait plusieurs sortes de réalité.

Celle de la mère triste dans sa maison vide.

Celle de la fillette.

Impossible de dire en quoi elle consistait.

Celle de l'agresseur.

Si c'était le cas.

Celle de l'administration des services de police.

Il y a un budget pour chaque enquête. Chaque procédure a son coût. Les déplacements des agents et de leurs véhicules ont un prix.

Le temps coûte cher.

Chaque vie humaine, que ce soit pour un hôpital ou un poste de police a un prix qui va du raisonnable à l'absurde.

Pour les proches, que ce soit les parents de la victime du sort (maladie, virus, accident, défaillance d'un organe) qui aboutissent à un hôpital; on ne devrait pas limiter les soins en tenant compte de l'âge ou de la gravité de la défectuosité technique. Et l'argent ne devrait pas se mêler à la procédure médicale.

Idée absurde du point de vue du service de comptabilité de l'hôpital. Il y a un budget annuel. Qui sera réparti par services, étages, spécialités, corridors. Humain endommagé.

Il en va de même pour un poste de police.

Il y a des piles de dossiers.

Et le dernier, celui du dessus, restera en usage tant qu'un autre ne se posera pas dessus. Un certain nombre d'heures. Un certain nombre de spécialistes.

Une certaine quantité d'argent.

La science à l'oeuvre.

Les mathématiques et la comptabilité en exercice.

Avec la chance.

On espérait encore.

Tout ceci surpervisé par un comptable.

À un certain moment, on cherchera un nouveau nom qui se sera ajouté sur la pile. Tout en cherchant encore le nom précédent. Encore frais dans les mémoires. Qui sait, une heureuse suite de circonstances?

Mais dès qu'un autre nom se sera encore ajouté. Si rien de nouveau n'est arrivé pour le nom presque ancien.

Et, inévitablement, un nouveau nom s'ajoutera.

Encore.

La piste se sera refroidie et se dirigera vers la congélation pour le premier. Qui n'est pas vraiment le premier mais celui qui a été déposé sur la pile déjà haute. Recouvrant les anciens et les plus ou moins récents.

Et le voilà qui est arrivé au stade de la prière et du recueillement.

Statistiquement. Année après année, il y a des milliers de disparition. Le chiffre est stable.

Les disparitions réapparaissent régulièrment dans les semaines ou les mois suivant sous forme de cadavres. Accident de la route. De sport. De jeux stupides. Overdose d'alcool, de drogue, de vitesse. Noyade. Électrocution par un éclair. Petit cadavre dévêtu probablement victime de différents types de maniaques.

Il y a d'autres catégories de disparus qui réapparaissent.

Il y a les repeentirs heureux. Les larmes du fuyard qui revient à son domicile. Parce qu'il a découvert qu'il ne savait où aller. Qu'il avait faim.

Que le monde est grand et qu'il est tout petit.

340.36

Henry Dickson continuait à lire les sous-titres de l’opéra. Il avait le choix du français, de l’italien, l’allemand, le russe, l’anglais, l’espagnol ou l’espéranto.

Et une variante pour les sourds qui expliquait en texte ce qu'on faisait. Parfois, ce n'était pas clair. En plus du dialogue. Et des paroles des chansons. Et comment on les chantait.

Chanson entraînante.

Chanson mélancolique.

Et le contexte.

La femme à genoux implore l'homme

L'homme a un couteau.

Son honneur est bafoué.

Ça va saigner.

Et une version pour aveugle. Où on faisait la même chose mais de vive voix. Mais seulement pour les aveugles anglais.

*

Et ce n’était pas la première fois qu’elle tuait.

Il n’allait pas lui reprocher ce léger défaut, ne se privant pas lui-même de sortir de ce monde quelques déplaisants.

Ce qui était illégal. Sauf permission de l’État.

Et les États qui donnent des leçons à tout le monde sont bien les derniers organismes vivants à pouvoir se donner un si beau rôle.

Ce qui ne les empêchait pas de recommencer. De tuer. Voler. Et de dire de ne pas le faire.

Et d’ordonner de le faire.

Et d’ordonner de ne plus le faire.

Et d'ordonner de tout oublier.

Le patriotisme consistant principalement à oublier les horreurs qui ont été nécessaires et que vous avez dû faire pour la grandeur de l'État.

Si vous avez été assez imprudent pour vous approcher de la grande bête assoiffée de sang.

Et de punir ceux qui n’auront pas compris quand c’est le temps d’arrêter ou de recommencer.

Tout le monde oublie.

On vous l’a dit.

Donc, il lui arrivait d’avoir des mouvements d’humeur.

Comme hier.

*

11 septembre 2013. État 1

339.35

Sauf que s’il faisait ce genre d’erreur qui n’était pas de son genre, elle ne pleurerait pas mais le tuerait sans le moindre remord.

Comme une erreur de la nature qu’on efface.

*

11 septembre 2013. État 1

338.34

Henry Dickson pardonnait à la faible femme

Parce qu’il était bon

Il était comme ça monsieur Dickson

Il lui pardonnerait parce qu’il était bon

Elle avait fait ce qu'elle avait fait parce qu'elle ne pouvait faire autrement.

À condition qu’elle ne recommencerait plus.

Et elle se traînerait à ses pieds.

À ce moment, il se mettrait à chanter. Probablement en italien. Ou en allemand.
Personnages clichés indémodables. Elle chanterait aussi. À genoux. En tendant les mains jointes au bout de ses petits bras, implorant le ciel.

Et lui. Représentant du Ciel et de Dieu et de l'État sur Terre.

Et la clémence de monsieur Dickson.

Tant qu’à être des caricatures d’humains qui sont eux-mêmes des caricatures d’animaux.

Selon la logique Loft Story.

Sauf qu’il s’en foutait.

Et l'opéra qui passait à la TV s'étirait. A l'époque où on l'avait écrit, les gens n'avaient rien à faire et pouvaient passer 4 heures ou plus à regarder des gens vivre.

C'était un DVD de la petite blonde qui aimait ces étranges spectacles. Il avait placé le disque dans le lecteur comme s'il allait soudainement découvrir ce qui pouvait bien l'intéresser.

Lui, voyait une sorte de vaudeville de Georges Feydeau au ralenti et chanté et elle voyait autre chose. Mais il ne savait pas quoi.

*

11 septembre 2013. État 1

337.33

Monsieur Henry Dickson regardait la tv.

La petite blonde qui n’était pas là – elle était quelque part faisant des choses probablement incompréhensibles ou qu’elle seule comprenait - et reviendrait bien un jour.

Ça lui arrivait souvent ces temps-ci.

Elle était là.

Ensuite, elle n’était plus là.

Probablement qu’elle était ailleurs.

Pour le moment, elle n’était pas là. Et il ne s’ennuyait pas. Il avait le chat. Et le chien. Ce qui était suffisant.

Et les fourchettes recommençaient à disparaître dans la maison.

Il n’allait certainement pas faire l’épouse inquiète et castratrice : où étais-tu? Avec qui? Tu m’as trompé?

Sujet inusables et intemporels d’innombrables téléromans. Et de gens qui se prennent pour des comédiens amateurs de téléromans ou qui servent, sans le savoir, de modèles à leurs auteurs. À des générations d’auteurs.

Des marionnettes agitées par leurs hormones.

Et il finirait par la battre et elle finirait par pleurer en promettant de ne plus jamais recommencer.

Et il lui pardonnerait.

*

État 1. 11 septembre 2013