Henry Dickson
Allait au village lorsqu'il vit un attroupement qui partait de la rue principale à une rue secondaire perpendiculaire montant dans une petite côte. Au centre de la rue, comme un exercice de géométrie grandeur nature. Il changea de direction, revint sur ses roues (on dit bien revenir sur ses pas). Stationna son auto et alla voir parce qu'il n'avait rien à faire d'autre.
Même au bas de la côte, il entendit une voix provenant d'un haut-parleur ce qui lui donna un frisson dans le dos. Heureusement, ce n'était pas la police, cette fois-ci, mais le maire qui faisait un discours.
Le maire aimait faire des discours. Ce n'était pas le moindre de ses défauts. Et il profitait de toutes les occasions pour en faire un, étant comme ses grands frères politiciens juchés dans des auges et des mangeoires bien plus élevées que la sienne, en campagne électorale permanente.
Cette fois, il était fier de lui. En fait, pas seulement cette fois, toutes les autres fois il était fier de lui. Être fier de lui était presque son occupation permantente. En parler, la suivante.
Il avait encore construit quelque chose. Encore. Personne ne lui en demandant autant, on se serait bien contenté d'un de ses poèmes s'il avait eu ce don en plus de tous les autres qui accablaient ses concitoyens.
Mieux, il avait fait profiter à sa municipalité d'une subvention du gouvernement supérieur. C'était le sujet de son discours à la nation (village) du jour.
L'État étant pingre, ce qui n'était pas son moindre défaut (sauf en période électorale), il fallait en profiter quand ça passait.
Cette subvention couvrant 50% du coût d'un projet.
Ce qui était très bien quand proclamé avec enthousiasme. Mais les esprits chagrins auraient pu faire remarquer que ceci signifiait que l'autre 50% proviendrait de leurs poches taxables municipalement.
Et un esprit sombre aurait ajouté que l'$ qu'il vienne du Fédéral, du Provincial et du Municipal ne fait que revenir dans leurs poches puisqu'il en a été auparavant extrait, prélevé, soutiré. Et ils aimeraient être consulté sur son usage avant qu'on le dépense.
Et, pire, trouverait bien culotté de se vanter de cette dépense comme si elle était un geste généreux et désintéressé du vantard alors que, souvent, la montagne accouche d'une souris bossue.
Avant même qu'on en dise davantage, puisqu'ils sont de mauvaise fois, ils conclueraient que ceci ressemble modestement (malheureusement pas toujours), à un gaspillage. On ajouterait «éhonté» si on avait du style, ce dont on se garde férocement.
Il fallait créer une place culturelle ou, au moins, un espace où serait mis en valeur quelques grands principes.
Étant un homme pratique, sa première réaction était d'être contre tout principe, comme il s'était opposé à la bibliothèque municipale, disant: moi vivant, il n'y aurait pas de bibliothèque municipale.
Mais comme il y avait là-aussi une subvention et que ça ferait travailler des gens du coin pour sa construction, il se dédit. Promettant qu'il allait personnellement surveiller les coûts car, ici, on n'avait pas une cenne à donner pour des niaiseries.
Et il voulait la liste et les prix des livres que l'on achèterait.
Comme le parti au pouvoir au gouvernement provincial était en mode pré-électoral, il se découvrit plein de pognon à distribuer en subvention dans les bons comtés - ceux qui votaient du bon bord.
Il y en aurait évidamment pour les routes (et les entreprises de pavage) (pour les municipalités, villages et villes qui savaient où étaient leurs intérêts qui se verraient munis de belles routes plates, rectilignes et noires d'asphalte douces et tendres) mais aussi pour...
Comme disait Jésus: Demandez et vous recevrez!
Cette si belle attitude ne se voyait que tous les 5 ans. Le reste du temps se passait en plaintes et en lamentations sur le budget déficitaire et la récession.
Comme on avait construit tout ce qu'on pouvait: des routes sans pont (subvention fédérale en retard), pont sans route (le ministre des travaux publics étant en prison), pont sans rivière (la sécheresse) (même la météo se mettait à faire de la politique); on découvrit que la culture pouvait rapporter.
Ou être rentable.
Ou, au moins payante.
Non intellectuellement (il n'y a que les gauchistes qui ont ce genre d'idée) mais, encore une fois, en travaux publics.
Quelqu'un en profiterait. Ses amis aussi.
Et le fait d'en priver ses ennemis et les neutres était un plaisir raffiné supplémentaire. Ils verraient ainsi ce dont ils se privent par entêtement mesquin.
Que ce soit un musée, un centre culturel, une place des droits, un monument; il fallait bien le construire et donner de l'$ à celui qui le construirait.
Généralement, un ami du régime qui donnait de généreuses contributions aux compagnes électorales des députés, ministres et, pour les plus généreux, à toute l'organisation du parti.
Généreusement. On vient de le dire.
Sans espoir de retour.
Comme on fait de bonnes oeuvres.
Ainsi, il s'impliquait politiquement en tant que simple citoyen.
Heureusement, la vie étant juste et comme disait Jésus: Demandez et vous recevrez! Et vous redonnera au centuple. Ou quelque chose de genre.
Et, par le plus grand des hasard, quelque chose du genre se produisait.
En réunissant les budgets alloués à la commémoration de divers anniversaires culturels ou à l'enseignement de droits: homme, femme, noir, handicapé, indiens, juifs (shoaholocaustemachin), sidatique, alphabétisation, nature, écologie, culture, tout ce dont il se foutait comme du premier pot de vin qu'il avait reçu, on arrivait à un bon petit montant. Pas énorme mais intéressant pour un petit village où il ne se passait jamais rien.
Et où de nombreux entrepreneurs en concurrence perpétuelles pour de petits contrats (ou moyens) étaient particulièrement affamés.
La concurrence étant la qualité la plus vantée par les théologiens du capitalisme mais ses praticiens la déteste particulièrement, sachant douleureusement tout le mal qu'elle peut faire, faisant donc tout pour se protéger de cette calamité si nuisible au plan d'affaire et à la marge de profit.
D'où le besoin de se faire des amis. Et d'entretenir (dans tous les sens du terme) l'amitié bien comprise. L'incompréhension étant la pire des choses à part l'ingratitude.
Et le plus utile, de quoi donner du travail à quelques citoyens qui vous remercieraient aux prochaines élections, et bien sûr, accessoirement, comme un vague effet secondaire à une si bonne potion, à quelques entrepreneurs locaux généreux. Les 2 derniers mots ne pouvant être séparés.
Et on assistait là à la présentation du projet.
Qui n'était plus un projet parce que déjà terminé. Il avait été voté et budgeté discrètement lors d'une de ces réunions municipales privées qu'il affectionnait. Vers 1 heure du matin, lorsque la plupart des spectateurs des séances du Conseil étaient allés se coucher vu qu'ils devaient se lever tôt le lendemain pour aller travailler.
La Place de Arts (nom provisoire) se trouvaient au centre de la rue. Ou de la côte.
Pas vraiment au centre puisque prenant toute la largeur de la rue qui n'était pas large mais suffisante pour laisser passer 2 calèches (au moment de sa conception) et 2 autos, montant ou descendant de la côte.
Du moins, avant que l'on y installe le projet.
Ce qui signifiait que, dorénavant, plus aucune auto ne pouvait circuler dans cette rue.
Comme par hasard, le monument à la culture était érigé juste en face des maisons d'un candidat à la mairie (lors des dernières élections) et du maire précédent. Et de leur allée d'auto.
Chacun se trouvant de chaque côté de la rue, avec un vue imprenable (terme classique et de bon goût) sur leur côté personnel du projet.
Une telle attention aurait dû les ravir. Pas le moins du monde. Depuis des semaines, ils suivaient avec horreur et consternation la progression des travaux. Le bruit, la poussière, la circulation des camions de béton et de pierres et de matérieux divers. Supportant en rageant et grinçant des dents.
Pensant qu'on améliorerait enfin le réseau d'aqueduc (la pression de l'eau en haut et en bas de la côté n'était pas la même); ils ne protestèrent pas autant qu'ils l'auraient pu. Jusqu'à ce qu'ils découvrent, de toutes les fenêtres de toutes les étages de leurs maisons l'ampleur de l'affront qu'on venait de leur faire. Qui se voulait définitif et imparable parce que construit pour durer.
Il est difficile de dire si c'était la première fois qu'on insultait les gens avec du granit et du béton. Autrement qu'en le leur lançant.
Ici, aucune douleur physique, sauf morale et intellectuelle. Presque aussi douloureuse et souffrante.
Ce qui voulait dire (mais ce monument voulait dire et signifier tant de chose malgré sa sobriété apparente) qu'ils ne pourraient plus se servir de leurs autos. Qui resteraient confinés dans leur parking respectif.
Le monument était beau.
Pas vraiment.
Le monument était coûteux.
Certainement.
Rien à voir avec les avions de guerre F-35 du gouvernement Fédéral qui avait des amis autrements plus gourmands que ceux du maire.
Ou avec les malheureux sous-marins assassins du gouvernement précédent qui avait aussi des amis mais pas les mêmes.
Pouvait-on parler de monument?
Le titre était là quelque part.
Si, on pouvait parle de «monument».
Disons «place». Ou «espace».
Univers aurait été excessif.
Environ 20 pieds de large par 40 pieds de long. Empiétant sur les trottoirs. Si cette rue avait eu des trottoirs. Projet désirable et désiré mais toujours remis depuis des générations pour les raisons que l'on vient succintement d'expliquer ou de suggéger - vous savez les maires ou candidat(s) du mauvais bord. Il y en avait toujours eu un.
Petit promontoire de pierres taillées. En escalier. Ce qui aurait pu être élégant mais ne l'était pas suffisamment.
Dans un cimetière, on aurait pu y installer une vasque avec une flamme éternelle (si on paie le gaz) sur la tombe du soldat inconnu. Ou, autrefois, la grande croix du Vendredi Saint avec Marie, ect.
Le tout était entouré d'une barrière de métal verte du plus bel effet.
Pas vraiment.
En fait, sa principale qualité (le vert était en référence à l'écologie) était sa robustesse. De gros poteaux de fers peint à la poudre de verre électrostatique (durable) étaient boulonnés dans la pierre afin de retenir une clôture de barres d'acier triangulaires verticales. Aux bouts pointus pour éviter qu'on l'escalade sans s'empaler. Espacées de 2 pouces. Par mesure de sécurité. Pour éviter que des bébés ne s'y prennent le cerveau.
La barrière était le principal élément artistique. En plus de la plate forme de pierre de taille (granit) qu'elle entourait. Ou surmontait. Et de l'escalier qui y montait. Quelques marches. Qui en faisait le tour. Sinon, ça aurait été du niveau de la rue et aurait manqué de panache.
Le monument aurait été sobre, Spartiate, Stoïcien et de bon goût mais peut-être trop laconique.
Une plaque de bronze décrivait les principaux droits (ils y étaient presque tous) que l'installation commémorait. Et une pancarte de l'entrepreneur. Carton imprimé. Et une autre du parti provincial avec le montant de la subvention. Plastique imprimé.
Le maire était fier d'être allé chercher le max de subventions disponibles dans tous les programmes qu'il avait pu éplucher. Comme un autre aurait pu regarder les petites annonces du Publi-Sac.
Le seul hic! était que la municipalité devait fournir l'autre 50%. Et que son budget annuel était déjà prévu depuis l'année dernière. Il n'était pas question de couper encore. La solution était simple, accessible aux esprits aventureux ne craigant pas la tourmente. Il restait à emprunter l'$ qui manquait ce qu'on fit avec discrétion et empressemment lors d'une autre séance nocturne.
Les gens autour du monument ne savaient pas s'ils devaient être content ou non. Ou même ce qu'ils en pensaient.
Ou s'il y avait quelque chose à penser.
D'où la nécessité de la plaque de bronze qui décrivait toute les pensées possibles en cas de besoin si nécessité il y avait.
Était-ce de l'art?
Ou de l'architecture?
Ou le produit du capitalisme industriel entreprenant?
Il faut toujours un temps pour s'habituer à l'art moderne.
Mais, de l'art moderne, à part la place toute entière, il n'y en avait pas. Une Place semblable aurait pu être érigée par Staline ou Mussolini pour fêter une victoire ou la défaite d'un ennemi.
On aurait bien eu le 1% officiel pour commanditer une oeuvre d'un artiste officiel et moderne que le Ministère des Affaires Cultures inclut dans la subvention pour tour projet de 100 000.
Le constructeur s'y voit forcé. et pousse généralement quelques plaintes. De même que l'architecte qui n'a aucune idée de ce qu'on va fiche dans son beau projet (question de point de vue) puisque les maquettes sont jugées par un comité.
Mais en fait, c'est le ministère qui paie. Le coût étant inclus dans le budget total.
Mais le maire trouvait qu'il y avait bien assez de culture dans cet endroit. On consacra l'$ a incruster des dalles roses ici et là pour les Droits de la Femme.
L'entreprise de sculptere qui faisait les pierres tombales du cimetière proposa un prix qui intéressa tout le monde. Ainsi que quelques idées simples. Qui compte tenu de son prix étaient acceptées d'avance.
Les gens commencèrent à penser quelque chose quand un ennemi du maire qui suivait religieusement les délibérations du Conseil comme on và à la messe, même celle de nuitée, raconta quelques chiffres.
Le maire continuait à discourer et à décrire ce qu'on était supposé voir et penser.
Et les chiffres comme un ver dans le fruit creusèrent leur tunnel hideux dans la chair tendre de la foule accueillante.
Selon le maire, ce n'était pas seulement un espace. Vide. Entouré d'une hideuse clôture verte fluorescente quasi indestructible puisque ses piliers étaient encrés profondément sous terre dans des blocs de béton armé qui constituait l'assise du Monument/Place/Espace.
Probablement inspirée des clôtures semblables à Kaboul ou Bagdad ou des barrières antiterroristes intégrées aux traverses de Lévis/Québec/Les Escoumin, etc. Afin de protéger les traversiers des attaques des Talibans.
C'était un lieu dédié à la culture festive. Le maire continuait à lire son discours préparé par un spécialiste déjà fournisseur de ministres divers bien incapables d'écrire quoi que ce soit.
Un centre de recueillement.
Oui, c'est ce qui était écrit. Il pensa à ce moment aux Juifs à qui il ne pensait jamais mais qui arrivèrent juste au bon moment dans son raisonnement. Ils étaient là quelque part dans une des plaques avec des inscriptions. Ailleurs, il y avait aussi le carré des noirs. 12 pouces par 12 pouces. Bien suffisant.
C'aurait pu être à la fois inutile et laid si les employés municipaux manquant de place n'y avait pas mis tout au centre, en fait un peu plus vers le bord de la rue, là où se trouvait la résidence de l'ex-maire, les poubelles du Centre Municipal. Vertes, bleues et brunes. Vidange, papier/verre/métail, compost. Dont l'énorme cube de métal qu'un camion spécialement équipé de bras articulés viendrait soulever lorsqu'il le faudrait.
On aurait dit que cette vaste (pas tant que ça) Place avait été prévu dès l'origine pour ranger des conteneurs à déchets.
Plus le temps passait, plus le maire était content de lui. Il faisait vraiment un beau discours. Et le prix de l'écriture par le spécialiste en valait le coup.
Plus le temps passait, plus le maire était content de lui., plus les gens pensaient.
Pas tous.
La plupart en sont incapables mais, généralement, leur humeur (qui remplace leur pensée) est contagieuse et est contaminée par l'humeur générale.
Quelque chose de microbien ou de viral.
C'est à ce moment que le maire reçut sa première tomate.
Le magasin général était tout proche. Juste au bas de la côte où était érigé la Place du Monde (on charchait encore son nom et il y aurait un concours dans l'école primaire Le Phare, avec un prix)
Après quelques tomates - les 2 maisons (munie d'épouses furieuses) encerclant la nouvelle place de la civilisation (nom possible) commençaient à vider leurs frigo - le maire, toujours superficiellement bon enfant mais plutôt soupe au lait et revanchard, se fâcha.
Après tout, c'était lui le maire et il avait le droit de faire ce qui lui plaisait.
Il criait après la foule.
Et maudissait les fontionnaires. Puis les syndicalistes.
Toujours maudire les syndicalistes et les syndicats.
Se souvenir.
(À noter dans son agenda. Ou son journal avec tête de Mickey.)
Il commença à accuser les protestataires d'être des terroristes contrôlés par les Juifs.
Ce qui fit pousser quelques soupirs scandalisés de quelques personnes instruites dans l'assistance.
On n'avait jamais vu de Noir ici, ni de Juif. Ou d'Arabe.
On n'aimait pas les étrangers.
Les touristes, oui. Pourvu qu'ils s'en aillent un jour.
Et les Arabes. Même si on en parlait souvent à la radio les disant capables de tout. Par exemple, mettre une bombe dans le métro. Mais il n'y avait pas de métro dans le village. Mais ce n'est pas ce genre de détail qui arrêterait ces fanatiques religieux.
Pas plus qu'il n'y avait d'Homo.
Activité particulièrement répugnante.
Mais il était bon de savoir ce que c'était. Afin des les reconnaître et de les éviter. Comme les mouffettes.
On n'avait rien contre eux. Ou contre les mouffettes. Même si on préférait ne pas en voir ici.
Ici, il n'y avait que du bon monde et pas d'étranger qui n'amène que des ennuis.
Le maire à la recherche d'inspiration se tourna à ce moment vers monsieur Dickson qui, sentant le vent tourner, préférait rebrousser chemin pour aller faire son épicerie. À quelques pass de là, tout en bas de la côte des Glacis, comme on vient de le dire.
Le maire le désigna du doigt:
_ Et maintenant, on trouve des squelettes dans les cheminées.
Très inspiré ce jour-là, il allait poursuivre de quelques bonnes blagues de son cru mettant ensemble dans les douches gaies, des noirs, des femmes, des juifs. Des juifs dans un camps de concentration changeant une ampoule électrique dans une chambre à gaz (facile: on étend les corps bien à plat sur le sol, sur le ventre parce que le dos est plus solide. On fait une pyramide avec les corps jusqu'à ce qu'on ait le nombre de piles, d'étages et de degrés suffisant pour atteindre le plafond et là tu sors ton ampoule neuve. Zu! Il y a un quota sur les ampoules et il n'en reste plus. Tu es dans le noir et tu ne sais où aller. Pas de problème, les boules de zyklon B commencent à tomber.) Et des homosexuels pédophiles sidatiques lorsqu'il reçut de la galerie de la maison qui surplombait la Place des Nations (autre nom possible) toute une bassine d'eau de vaisselle. Les épouses sont des fanatiques.
L'humeur générale étant au lynchage, ceux qui n'avaient aucune opinion joignirent celle-ci à la non opinion générale et à l'humeur communautaire et, ici et là, on recommença à assaisonner le maire de fruits et de légume de saison. Variés et nourrissants. Et, parfois, un peu lourds. On l'a dit, l'épicerie était tout en bas. Et il y avait des rabais.
Le maire dut faire retraite comme une armée en déroute. Son fidèle conseiller l'escorta dans et au travers de la foule jusqu'à son auto. Qui commençait à être recouverte de purée de tomates et d'oeufs aux jaunes pas frais et bien baveux.
Privé de sa cible, l'humeur générale redevint plus calme. Et on se promit de venir en masse à la prochaine réunion du Conseil Municipal comme on se promet après une guérison d'aller à la messe.
On commençait à brocher des pancartes et à les écrire que c'était déjà terminé. Ce qui était décevant.
Les résidents de la rue, pas seulement ceux des 2 maisons bloqués par la Place de l'Espoir (non propable) mais tous les autres, en bas et en haut, regardaient ce monument au progrès et à la peinture verte. Procédé électrostatique et cuisson au four Indélébile. Eux, au moins pouvaient circuler, par en haut ou par en bas, puisqu'il était impossible de monter et descendre la côte tout au long comme on le faisait depuis 300 ans.
Certains parlèrent d'alerter le Ministère des Affaires Muncipales (bien connu pour sa gabébie, sa collusion et sa corruption) et de demander la mise en tutelle de la municipalité. Et, en prime, l'emprisonnement du maire et de tout le conseil.
Sombre pensée qu'un nouveau matin écarta telle les fragiles ailes roses de l'aube. Ou quelque chose du genre. Homère a déjà dit quelque chose de ce genre.
Mais le destin (ou quelqu'un d'autre avec un aussi mauvais caractère ) en décida autrement:
Le maire fut retrouvé pendu.
La rumeur tout de suite informé conclut à un suicide. Mais une fourche planté dans son ventre pouvait laisser croire le contraire.
Aucune conclusion n'était possible en ce moment.
Une ou deux personnes, peu charitable, dirent qu'on ne pendait pas suffisamment de maires.
Peu importe la raison, pendons!
Même si on ignore le motif, eux le savent très bien. Pendons!
Mais la plupart des gens n'ayant comme d'habitude aucune opinion même si elles auraient eu bien des raisons d'en avoir conclurent...
Mais on n'en était pas vraiment sûr.
*
28 mars 2012. État 1
Il y a des gens qui font des sudokus, du scrabble, des mots croisés ou participent à des pools de hockey pour se désennuyer. Je bois mon thé et je fais un quart d'heure de géopolitique. Et, en attendant la prochaine guerre mondiale - aujourd'hui, mardi 3 février 2015, il n'y a pas encore de guerre mondiale - j'écris des histoires de fantômes.
HISTOIRES DE FANTÔMES
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Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.
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28.4.12
43. HENRY DICKSON CONTESTE ET PROTESTE. IL EST CONTRE LA CULTURE, LA CIVILISATION, L'ÉCOLOGIE, LA NATURE, LES DROIT DE LA FEMME, LES DROITS DE L'HOMME, LES DROITS DES HOMOSEXUELS, HANCIDAPÉS, JEUNES, NOIRS ET JUIFS. PARCE QU'IL EST UN HOMME.UN VRAI. UN HOMME D'IDÉE, D'OPINION ET DE CONVICTION. ET PAS DE NIAISAGE OU DE TATAOUINAGE.
27.4.12
42. LA PRISE D'OTAGE CONTINUANT, LES FORCES DE L'ORDRE SONT OBLIGÉS D'UTILISER LA FORCE (NÉCESSAIRE) ET AU COURS DE L'AFFFRONTEMENT QUI SUIVIT, HENRY DICKSON PERDIT LA VIE
Henry Dickson
Se posait une question: devait-il accepter le gâteau avec le café? Qu'il préférait d'habitude noir. Quoique le lait aidant à métaboliser la caféine, le café atteignait alors sa pleine puissance, soit d'éveiller l'esprit. Activité dont il n'avait pas régulièrement besoin dans ce monde.
Il pensait demander un expresso latte lorsqu'une voix plus rude (virile) retentit dans le haut parleur.
_ Rendez-vous ! Ou nous envoyons les gaz!
Il y avait dû y avoir un conflit entre le négociateur et le chef de l'unité anti-otage. Et le psychologue avait perdu étant trop compréhensif et soft on crime. Et sa pauvre famille...
Pour redonner un peu de prestique au psychologue sur le spécialiste de la force brutale et rétablir le rapport de force, c'est à lui qu'il annonça sa reddition en lui disant de transmettre à l'excité du haut-parleur
_ D'accord, je me rends
Voix du haut-parleur:
_ Sortez les mains en l'air. Et jetez votre arme. Jetez votre arme avant de sortir les bras en l'air.
Il sortit les 2 bras en l'air. Il y avait encore plus d'auto-patrouilles que prévu. Pointant dans les 2 directions. Gyrophares et cerises et bleuets allumés. Et derrière les véhicules, des tas de flics en costumes anti-balle pointant des fusils mitrailleurs Heckler et Kosh .45 ou des fusils Remington 870 calibre 12. De quoi le réduire en charpie.
_ Avancez doucement. Descendez les marches. Tout geste brusque et nous tirons!
Ce qu'il fit. Avec aucun geste brusque.
_ Agenouillez-vous.
Ce qu'il fit.
_ Étendez-vous face contre le sol.
Il trouva un endroit moins sale pour s'allonger.
_ Mettez une main dans votre dos. Et laissez votre haute bras allongé.
Un policier arriva derrière lui et lui agrippa la main qu'il encercla de la moitié d'une menotte puis il attira son autre main qu'il menotta aussi. Il était donc là sur le ventre mains menottés dans le dos.
_ Où sont les enfants?
Tout en criant, il posait sa botte sur sa tête ce qui lui plongeait la face dans la terre tout en l'étouffant et l'empêchant de parler.
_ Vous avez fait du mal aux enfants?
Monsieur Dickson essaya de parler mais ce faisant il mangea plus de terre que nécessaire
_ Et votre femme? Son corps est où?
Monsieur Dickson dit alors qu'il s'agissait probablement d'une erreur. Ce qu'un policier (pas le psychologue) traduisait simultanément:
_ Il est trop tard! Il a tué tout le monde.
Les policiers entrèrent en rang d'oignons excités dans la maison.
_ Fouillez-partout! L'ambulance arrive.
Le psychologue qui ne faisant rien pensa s'ajouter aux festivités:
_ Qu'est-ce qui vous a pris de tuer tout le monde? Quel a été l'élément déclencheur du drame familial?
Monsieur Dickson lui demanda d'avertir les troupes. La maison était en rénovation et ils entraient tout équipé de leurs armures. Les escaliers étaient branlants et il pouvait y avoir un accident.
Ce qu'un flic qui écoutait la conversation de ses neurones de limaces traduisit:
_ Attention, il vient d'avouer qu'il a mis des pièges.
À ce moment, un coup de feu venant de l'intérieur. Les gardes qui l'entouraient devinrent menaçants. Ce qui veut dire qu'ils pointèrent leur fusils à pompe ou leur Glock sur sa tête.
_ Tu as combien de complice? Si un homme est blessé, tu y passes. On dira que tu as résisté à ton arrestation et que tu portais une arme.
C'était très bien expliqué. Il est dommage que trop peu de policiers enseignent dans les classes d'ado.
L'ambulance arrivait à ce moment. On l'avait sans doute appelé pour préciser les détails de l'intervention. 2 ambulanciers sortirent avec une civière. Entrèrent dans la maison. Ressortirent avec un policier étendu.
_ Il s'est cassé une jambe en tombant dans un des escaliers.
_ On n'a trouvé personne.
Le chef d'équipe se pencha sur lui comme un vauteur devant une carcasse ouverte:¸
_ Tu as mis où les morceaux de corps.
C'était une bonne question mais avant qu'il puisse répondre arrivait le camion échelle de pompier du village. On l'avait acheté au milieu de bien des grincements de dents étant donné son coût pour pouvoir intervenir si le seul édifice en hauteur local, l'église, passait au feu. On ne voulait pas assister impuissant à sa destruction comme c'était arrivé au village voisin. Le camion-échelle suivant se trouvant à la ville, une heure de route plus loin. On avait appelé pour la réserver et on l'avait envoyé mais on s'était trompé de village et lorsqu'on arrivait le clocher et ses cloches tombaient.
Ensuite arriva le camion-labo de la Sûreté avec ses techniciens de scène de crime. Ils sortirent en costume d'astronautes pendant que la camion reculait près de la maison.
Le chef de la brigade d'intervention anti-otage s'avança vers eux.
_ Mais qu'est-ce que vous foutez là? C'est nous qui contrôlons cette scène de crime.
Il discutèrent un bon moment. Le chef des scientifiques montra la cheminée. Le chef des Swat montra le meurtrier à terre. Chacun cria un bon moment jusqu'à ce que le chef lance son casque nazi noir par terre et s'en aille. Le psycholigue arriva ensuite pour beurrer les toasts rébarbatives.
_ Il semble qu'il y ait eu une erreur.
Monsieur Dickson toujours couché sur le ventre
_ Quelle surprise.
Les pompiers, les ambulanciers, les policiers-militaires du SWAT, les savants de la brigades d'intervention se parlèrent entre eux un bon moment. Et on conclut qu'il valait mieux ne pas tuer leur client. Ce qui ne ferait qu'ajouter une erreur de plus.
Il y a quelques jours, lorsque le briqueteur arriva avec un projet de pont japonais permettant de traverser une rivière qui n'existait pas dont son beau-frère architecte paysagiste avait fait le plan et son cousin pépiniériste assurerait l'aménagement et son neveu conducteur de pelle mécanique creuserait le lit (il suffirait ensuite de mettre une pompe à eau pour faire circuler le ruisseau), il avait conclu qu'il était temps de parler du squelette dans la cheminée.
Il appela le poste de police dont une stagiaire sourde pris l'appel. Ensuite, les choses se compliquèrent. Suite à un échange de mauvaises adresses, le SWAT arriva ici tandis que les scientifiques furent dirigés vers l'autre mauvaise adresse, là où se déroulait la bonne prise d'otage.
En effet, un mari dépressif avait pété ses fusibles et menaçait toute sa famille avec son fusil de chasse, un Savage .22 Long Rifle. Arme de petit calibre pour le petit gibier et les rongeurs mais qui peut faire des dégâts dans une petite épouse.
Les techniciens ne s'attendaient pas à rencontrer un homme armé. Et le preneur d'otage s'attendait à voir la police et était prêt à cette éventualité: il allait tuer sa femme, ses 2 enfants puis se faire sauter la tête. Mais il ne s'attendaient nullement à voir arriver 2 astronautes. Il pensa que la police allait utiliser une sorte de gaz mortel et eut la chienne. Il avait prévu de mourir d'une balle dans la tête (plus précisément, d'une balle dans la bouche) mais pas de finir étouffé. Ce conflit de perception eut raison des quelques neurones qui lui restaietn. Il fut si terrifié qu'il se mit à vomir tout ce qu'il avant mangé le mois dernier. Y compris l'alcool et les pilules avalés pour se donner du courage.
Il se rendit donc aux scientifiques avant qu'ils comprennent la situation. Ils appelèrent des patrouilleurs qui fouinaient dans les environs à la recherche d'alcoolique du dimance chauffards.
Bref, on n'avait plus besoin du SWAT qui renvinrent à leur caserne en méditant sur l'injustice du sort. Le philosophe du groupe conclut qu'il n'était rien arrivé, sauf le crétin qui avait déboulé dans l'escalier en se prenant les pieds dans sa matraque. Et ils seraient payés. Heure sup en plus. Pour le travail de nuit. Et de jour puisqu'il y avait un bon moment que le jour était levé.
Un scientfique le gronda pendant qu'on enlevait se menottes:
_ Vous auriez pu expliquer?
_ Vous croyez qu'on m'en a laissé le temps. Et il fallait que moi-même je comprenne la situation. Ensuite, j'étais pas terre, menotte, la botte d'un flic sur la tête.
_ Faut les comprendre, ils s'attendaient à voir un carnage. Ils ne voyaient que ça. Et ne voyant pas de victimes, ils continuèrent à penser sur ce thème, imaginant que vous les aviez coupé en morceaux et caché ou enterré. Pour eux, vous n'étiez pas un témoin mais un assassin. Une femme et 2 enfants. Ils n'allaient pas vous ménager. Vous n'êtes pas blessé? Vous pouvez portez plainte pour usage abusif de la force. J'ai un dépliant.
_ C'est la vie!
_ C'est la vie.
Pendant que lui et le savant discutait du sens de la vie et des moments parfois cocasses qu'elle offre à ses visiteurs (dans un moment, on a rira), l'échelle du camion se déployant avançant la nacelle au-dessus de la cheminée qu'il désignait du doigt.
_ Pensez-vous que c'est assez large pour qu'on y descende? Sinon, il faudra démolir. Vous êtes assuré?
_ Et vous?
_ Attendez-nous en bas, on monte voir.
Une fois sur le toit, les 2 scientifiques et le pompier se penchèrent sur la cheminée comme des médecins sur le corps d'un accidenté de la route.
_ On voit rien.
La nacelle était munie d'une forte lumière, on la dirigea tout au fond de la cheminée qui cessa d'être un gouffre noir.
_ Je vois. C'est tout au fond.
_ On peut descendre? C'est assez large pour laisser passer un homme au bout d'un treuil. Mais je ne sais pas pour la bombonne d'oxigène avec toute cette merde et cette suie, on va risquer ses poumons si on va sans protection. Et ses yeux. Il faut le masque complet.
Le pompier suggéra plutôt de faire descendre une sorte de lasso et d'attraper ce qu'on pouvait.
_ Ça passera pas avec le costume complet, il faudra démolir. En bas, de l'intérieur. Car il est tout au fond.
Heureusement, le lasso après quelques essais se noua autour de cou du squelette et on put le monter délicatement et doucement. Il avait encore des cartilages desséchés qui retenaient les articulations ensembles. Tout vint lentement. Sauf les 2 pieds. Ou les 2 os inférieurs de la jambe: tibia et péroné. Qui restèrent en bas tout au fond.
On mit le squelette dans un sac à cadavre dont on ferma la fermeture éclair
_ C'est un travail pour le labo. Mais à en juger par l'état de la victime, ce n'est pas très urgent.
Il fallut jouer du lassé pour les attraper avec leurs pieds. Mais on y réussit. On réouvrit le sac à cadavre pour y ajouter les pieds. Et on attacha le crochet du treuil au sac pour le descendre sur terre.
Ensuite, on descendit un gros tuyau souple noir pour aspirer toutes les cendres et ce qu'elles pouvaient contenir avec une machine industrielle.
Puis ayant vidé le fond de la cheminée, on inspecta tous les recoins avec une caméra.
_ On ne voit rien. On voit tout mais il n'y a rien. S'il y a quelque chose, c'est dans la cendre.
Le pompier était content:
_ Votre cheminée est comme neuve. Du moins, la partie basse. Il y a toute cette merde d'oiseaux à nettoyer si vous voulez vous en servir. Et ça mène où, en bas?
Il répondit qu'il n'en avait aucune idée, c'était muré. Probablement tout en bas, dans la cave. On ne le saurait qu'en creusant mais il n'avait pas besoin pour le moment d'une cheminée de plus.
Monsieur Dickson s'informa au sujet du vieux mort
Les pompiers et les scientifiques arrivèrent à un accord provisoire qui aurait été beau s'il était plus courant en politique. C'était probablement un voleur qui a voulu descendre par la cheminée pensant arriver à un des foyers de la maison. Il s'est trompé de cheminée. Ou il a procédé par essais et erreurs, les autres étaient trop étroites pour laisser passer son corps. Il essaya de descendre, glissa, tomba au fond. Se cassa les 2 jambes. Fut incapable de rermonter par les propres moyens. Il a dû appeler à l'aide mais qui l'a entedu, tout au fond. C'était une sorte de piège, de puits de pierre qui ne débouchait que sur rien.
_ La cause de sa mort. Rien qu'à voir le tas de cendre qu'on a ramassé, la cheminée a du fonctionné des décennies avant qu'elle cesse de le faire et qu'on décide de la murer. Il a dû respirer tout ça pendant des heures avant d'étouffer.
_ Mais on aura pu le pousser?
_ Ou c'est peut-être un corps qu'on aura voulu camoufler. Et ça a fonctionné. Depuis combien de temps est-il là? Des années. Et personne ne s'est inquiété de sa disparition. Ou n'a pensé regarder tout au fond. Mais il y fait si noir que même en plein jour on ne voit rien. Pourquoi aurait-on voulu inspecter la cheminée? Sauf pour la remettre en marche. Ou, comme vous, parce qu'un grand vent l'aura décapité.
_ On a le choix.
_ Un voleur minable et malancheux.
_ Ou une victime d'un crime parfait.
_ Jusqu'à présent.
_ Si le coupable est encore vivant, il va trembler dans son short.
_ Un instant. Jusqu'à ce que la police scientfique ait rénuni tous les indices, cette affaire demeure confidentielle.
_ Pourquoi?
_ Pourquoi parce que. Comme vous l'avez dit, le coupable, si c'est de ça qu'il s'agit pense que c'est un crime parfait. Ça l'a été pendant... on ne sait même pas le nombre d'années pendant lesquelles il a mariné dans son jus en bas. Maintenant, ce n'est plus un crime parfait. Il faut laisser le criminel profiter encore de sa tranquillité. C'est lorsqu'il s'en attendra le moins que nous frapperons.
_ Mais c'est peut-être un accident. Quelqu'un se penche. A le vertige. Tombe au fond.
_ Faudrait être sacrement malchanceux. Monter en haut, se pencher, tomber alors qu'il n'y a personne. Dans votre raisonnement, ce malchanceux-là n'aurait pas de famille?
_ Mais il se peut qu'on l'ait cherché ailleurs. Que personne ne savait ou ne pensait qu'il serait capable de...
_ On pense trop sans preuve. Il faut que le laboratoire trouve les incides et les fassent parler. On a tout un corps ce qui n'est pas si courant.
_ Mais dans quel état?
_ Vous seriez surpris de savoir ce qu'un corps dans cet état peur révéler. C'est sacrément bavard un mort. C'est pour ça que les criminels tiennent tant à les faire disparaître. Heureusement, la plupart des gens n'y pensent pas. Et, pour la minorité qui y pense, la majorité n'y parvient jamais totalement. C'est encombrant un corps. Et pesant. Ici, on n'a que des os et presque plus de chair. Imaginez un corps entier. Celui-là fut un jour un homme assez grand et probablement costaud. Et on n'a pas toujours une cheminée pour le camoufler.
Ayant extrait le corps sa cachette dans laquelle il attendait depuis des années (combien?) tout le monde s'en alla. Ne resta que monsieur Dickson.
_ On m'avait promis du café noir et des gâteaux.
Il est vrai qu'on lui avait promis du café et des gâteaux et qu'on ne tint pas promesse. En réalité, personne n'avait prévu de café et de gâteau et n'avait aucune intention de lui en donner. Ce n'était qu'un truc, un subterfuge pour l'amadouer, le distraire et lui éviter de commetre l'irréparable.
La vie est triste
Il n'avait pas de femme ni enfant. Ils ne les avaient pas tué. Et on ne l'avait pas tué.
La vie est ...
*
27 avril 2012. État 1
Se posait une question: devait-il accepter le gâteau avec le café? Qu'il préférait d'habitude noir. Quoique le lait aidant à métaboliser la caféine, le café atteignait alors sa pleine puissance, soit d'éveiller l'esprit. Activité dont il n'avait pas régulièrement besoin dans ce monde.
Il pensait demander un expresso latte lorsqu'une voix plus rude (virile) retentit dans le haut parleur.
_ Rendez-vous ! Ou nous envoyons les gaz!
Il y avait dû y avoir un conflit entre le négociateur et le chef de l'unité anti-otage. Et le psychologue avait perdu étant trop compréhensif et soft on crime. Et sa pauvre famille...
Pour redonner un peu de prestique au psychologue sur le spécialiste de la force brutale et rétablir le rapport de force, c'est à lui qu'il annonça sa reddition en lui disant de transmettre à l'excité du haut-parleur
_ D'accord, je me rends
Voix du haut-parleur:
_ Sortez les mains en l'air. Et jetez votre arme. Jetez votre arme avant de sortir les bras en l'air.
Il sortit les 2 bras en l'air. Il y avait encore plus d'auto-patrouilles que prévu. Pointant dans les 2 directions. Gyrophares et cerises et bleuets allumés. Et derrière les véhicules, des tas de flics en costumes anti-balle pointant des fusils mitrailleurs Heckler et Kosh .45 ou des fusils Remington 870 calibre 12. De quoi le réduire en charpie.
_ Avancez doucement. Descendez les marches. Tout geste brusque et nous tirons!
Ce qu'il fit. Avec aucun geste brusque.
_ Agenouillez-vous.
Ce qu'il fit.
_ Étendez-vous face contre le sol.
Il trouva un endroit moins sale pour s'allonger.
_ Mettez une main dans votre dos. Et laissez votre haute bras allongé.
Un policier arriva derrière lui et lui agrippa la main qu'il encercla de la moitié d'une menotte puis il attira son autre main qu'il menotta aussi. Il était donc là sur le ventre mains menottés dans le dos.
_ Où sont les enfants?
Tout en criant, il posait sa botte sur sa tête ce qui lui plongeait la face dans la terre tout en l'étouffant et l'empêchant de parler.
_ Vous avez fait du mal aux enfants?
Monsieur Dickson essaya de parler mais ce faisant il mangea plus de terre que nécessaire
_ Et votre femme? Son corps est où?
Monsieur Dickson dit alors qu'il s'agissait probablement d'une erreur. Ce qu'un policier (pas le psychologue) traduisait simultanément:
_ Il est trop tard! Il a tué tout le monde.
Les policiers entrèrent en rang d'oignons excités dans la maison.
_ Fouillez-partout! L'ambulance arrive.
Le psychologue qui ne faisant rien pensa s'ajouter aux festivités:
_ Qu'est-ce qui vous a pris de tuer tout le monde? Quel a été l'élément déclencheur du drame familial?
Monsieur Dickson lui demanda d'avertir les troupes. La maison était en rénovation et ils entraient tout équipé de leurs armures. Les escaliers étaient branlants et il pouvait y avoir un accident.
Ce qu'un flic qui écoutait la conversation de ses neurones de limaces traduisit:
_ Attention, il vient d'avouer qu'il a mis des pièges.
À ce moment, un coup de feu venant de l'intérieur. Les gardes qui l'entouraient devinrent menaçants. Ce qui veut dire qu'ils pointèrent leur fusils à pompe ou leur Glock sur sa tête.
_ Tu as combien de complice? Si un homme est blessé, tu y passes. On dira que tu as résisté à ton arrestation et que tu portais une arme.
C'était très bien expliqué. Il est dommage que trop peu de policiers enseignent dans les classes d'ado.
L'ambulance arrivait à ce moment. On l'avait sans doute appelé pour préciser les détails de l'intervention. 2 ambulanciers sortirent avec une civière. Entrèrent dans la maison. Ressortirent avec un policier étendu.
_ Il s'est cassé une jambe en tombant dans un des escaliers.
_ On n'a trouvé personne.
Le chef d'équipe se pencha sur lui comme un vauteur devant une carcasse ouverte:¸
_ Tu as mis où les morceaux de corps.
C'était une bonne question mais avant qu'il puisse répondre arrivait le camion échelle de pompier du village. On l'avait acheté au milieu de bien des grincements de dents étant donné son coût pour pouvoir intervenir si le seul édifice en hauteur local, l'église, passait au feu. On ne voulait pas assister impuissant à sa destruction comme c'était arrivé au village voisin. Le camion-échelle suivant se trouvant à la ville, une heure de route plus loin. On avait appelé pour la réserver et on l'avait envoyé mais on s'était trompé de village et lorsqu'on arrivait le clocher et ses cloches tombaient.
Ensuite arriva le camion-labo de la Sûreté avec ses techniciens de scène de crime. Ils sortirent en costume d'astronautes pendant que la camion reculait près de la maison.
Le chef de la brigade d'intervention anti-otage s'avança vers eux.
_ Mais qu'est-ce que vous foutez là? C'est nous qui contrôlons cette scène de crime.
Il discutèrent un bon moment. Le chef des scientifiques montra la cheminée. Le chef des Swat montra le meurtrier à terre. Chacun cria un bon moment jusqu'à ce que le chef lance son casque nazi noir par terre et s'en aille. Le psycholigue arriva ensuite pour beurrer les toasts rébarbatives.
_ Il semble qu'il y ait eu une erreur.
Monsieur Dickson toujours couché sur le ventre
_ Quelle surprise.
Les pompiers, les ambulanciers, les policiers-militaires du SWAT, les savants de la brigades d'intervention se parlèrent entre eux un bon moment. Et on conclut qu'il valait mieux ne pas tuer leur client. Ce qui ne ferait qu'ajouter une erreur de plus.
Il y a quelques jours, lorsque le briqueteur arriva avec un projet de pont japonais permettant de traverser une rivière qui n'existait pas dont son beau-frère architecte paysagiste avait fait le plan et son cousin pépiniériste assurerait l'aménagement et son neveu conducteur de pelle mécanique creuserait le lit (il suffirait ensuite de mettre une pompe à eau pour faire circuler le ruisseau), il avait conclu qu'il était temps de parler du squelette dans la cheminée.
Il appela le poste de police dont une stagiaire sourde pris l'appel. Ensuite, les choses se compliquèrent. Suite à un échange de mauvaises adresses, le SWAT arriva ici tandis que les scientifiques furent dirigés vers l'autre mauvaise adresse, là où se déroulait la bonne prise d'otage.
En effet, un mari dépressif avait pété ses fusibles et menaçait toute sa famille avec son fusil de chasse, un Savage .22 Long Rifle. Arme de petit calibre pour le petit gibier et les rongeurs mais qui peut faire des dégâts dans une petite épouse.
Les techniciens ne s'attendaient pas à rencontrer un homme armé. Et le preneur d'otage s'attendait à voir la police et était prêt à cette éventualité: il allait tuer sa femme, ses 2 enfants puis se faire sauter la tête. Mais il ne s'attendaient nullement à voir arriver 2 astronautes. Il pensa que la police allait utiliser une sorte de gaz mortel et eut la chienne. Il avait prévu de mourir d'une balle dans la tête (plus précisément, d'une balle dans la bouche) mais pas de finir étouffé. Ce conflit de perception eut raison des quelques neurones qui lui restaietn. Il fut si terrifié qu'il se mit à vomir tout ce qu'il avant mangé le mois dernier. Y compris l'alcool et les pilules avalés pour se donner du courage.
Il se rendit donc aux scientifiques avant qu'ils comprennent la situation. Ils appelèrent des patrouilleurs qui fouinaient dans les environs à la recherche d'alcoolique du dimance chauffards.
Bref, on n'avait plus besoin du SWAT qui renvinrent à leur caserne en méditant sur l'injustice du sort. Le philosophe du groupe conclut qu'il n'était rien arrivé, sauf le crétin qui avait déboulé dans l'escalier en se prenant les pieds dans sa matraque. Et ils seraient payés. Heure sup en plus. Pour le travail de nuit. Et de jour puisqu'il y avait un bon moment que le jour était levé.
Un scientfique le gronda pendant qu'on enlevait se menottes:
_ Vous auriez pu expliquer?
_ Vous croyez qu'on m'en a laissé le temps. Et il fallait que moi-même je comprenne la situation. Ensuite, j'étais pas terre, menotte, la botte d'un flic sur la tête.
_ Faut les comprendre, ils s'attendaient à voir un carnage. Ils ne voyaient que ça. Et ne voyant pas de victimes, ils continuèrent à penser sur ce thème, imaginant que vous les aviez coupé en morceaux et caché ou enterré. Pour eux, vous n'étiez pas un témoin mais un assassin. Une femme et 2 enfants. Ils n'allaient pas vous ménager. Vous n'êtes pas blessé? Vous pouvez portez plainte pour usage abusif de la force. J'ai un dépliant.
_ C'est la vie!
_ C'est la vie.
Pendant que lui et le savant discutait du sens de la vie et des moments parfois cocasses qu'elle offre à ses visiteurs (dans un moment, on a rira), l'échelle du camion se déployant avançant la nacelle au-dessus de la cheminée qu'il désignait du doigt.
_ Pensez-vous que c'est assez large pour qu'on y descende? Sinon, il faudra démolir. Vous êtes assuré?
_ Et vous?
_ Attendez-nous en bas, on monte voir.
Une fois sur le toit, les 2 scientifiques et le pompier se penchèrent sur la cheminée comme des médecins sur le corps d'un accidenté de la route.
_ On voit rien.
La nacelle était munie d'une forte lumière, on la dirigea tout au fond de la cheminée qui cessa d'être un gouffre noir.
_ Je vois. C'est tout au fond.
_ On peut descendre? C'est assez large pour laisser passer un homme au bout d'un treuil. Mais je ne sais pas pour la bombonne d'oxigène avec toute cette merde et cette suie, on va risquer ses poumons si on va sans protection. Et ses yeux. Il faut le masque complet.
Le pompier suggéra plutôt de faire descendre une sorte de lasso et d'attraper ce qu'on pouvait.
_ Ça passera pas avec le costume complet, il faudra démolir. En bas, de l'intérieur. Car il est tout au fond.
Heureusement, le lasso après quelques essais se noua autour de cou du squelette et on put le monter délicatement et doucement. Il avait encore des cartilages desséchés qui retenaient les articulations ensembles. Tout vint lentement. Sauf les 2 pieds. Ou les 2 os inférieurs de la jambe: tibia et péroné. Qui restèrent en bas tout au fond.
On mit le squelette dans un sac à cadavre dont on ferma la fermeture éclair
_ C'est un travail pour le labo. Mais à en juger par l'état de la victime, ce n'est pas très urgent.
Il fallut jouer du lassé pour les attraper avec leurs pieds. Mais on y réussit. On réouvrit le sac à cadavre pour y ajouter les pieds. Et on attacha le crochet du treuil au sac pour le descendre sur terre.
Ensuite, on descendit un gros tuyau souple noir pour aspirer toutes les cendres et ce qu'elles pouvaient contenir avec une machine industrielle.
Puis ayant vidé le fond de la cheminée, on inspecta tous les recoins avec une caméra.
_ On ne voit rien. On voit tout mais il n'y a rien. S'il y a quelque chose, c'est dans la cendre.
Le pompier était content:
_ Votre cheminée est comme neuve. Du moins, la partie basse. Il y a toute cette merde d'oiseaux à nettoyer si vous voulez vous en servir. Et ça mène où, en bas?
Il répondit qu'il n'en avait aucune idée, c'était muré. Probablement tout en bas, dans la cave. On ne le saurait qu'en creusant mais il n'avait pas besoin pour le moment d'une cheminée de plus.
Monsieur Dickson s'informa au sujet du vieux mort
Les pompiers et les scientifiques arrivèrent à un accord provisoire qui aurait été beau s'il était plus courant en politique. C'était probablement un voleur qui a voulu descendre par la cheminée pensant arriver à un des foyers de la maison. Il s'est trompé de cheminée. Ou il a procédé par essais et erreurs, les autres étaient trop étroites pour laisser passer son corps. Il essaya de descendre, glissa, tomba au fond. Se cassa les 2 jambes. Fut incapable de rermonter par les propres moyens. Il a dû appeler à l'aide mais qui l'a entedu, tout au fond. C'était une sorte de piège, de puits de pierre qui ne débouchait que sur rien.
_ La cause de sa mort. Rien qu'à voir le tas de cendre qu'on a ramassé, la cheminée a du fonctionné des décennies avant qu'elle cesse de le faire et qu'on décide de la murer. Il a dû respirer tout ça pendant des heures avant d'étouffer.
_ Mais on aura pu le pousser?
_ Ou c'est peut-être un corps qu'on aura voulu camoufler. Et ça a fonctionné. Depuis combien de temps est-il là? Des années. Et personne ne s'est inquiété de sa disparition. Ou n'a pensé regarder tout au fond. Mais il y fait si noir que même en plein jour on ne voit rien. Pourquoi aurait-on voulu inspecter la cheminée? Sauf pour la remettre en marche. Ou, comme vous, parce qu'un grand vent l'aura décapité.
_ On a le choix.
_ Un voleur minable et malancheux.
_ Ou une victime d'un crime parfait.
_ Jusqu'à présent.
_ Si le coupable est encore vivant, il va trembler dans son short.
_ Un instant. Jusqu'à ce que la police scientfique ait rénuni tous les indices, cette affaire demeure confidentielle.
_ Pourquoi?
_ Pourquoi parce que. Comme vous l'avez dit, le coupable, si c'est de ça qu'il s'agit pense que c'est un crime parfait. Ça l'a été pendant... on ne sait même pas le nombre d'années pendant lesquelles il a mariné dans son jus en bas. Maintenant, ce n'est plus un crime parfait. Il faut laisser le criminel profiter encore de sa tranquillité. C'est lorsqu'il s'en attendra le moins que nous frapperons.
_ Mais c'est peut-être un accident. Quelqu'un se penche. A le vertige. Tombe au fond.
_ Faudrait être sacrement malchanceux. Monter en haut, se pencher, tomber alors qu'il n'y a personne. Dans votre raisonnement, ce malchanceux-là n'aurait pas de famille?
_ Mais il se peut qu'on l'ait cherché ailleurs. Que personne ne savait ou ne pensait qu'il serait capable de...
_ On pense trop sans preuve. Il faut que le laboratoire trouve les incides et les fassent parler. On a tout un corps ce qui n'est pas si courant.
_ Mais dans quel état?
_ Vous seriez surpris de savoir ce qu'un corps dans cet état peur révéler. C'est sacrément bavard un mort. C'est pour ça que les criminels tiennent tant à les faire disparaître. Heureusement, la plupart des gens n'y pensent pas. Et, pour la minorité qui y pense, la majorité n'y parvient jamais totalement. C'est encombrant un corps. Et pesant. Ici, on n'a que des os et presque plus de chair. Imaginez un corps entier. Celui-là fut un jour un homme assez grand et probablement costaud. Et on n'a pas toujours une cheminée pour le camoufler.
Ayant extrait le corps sa cachette dans laquelle il attendait depuis des années (combien?) tout le monde s'en alla. Ne resta que monsieur Dickson.
_ On m'avait promis du café noir et des gâteaux.
Il est vrai qu'on lui avait promis du café et des gâteaux et qu'on ne tint pas promesse. En réalité, personne n'avait prévu de café et de gâteau et n'avait aucune intention de lui en donner. Ce n'était qu'un truc, un subterfuge pour l'amadouer, le distraire et lui éviter de commetre l'irréparable.
La vie est triste
Il n'avait pas de femme ni enfant. Ils ne les avaient pas tué. Et on ne l'avait pas tué.
La vie est ...
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27 avril 2012. État 1
41. LA POLICE DEMANDE À HENRY DICKSON DE RELÂCHER SA FEMME ET SES ENFANTS QU'IL TIENT EN OTAGE ET DE NE PAS SE SUICIDER TOUT DE SUITE. DEMAIN SERAIT PRÉFÉRABLE
Henry Dickson
Lisait Histoire d'O version dessinée par Guido Crépax, artiste italien admirable, lorsqu'il s'est endormi. Preuve qu'il vieillissait, à une certaine époque il ne se serait défiinitivement pas endormi. Ce qui lui aurait évité d'être réveillé subitement dans les petites heures du matin.
Il y avait un arbre de Noël fou dehors compte tenu des lumières de toutes les couleurs qui entraient par les fenêtre de la maison.
À moins qu'un lève-tôt ait pensé que c'était le moment idéal d'installer ses décorations de Noël ou d'Holloween et de les tester (il y en a qui prennent ces cérémonies tellement à coeur qu'ils vont laisser les décorations et lumières toute l'année. Couronne de Noël en plein été dans la fenêtre de l'entrée. Sapin de Noël illuminé extérieur et intérieur -avec les boules et guirlandes- en été. Ou ce seront les monstres de novembre (temps des élections) qui hanteront l'année durant même l'hiver.)
Mais des voisins proches, il n'y en avait pas. Ce qui avait décontenancé sont amie numéro 2 qui était venu faire un tour pour voir. Elle affirma que cet endroit avait bien des possibilités qu'elle entrevoyait avec précision. Définitivement pas la place pour un célibataire. Endroit idéal pour élever une famille. Les enfants auraient en masse de place pour jouer à l'intérieur les jours de pluies et encore plus de terrains de jeux extérieurs sans danger de se faire écraser par une auto comme en ville ou de se faire enlever par un pédophile. Elle était bien mignonne mais ces pulsions enfantines rendeaient méfiant n'importe quel célibataire, satisfait de son état et n'ayant pas envie d'en changer.
Il y avait bien sûr la différence d'âge. Elle ne rêvait que de couches à changer, de biberons à chauffer, de maisons à décorer avec une clôture blanche. Une haie. Il y a toujours une haie quelque part. Une plate-bande de fleurs. Un jardin peut-être. Et des fleurs dans la maison. Ceuillies toute fraîche dans la plate-bande.
Lui, se contenterait d'une île déserte avec visite occasionnelle d'une personne de bonne volonté.
Il entendait déjà les cris des bébés, enfants, ados et il en avait prématurément mal à la tête. Sans compter qu'il trouvait depuis toujours que les enfants puaient ou, au mieux, sentaient mauvais. Ce qui permettait à la femelle de l'espèce de les reconnaûtre parmi le mobilier familer et, au milieu d'autres braillards, de distinguer lesquels étaient les siens.
7 milliards d'habitants sur Terre. 8 à la fin de la décennie. 10 à la fin du siècle. La Terre avait autant besoin de femmes enceintes que de moutons avec une cinquième patte sur le dos.
Mais il est inutile de discuter de ça avec une femme, elles sont programmées pour ça. Et s'il n'y avait pas la moindre petite infinitésimale possibilités d'accident heureux (même avec la pilule ou le diaphragme) la plupart n'aurait jamais envie de faire l'amour. Ranger, faire le ménage ou épousseter leur procurant toutes les satisfactions nécessaires. Et l'Homme est tout à fait superflu dans cet univers ménager. Sauf source d'inconfort, de perturbation, dérangement et de poussière. Ce qui donnait une raison de ranger mais fatigue à la longue. On le tolère dans l'univers féminin parce qu'il amène avec lui des enfants, une maison, un carnet de chèques.
Elle avait accepté avec joie de passer la balayeuse. La Dyson ayant fait le même effet sur ses hormones qu'une Ferrari rouge sur le mâle moyen. Mais tout en chantonnant, elle ne cessait de demander s'il trouvait inquiétant l'absence de voisin. Des voisins, il y en avait. Mais à quelques milles, ce qu'il trouvait très bien. Si on les rencontre ou s'ils viennent faire un tour, ce ne sera jamais par hasard.
Comme la balayeuse faisait du bruit (on avait amélioré l'invention mais pas enlevé tous ses défauts, dont le moteur et le bruit du moteur), elle avait peur d'être surprise sans défense si jamais quelqu'un, un étranger, venait. Elle insista pour qu'il reste de garde ou qu'il barre toutes les portes en partant. Ce qui ferait qu'elle serait comme dans un fortin à l'abris du danger.
Quand il revint et la délivra (débarra la porte), elle était heureuse et épanouie comme une femme qui a étnedu son linge sur la corde à linge aux premiers beaux jours du printemps. Comme elle avait transpiré, défaut des femmes vivants, elle avait pris un bain. Apprécié le bain de fonte antique qui suit les courbes et garde l'eau chaude. Et il la retrouva dans le grand lit. Elle avait une lueur dans les yeux qui auraient prévenu les personnes les moins subtiles qu'elle avait quelque chose derrière la tête. Son sourire, sans doute. Ou le fait qu'elle était nue.
L'idée d'enfant tenaillait son esprit. Et il préféra prendre des chemin de travers ce qui la décut un peu mais pas tant que ça. Contente, elle s'endormit après lui avoir raconté sa journée et tout ce qu'elle pensait. Il s'endormit à son tour.
Elle était reparti travailler en ville le lundi matin de bonne heure, ayant utilisé sa fin de semaine de congé pour faire le grand ménage de la maison. Mais comme la maison était grande, elle promit de revenir.
Bref, pour des raisons diverses, tenant compte de leur métabolisme, chacun était content de l'autre et de son séjour.
Les jours passèrent. Il était seul et bien content de lui. De la maison. Et de l'univers.
Jusqu'à ce que l'arbre de Noël atterrissent de Vénus sur la maison.
Sifflements. Échos. Voix amplifiée par le haut-parleur.
- Rendez-vous !
S'il était mal réveillé ou en train de s'éveiller lentement, la suprise lui rendit instantanément l'esprit très clair. Les hormones circulèrent très vite dans son esprit.
_ Nous ne vous feront aucun mal. Sifflement.
Ce qui était rassurant.
_ Laissez partir votre femme et vos enfants. Ne leur faites pas de mal.
Sifflement.
_ Nous savons que vous souffrez. Un négociateur viendra parlementer avec vous dans un moment. Nous avons votre numéro de téléphone et il vous appellera. Si vous êtes d'accord, décrochez.
Sifflement.
_ Voulez-vous un café chaud? Des gâteaux?
Le téléphone mural noir sonne.
Bonne question. Voulait-il un café? Il était bien tôt. Et des gâteaux. Il était vraiment trop tôt.
Le téléphone mural continuait à sonner. Il sonnerait sans doute jusqu'à ce qu'il l'arrache du mur ou qu'il décroche.
_ Bonjour! Je suis psychologue. Vous pouvez me parlez de vos soucis. Il faut laisser aller votre colère mais dans une conversation. Vous pouvez me dire ce que vous ressentez. Vos frustrations. Hier, comment s'est passé votre journée? Je suis formé pour entendre vos confidences qui resteront confidentielles. Nous pouvons engager un dialogue constructif. Je sais moi-aussi ce qu'est la vie de famille. Le stress. Les enfants. Je peux même vous rencontrer.
Mais en signe de bonne volonté, il faudrait que vous laissiez partir un de vos enfants.
Bien sûr, vous recevrez votre café et vos gâteaux avant.
*
27 avril 2012. État 1
Lisait Histoire d'O version dessinée par Guido Crépax, artiste italien admirable, lorsqu'il s'est endormi. Preuve qu'il vieillissait, à une certaine époque il ne se serait défiinitivement pas endormi. Ce qui lui aurait évité d'être réveillé subitement dans les petites heures du matin.
Il y avait un arbre de Noël fou dehors compte tenu des lumières de toutes les couleurs qui entraient par les fenêtre de la maison.
À moins qu'un lève-tôt ait pensé que c'était le moment idéal d'installer ses décorations de Noël ou d'Holloween et de les tester (il y en a qui prennent ces cérémonies tellement à coeur qu'ils vont laisser les décorations et lumières toute l'année. Couronne de Noël en plein été dans la fenêtre de l'entrée. Sapin de Noël illuminé extérieur et intérieur -avec les boules et guirlandes- en été. Ou ce seront les monstres de novembre (temps des élections) qui hanteront l'année durant même l'hiver.)
Mais des voisins proches, il n'y en avait pas. Ce qui avait décontenancé sont amie numéro 2 qui était venu faire un tour pour voir. Elle affirma que cet endroit avait bien des possibilités qu'elle entrevoyait avec précision. Définitivement pas la place pour un célibataire. Endroit idéal pour élever une famille. Les enfants auraient en masse de place pour jouer à l'intérieur les jours de pluies et encore plus de terrains de jeux extérieurs sans danger de se faire écraser par une auto comme en ville ou de se faire enlever par un pédophile. Elle était bien mignonne mais ces pulsions enfantines rendeaient méfiant n'importe quel célibataire, satisfait de son état et n'ayant pas envie d'en changer.
Il y avait bien sûr la différence d'âge. Elle ne rêvait que de couches à changer, de biberons à chauffer, de maisons à décorer avec une clôture blanche. Une haie. Il y a toujours une haie quelque part. Une plate-bande de fleurs. Un jardin peut-être. Et des fleurs dans la maison. Ceuillies toute fraîche dans la plate-bande.
Lui, se contenterait d'une île déserte avec visite occasionnelle d'une personne de bonne volonté.
Il entendait déjà les cris des bébés, enfants, ados et il en avait prématurément mal à la tête. Sans compter qu'il trouvait depuis toujours que les enfants puaient ou, au mieux, sentaient mauvais. Ce qui permettait à la femelle de l'espèce de les reconnaûtre parmi le mobilier familer et, au milieu d'autres braillards, de distinguer lesquels étaient les siens.
7 milliards d'habitants sur Terre. 8 à la fin de la décennie. 10 à la fin du siècle. La Terre avait autant besoin de femmes enceintes que de moutons avec une cinquième patte sur le dos.
Mais il est inutile de discuter de ça avec une femme, elles sont programmées pour ça. Et s'il n'y avait pas la moindre petite infinitésimale possibilités d'accident heureux (même avec la pilule ou le diaphragme) la plupart n'aurait jamais envie de faire l'amour. Ranger, faire le ménage ou épousseter leur procurant toutes les satisfactions nécessaires. Et l'Homme est tout à fait superflu dans cet univers ménager. Sauf source d'inconfort, de perturbation, dérangement et de poussière. Ce qui donnait une raison de ranger mais fatigue à la longue. On le tolère dans l'univers féminin parce qu'il amène avec lui des enfants, une maison, un carnet de chèques.
Elle avait accepté avec joie de passer la balayeuse. La Dyson ayant fait le même effet sur ses hormones qu'une Ferrari rouge sur le mâle moyen. Mais tout en chantonnant, elle ne cessait de demander s'il trouvait inquiétant l'absence de voisin. Des voisins, il y en avait. Mais à quelques milles, ce qu'il trouvait très bien. Si on les rencontre ou s'ils viennent faire un tour, ce ne sera jamais par hasard.
Comme la balayeuse faisait du bruit (on avait amélioré l'invention mais pas enlevé tous ses défauts, dont le moteur et le bruit du moteur), elle avait peur d'être surprise sans défense si jamais quelqu'un, un étranger, venait. Elle insista pour qu'il reste de garde ou qu'il barre toutes les portes en partant. Ce qui ferait qu'elle serait comme dans un fortin à l'abris du danger.
Quand il revint et la délivra (débarra la porte), elle était heureuse et épanouie comme une femme qui a étnedu son linge sur la corde à linge aux premiers beaux jours du printemps. Comme elle avait transpiré, défaut des femmes vivants, elle avait pris un bain. Apprécié le bain de fonte antique qui suit les courbes et garde l'eau chaude. Et il la retrouva dans le grand lit. Elle avait une lueur dans les yeux qui auraient prévenu les personnes les moins subtiles qu'elle avait quelque chose derrière la tête. Son sourire, sans doute. Ou le fait qu'elle était nue.
L'idée d'enfant tenaillait son esprit. Et il préféra prendre des chemin de travers ce qui la décut un peu mais pas tant que ça. Contente, elle s'endormit après lui avoir raconté sa journée et tout ce qu'elle pensait. Il s'endormit à son tour.
Elle était reparti travailler en ville le lundi matin de bonne heure, ayant utilisé sa fin de semaine de congé pour faire le grand ménage de la maison. Mais comme la maison était grande, elle promit de revenir.
Bref, pour des raisons diverses, tenant compte de leur métabolisme, chacun était content de l'autre et de son séjour.
Les jours passèrent. Il était seul et bien content de lui. De la maison. Et de l'univers.
Jusqu'à ce que l'arbre de Noël atterrissent de Vénus sur la maison.
Sifflements. Échos. Voix amplifiée par le haut-parleur.
- Rendez-vous !
S'il était mal réveillé ou en train de s'éveiller lentement, la suprise lui rendit instantanément l'esprit très clair. Les hormones circulèrent très vite dans son esprit.
_ Nous ne vous feront aucun mal. Sifflement.
Ce qui était rassurant.
_ Laissez partir votre femme et vos enfants. Ne leur faites pas de mal.
Sifflement.
_ Nous savons que vous souffrez. Un négociateur viendra parlementer avec vous dans un moment. Nous avons votre numéro de téléphone et il vous appellera. Si vous êtes d'accord, décrochez.
Sifflement.
_ Voulez-vous un café chaud? Des gâteaux?
Le téléphone mural noir sonne.
Bonne question. Voulait-il un café? Il était bien tôt. Et des gâteaux. Il était vraiment trop tôt.
Le téléphone mural continuait à sonner. Il sonnerait sans doute jusqu'à ce qu'il l'arrache du mur ou qu'il décroche.
_ Bonjour! Je suis psychologue. Vous pouvez me parlez de vos soucis. Il faut laisser aller votre colère mais dans une conversation. Vous pouvez me dire ce que vous ressentez. Vos frustrations. Hier, comment s'est passé votre journée? Je suis formé pour entendre vos confidences qui resteront confidentielles. Nous pouvons engager un dialogue constructif. Je sais moi-aussi ce qu'est la vie de famille. Le stress. Les enfants. Je peux même vous rencontrer.
Mais en signe de bonne volonté, il faudrait que vous laissiez partir un de vos enfants.
Bien sûr, vous recevrez votre café et vos gâteaux avant.
*
27 avril 2012. État 1
26.4.12
40. HENRY DICKSON MÉDITE SUR LA CRUCIFIXION DES FEMMES ET LA PENDAISON DES CURÉS COMME PREUVE DE L'EXISTENCE DE DIEU. ON PEUT AUSSI Y VOIR UNE ALLÉGORIE DE LA MORALE SOCIALE. OU UNE MÉTAPHORE.
Henry Dickson
Terminait le vieux livre:
Terminait le vieux livre:
Quelque chose de démoniaque s'était passé.
Voilà!
Quand?
Où?
Qui?
Il avait beau tourner et retourner le livre. À part la feuille pliée et les notes, il n'y avait rien de plus.
Ces personnages étaient-ils basés sur des faits ayant réellement vécus? Et des gens réel? Ou à peu près.
Ou, par exemple, la femme, était-elle une figure de style représentant les femmes naturellement pécheresses qui prétendent s'élever au-dessus de leur humble condition et finissent terrarrasés par le démon de l'orgueuil? Humiliées publiquement.
Ou, par exemple, la femme, était-elle une figure de style représentant les femmes naturellement pécheresses qui prétendent s'élever au-dessus de leur humble condition et finissent terrarrasés par le démon de l'orgueuil? Humiliées publiquement.
Il était fier de sa tirade. Le livre déteignait sur le lui, aussi bien dans ses idées que dans son style vieille France. Et se promettait de la dire à son amie numéro 3 (toujours pas de nouvelle de l'amie numéro 4, la femme à la mini cooper). Étant sûr qu'elle apprécierait...
*
26 avril 2012. État 1
39. LE CURÉ PENDU DANS L'ÉGLISE
Henry Dickson
Lisait les notes manuscrites accompagnant le livre. Peut-être un projet de suite qui ne s'était jamais matérialisée. Quand on se découvre un talent d'auteur sur le tard, il arrive que la vie vous rattrappe et dicide à votre place. Vous n'aviez qu'à le faire avant. Tant pis pour vous. Il y avait là une sorte de résumé dialogué d'un conte moral comme on en faisait à l'époque. Quoique la date de l'époque ne soit pas claire.
Notes manuscrites.
Le curé lisait son bréviaire et pensait à sa journée qui ne s'était pas terminée aussi mal qu'avait commencé la semaine. Si la vanité n'était pas un péché, il aurait pu se dire content de lui. Il avait rassuré les fidèles craintifs et qui commençaient à se poser des questions. L'Église était là, veillait à tous et sur tout. Elle avait et aurait encore pour un moment toutes les réponses.
Lisait les notes manuscrites accompagnant le livre. Peut-être un projet de suite qui ne s'était jamais matérialisée. Quand on se découvre un talent d'auteur sur le tard, il arrive que la vie vous rattrappe et dicide à votre place. Vous n'aviez qu'à le faire avant. Tant pis pour vous. Il y avait là une sorte de résumé dialogué d'un conte moral comme on en faisait à l'époque. Quoique la date de l'époque ne soit pas claire.
Notes manuscrites.
Le curé lisait son bréviaire et pensait à sa journée qui ne s'était pas terminée aussi mal qu'avait commencé la semaine. Si la vanité n'était pas un péché, il aurait pu se dire content de lui. Il avait rassuré les fidèles craintifs et qui commençaient à se poser des questions. L'Église était là, veillait à tous et sur tout. Elle avait et aurait encore pour un moment toutes les réponses.
Et ces femmes, elles seraient toutes là lors de la procession annoncée par le curée pour expier en commun le fait d'être ce qu'elles étaient par la malédiction de Dieu Juste, des femmes.
Ici, des notes incompréhensibles, des repentirs, des addendas, des ratures, des notes au bas de page. Finalement, le texte reprenait plus loin. Toujours manuscrit. À la plume mais compréhensible.
Il avait décidé sous l'inspiration du Saint Esprit de faire un pélerinage, court mais éducatif. On accompagnerait la dépouille de cette chienne jusqu'à la fosse commune où le bedeau avait préparé un bûcher funéraire. On y mettrait le feu et on jetterai le corps de cette chienne maintenant enveloppé dans un sac de jute. Elle brûlerait. Comme son âme brûle maintenant en enfer. Car ce qu'elle a fait, rien ne pourra le réparer. Et tous s'assemblerait autour du bûcher comme au temps de l'Inquisition et chanteraient des cantiques à la bonté de Dieu.
Tout était près. Il avait calculé l'horaire. Le ciel était menaçant, il y aurait probablement de la pluie. Il fallait donc agir vite. Pour éviter que les volontés du ciel soient interprétées comme refusant un tel sacrifice. Vite. Vite.
Il avait décidé sous l'inspiration du Saint Esprit de faire un pélerinage, court mais éducatif. On accompagnerait la dépouille de cette chienne jusqu'à la fosse commune où le bedeau avait préparé un bûcher funéraire. On y mettrait le feu et on jetterai le corps de cette chienne maintenant enveloppé dans un sac de jute. Elle brûlerait. Comme son âme brûle maintenant en enfer. Car ce qu'elle a fait, rien ne pourra le réparer. Et tous s'assemblerait autour du bûcher comme au temps de l'Inquisition et chanteraient des cantiques à la bonté de Dieu.
Tout était près. Il avait calculé l'horaire. Le ciel était menaçant, il y aurait probablement de la pluie. Il fallait donc agir vite. Pour éviter que les volontés du ciel soient interprétées comme refusant un tel sacrifice. Vite. Vite.
Mais il n'y eut pas de procession.
Le curé fut retrouvé pendu sous la lame du sanctuaire de l'église. Étranglé avec son étole avant d'être suspendu. Mesure de charité ou précipitation du au fait qu'on n'avait pas pu se retenir d'avantage.
Le bedeau qui croyait le trouver comme d'habitude en train de prier à l'église cherchant l'inspiration pour ses paroles et sa conduite, le trouva se balançant sous la flamme perpétuelle.
Le bedeau appela le vicaire.
Le vicaire essaya de trouver les mots tout en courant prévenir le chanoine qui saurait quoi faire. Faute de curé, il s'en remetttait à son autorité.
Tous observaient et étudiaient le curé pendu.
Quelqu'un osa le premier mot que la sepctacle lui inspirait:
Suicide
Le bedeau, toujours simple et pratique, rectifia:
Le bedeau qui croyait le trouver comme d'habitude en train de prier à l'église cherchant l'inspiration pour ses paroles et sa conduite, le trouva se balançant sous la flamme perpétuelle.
Le bedeau appela le vicaire.
Le vicaire essaya de trouver les mots tout en courant prévenir le chanoine qui saurait quoi faire. Faute de curé, il s'en remetttait à son autorité.
Tous observaient et étudiaient le curé pendu.
Quelqu'un osa le premier mot que la sepctacle lui inspirait:
Suicide
Le bedeau, toujours simple et pratique, rectifia:
C'est haut!
Le chanoine approuva.
C'était vraiment trop haut pour un suicide.
Cette réponse logique ne suffisant pas, il crut bon instruire le petit groupe qui l'entourait:
Le chanoine approuva.
C'était vraiment trop haut pour un suicide.
Cette réponse logique ne suffisant pas, il crut bon instruire le petit groupe qui l'entourait:
Et la tradition de l'Église est contre ce crime qui va contre la volonté de Dieu.
Donc, en toute logique.
Ministre du culte, il ne pouvait s'être suicidé.
Ministre du culte, il ne pouvait s'être suicidé.
Et c'était vraiment trop haut.
Bien sûr, pas assez haut, à en juger par la pendaison. Quelqu'un, visiblement, avait trouvé, au contraire, que c'était juste de la bonne hauteur. Le curé avait peut-être péché par orgueil lors de son prêche, s'étant senti inspiré par le Saint Esprit, ayant cru s'élever au-dessus de tous. Du moins, c'est ce qui lui paraissait probable... comme explication de ce qui avait servi d'inspiration à celui qui avait fait ça.
Qui s'élève sera abaissé avait dit...
Généralement, ce n'est pas aussi rudement et si ça l'est, l'Histoire fourmillant d'exemple, c'est rarement aussi rapide. De la gloire de ce nouvel aigle de l'Église à sa chute en une seule nuit.
Et il n'y avait ni échelle ni chaise.
Il avait beau se demander comment après le pourquoi, il n'y arrivait pas. N'ayant jamais eu l'oeil artiste ou architecte ou géomètre, le déplacement des corps dans l'espace n'était pas pour lui de comprénsion simple.
Quelqu'un l'avait donc aidé.
Si le meurtre est grave, celui d'un paisible prêtre encore pire, c'était tout de même un soulagement de penser que le prêtre ne s'était pas enlevé la vie lui-même.
Et pourquoi l'aurait-il fait? Le chanoine lui-même l'avait couvert d'éloge. Après un tel discours, tous les possibles s'offraient à lui. Il quitterait, certes, sa chère église, mais non pour dépérir dans un monastère comme il le craignait - et cette idée avait effleuré l'esprit du chanoine- mais peut-être pour être secrétaire de l'évêque. Directeur du séminaire. L'Église savait reconnaître les esprits talentueux et inspirants.
Le Chanoine écrivit une longue lettre d'éloge à son sujet. Même s'il s'apprêtait à recommander sa mutation dans une autre lettre qu'il brûla. Il avait apprécier son homélie mais était-ce trop tard? Trop peu. Que sont les mots face aux actes. Et des actes aussi terribles. Le mal était fait et bien fait. Jamais une telle situation n'aurait dû se produire. Elle ne pouvait pas se produire dans une paroisse catholique. Ce qui voulait dire que des forces obscures étaient à l'oeuvre contrebalançant l'oeuvre de l'Église. Politique, il y voyait des raisons obscures, une vengeance. Il y avait une raison pour que cette femme soit tuée et pas une autre. Et une autre pour qu'on la tue de cette façon. Et une autre pour que ce se soit à la vue de tous à l'endroit visible de tous. Le petit curé de paroisse n'avait pu deviner ou entrevoir ces raisons. Le Chanoine connaissait les hommes plus que lui qui passait tout son ministère auprès des femmes, les plus ferventes croyantes. Et il prévoyait une autre vengeance. Celle-ci se produisit plus tôt que prévu, sur le pauvre prêtre. Peut-être son terrible discours avait-il détournée un moment le vengeur de sa mission. Et le prètre trop inspiré en paya le prix de sa vie. Première vengeance d'une suite à venir. Il avait craint le pire et le pire était arrivé et allait se perpétuer. Il ne convenait plus alors de sévir contre le prêtre qui avait trouvé son juste châtiment. Bien plus grave que son crime. Il fallait déjà préparer le futur. Et il ajoutait dans une note que la béatification du curé mort martyre de sa Foi devrait être suggérée.
Et il nettoya soigneusement ses lunettes avant de compléter les notes de cours qu'il donnera à la faculté de théologie.
Était collé ensuite un papier découpé dans une encyclopédie ou un ouvrage historique dont il voulait faire un résumé.
Même dans la Rome Antique, lorsque les croyants et les convertis de leurs prisons sous les arènes du Colisée contemplaient les horribles supplices, les terribles machines qui broiraient lentement leur os, les immondes bêtes qui les grifferaient sans merci, lacéreraient leurs corps et les dévoreraient vivants, toutes ces inventions de la science, de la technique, de la perversion et de la folie réunies en un seul lieu. Destinée à une seule tâche, faire souffrir dans les nuances les plus raffinées les hommes, les femmes et les enfants. Même dans une telle situation de désespoir, il était interdit de mettre un terme à leur jour. On allait mourir de toute façon, ce n'était qu'une question de temps, d'horaires des amusements du public, même si une mort pouvait paraître clémente et plus douce comparée à une autre. Même si on avait peur de manquer de courage ce jour-là, de défaillir, de pleurer ou de hurler de douleur. Le suicide vous conduisait en Enfer. À ce moment-là, Dieu serait là pour soutenir leurs efforts et les rassurer. Et les attendre une fois que leur brève épreuve, peu importe sa durée, serait terminée. Toute une Éternité de délice les attendait aux Cieux. Tandis que leurs misérables bourreaux iraient pourrir bientôt en Enfer. Mais il ne fallait pas leur en vouloir, ils étaient mû par leur ignorance, leur folie, leurs superstitions. Et comme tous les esclaves, ils obéissaient aux ordres. Sans penser. Il fallait leur pardonner et prier pour eux. Être des brebis à l'abattoir. Leur vie ne leur appartenant pas mais propriété de Dieu qui les avait créé à son image. Comme ses bourreaux. Terrible mystère. Ils devaient donc faire preuve de patience, remercier leurs bourreaux qui mettraient un terme à une vie de tentations et prier pour eux.
Et le texte manuscrit reprenait.
Le Chanoine fut très satisfait de son travail et s'endormit épuisé mais content dans les draps frais et propre du lit chaud et douillet de la chambre mise à sa disposition au presbytère. Pas la plus belle, réservée à l'évêque - mais était-il convenable qu'il vienne ici dans de telles circonstances? Il fallait qu'il y réfléchisse.- mais plus belle que d'autres.
Et, avant de s'endormir passant en revue différents arguments logiques avec leurs contradictions.
Donc le curé ne pouvait philosophiquement et théologiquement pas avoir mis fin à ses jours.
N'en ayant aucune envie car depuis 1 semaine il préparait son texte. Le lui avait lire afin de s'en assurer de la conformité. Texte dont la lecture publique fut un succès. Quoique sous le coup d'une inspiration sacrée il s'en écarta souvent. Il aurait dû le réprimander pour cette imprudence mais son effet sur la foule des fidèles avait eu le même effet que le fer chaud marquant de façon indélébile le bétail du sceau de son maître. Et il avait eu raison: à une telle attaque doctrinale ne pouvant venir que de Satan, il fallait répondre par une contre-attaque d'une puissance supérieure de façon à arnacher les âmes vagabondes.
Rien ne se fait pour rien dans les terres de Dieu. Tout est allégorie. Et ce qu'on prend pour des vies privées ou la sienne propre est sa manière à lui de transmettre des messages depuis qu'il ne s'adresse plus directement aux humains.
Le curé qui meurt. Allégorie. La pendaison. Allégorie. Pendu comme un criminel. Comme Jésus eut le sort de criminels de son époque. Allégorie. Il faut élevé pour qu'on le voit bien de loin. La main du criminel fut savamment guidée. Parce qu'il avait terminé sa mission sur terre. Et son dernier discours qui serait resté dans les esprits à jamais, y sera dorénavant encore plus profondément encré par sa fin terrible. Ceux qui doute de la puissance de l'intervention du Diable ou même de son existence seront confondus. Personne aussi haut qu'il soit parvenu par ce qu'il croit être sa propre force ou sa propre volonté à moins que sa hauteur ne vienne de sa naissance, n'est à l'abris. Tous peuvent être atteint. Tous seront abattus. Certains esprits dits libres profiteront de cette fin pour ironiser disant qu'est-ce que Dieu, si faible, si incapable, de même protéger ses serviteurs. Mais toute âme apprtient à Dieu, son créateur qui en fait comme le potier ce qu'ill veut. Il lui donne la forme nécessaire pour l'usage qu'il lui a réservé. Vase de fleurs ou cendrier. Ceci ne reste que de l'argile. Le plus bas des matérieux. Pour montrer sa puissance, il en fait Adam. Qu'on le brise ne change rien à l'affaire puisqu'on ne s'en prend qu'à une forme provisoire dont on ne fera que libérer la forme réelle afin qu'elle s'épanouisse dans son vrai domaine qui n'est pas ici, provisoire habitation, mais là-bas.
La sorcière est morte. Allégorie. De la faiblesse des femmes, pauvres créatures sans droit qui ne sont rien sans la protection des hommes et des lois. On en a vu encore la preuve il y a peu. Cette leçon servira aux femmes orgueilleuses dont certaines fréquentent régulièrement ces lieux sacrés. L'orgueil peut les anéantir à tout moment, il n'y a que l'humilité et la soumission qui les sauvera. Faibles et infirmes, elles peuvent à peine survivre sans un homme: père, époux, frère, fils.
La crucifixion. Allégorie. Seul le Démon ou un anglais aurait pu imaginer une telle fin. Se servir du supplice du Christ, ce profond symbole, contre l'Église. Clouer cette folle sur la porte de l'Église comme pour en interdire l'entrée. Une sorte d'exorcisme à l'envers. On aura cru se moquer de l'Église et de ses plus grands mystères, on n'aura fait que les rappeler à la mémoire des fidèles. Et cette fin atroce aura permis au pauvre curé d'atteindre le sommum de son éloquence.
Encore une fois, le profanateur aura été guidé comme un enfant.
Tout ceci a été prévu par Dieu depuis le commencement des temps. L'enchaînement des actes et des circonstances menant à ce jour. Ainsi, tout est accompli. Mais aussitôt d'autres de Ses pensées se sont mis à agir dont on va voir prochainement l'aboutissement.
Tout ceci a été bien fait.
Quelle terrible et belle leçon le maître de nos vies nous administre. Louons-le!
Et le chanoine se met à prier avec ferveur.
L'Église venait de perdre un de ses héraut. Tristesse. Mais sa mort n'avait pas été veine car d'elle, comme une graine germant dans la terre naîtrait de jeunes pousses vigoureuses. Quoiqu'il fasse ou laisse faire, Dieu a ses raison.
Croire autrement, c'est décider que le monde est absurde et se résoudre à conclure qu'il n'y a là pas de place pour l'homme.
D'où la seule solution envisageable, une fois que la catastrophe est accomplie: naître dans un monde privé de sens.
Le suicide.
D'un néant qui nous a fait naître, inutile, jusqu'à ce que le néant nous réclame de nouveau. Précipiter sa course. Et sauter dans le précipice.
Il fallait qu'il note ces idées pour son cours. Il devenait vieux et risquait de les oublier. Et, une fois oubliée, ce serait la chance si elles revenaient lorsqu'il en aurait besoin. Et, comme d'habitude, quand on veut noter, il n'y a ni crayon, ni papier ou lumière. Oui, il devrait faire un effort pour se rappeler.
Il repensa au pauvre curé pendu.
Rien ne se fait pour rien dans les terres de Dieu. Tout est allégorie. Et ce qu'on prend pour des vies privées ou la sienne propre est sa manière à lui de transmettre des messages depuis qu'il ne s'adresse plus directement aux humains.
Le curé qui meurt. Allégorie. La pendaison. Allégorie. Pendu comme un criminel. Comme Jésus eut le sort de criminels de son époque. Allégorie. Il faut élevé pour qu'on le voit bien de loin. La main du criminel fut savamment guidée. Parce qu'il avait terminé sa mission sur terre. Et son dernier discours qui serait resté dans les esprits à jamais, y sera dorénavant encore plus profondément encré par sa fin terrible. Ceux qui doute de la puissance de l'intervention du Diable ou même de son existence seront confondus. Personne aussi haut qu'il soit parvenu par ce qu'il croit être sa propre force ou sa propre volonté à moins que sa hauteur ne vienne de sa naissance, n'est à l'abris. Tous peuvent être atteint. Tous seront abattus. Certains esprits dits libres profiteront de cette fin pour ironiser disant qu'est-ce que Dieu, si faible, si incapable, de même protéger ses serviteurs. Mais toute âme apprtient à Dieu, son créateur qui en fait comme le potier ce qu'ill veut. Il lui donne la forme nécessaire pour l'usage qu'il lui a réservé. Vase de fleurs ou cendrier. Ceci ne reste que de l'argile. Le plus bas des matérieux. Pour montrer sa puissance, il en fait Adam. Qu'on le brise ne change rien à l'affaire puisqu'on ne s'en prend qu'à une forme provisoire dont on ne fera que libérer la forme réelle afin qu'elle s'épanouisse dans son vrai domaine qui n'est pas ici, provisoire habitation, mais là-bas.
La sorcière est morte. Allégorie. De la faiblesse des femmes, pauvres créatures sans droit qui ne sont rien sans la protection des hommes et des lois. On en a vu encore la preuve il y a peu. Cette leçon servira aux femmes orgueilleuses dont certaines fréquentent régulièrement ces lieux sacrés. L'orgueil peut les anéantir à tout moment, il n'y a que l'humilité et la soumission qui les sauvera. Faibles et infirmes, elles peuvent à peine survivre sans un homme: père, époux, frère, fils.
La crucifixion. Allégorie. Seul le Démon ou un anglais aurait pu imaginer une telle fin. Se servir du supplice du Christ, ce profond symbole, contre l'Église. Clouer cette folle sur la porte de l'Église comme pour en interdire l'entrée. Une sorte d'exorcisme à l'envers. On aura cru se moquer de l'Église et de ses plus grands mystères, on n'aura fait que les rappeler à la mémoire des fidèles. Et cette fin atroce aura permis au pauvre curé d'atteindre le sommum de son éloquence.
Encore une fois, le profanateur aura été guidé comme un enfant.
Tout ceci a été prévu par Dieu depuis le commencement des temps. L'enchaînement des actes et des circonstances menant à ce jour. Ainsi, tout est accompli. Mais aussitôt d'autres de Ses pensées se sont mis à agir dont on va voir prochainement l'aboutissement.
Tout ceci a été bien fait.
Quelle terrible et belle leçon le maître de nos vies nous administre. Louons-le!
Et le chanoine se met à prier avec ferveur.
L'Église venait de perdre un de ses héraut. Tristesse. Mais sa mort n'avait pas été veine car d'elle, comme une graine germant dans la terre naîtrait de jeunes pousses vigoureuses. Quoiqu'il fasse ou laisse faire, Dieu a ses raison.
Croire autrement, c'est décider que le monde est absurde et se résoudre à conclure qu'il n'y a là pas de place pour l'homme.
D'où la seule solution envisageable, une fois que la catastrophe est accomplie: naître dans un monde privé de sens.
Le suicide.
D'un néant qui nous a fait naître, inutile, jusqu'à ce que le néant nous réclame de nouveau. Précipiter sa course. Et sauter dans le précipice.
Il fallait qu'il note ces idées pour son cours. Il devenait vieux et risquait de les oublier. Et, une fois oubliée, ce serait la chance si elles revenaient lorsqu'il en aurait besoin. Et, comme d'habitude, quand on veut noter, il n'y a ni crayon, ni papier ou lumière. Oui, il devrait faire un effort pour se rappeler.
Il repensa au pauvre curé pendu.
Et c'était impossible physiquement car aucun accessoire ne lui permettait d'escalader l'espace jusqu'à la Sainte Lampe.
Impossible.
Le suicide est un acte sacrilège et blasphématoire.
Mais le meurtre d'un prêtre était-il envisageable?
Et celui de cette femme, cause de tous ces soucis.
Cette misérable femme clouée sur la porte.
Quelque chose de démoniaque s'était passé.
*
26 avril 2012. État 1
25.4.12
38. LA FEMME CRUCIFÉE SUR LA PORTE DE L'ÉGLISE
Henry Dickson
avait trouvé dans les tiroirs une des rares publications non officielles au sujet du village. Il cherchait autre chose et comme il arrive quelque fois avait trouvé. Autre chose, bien sûr. Pas des informations sur sa nouvelle maison comme il espérait, mais pas tant que ça. N'avait rien trouvé à ce sujet dans les différents recoins de la maison. Ce dont il se doutait. La maison étant son propre mystère et sa propre explication. Elle ne se révélerait pas aussi facilement. Qu'elle lui permette d'y vivre, qu'elle tolère sa présence, qu'elle supporte qu'on la scrute de partout. Ceci devrait lui suffire. Peut-être?
Mais dans ce vieux petit livre on pouvait peut-être, encore, en parler brièvement. Peut-être.
L'auteur, un érudit local, l'avait fait imprimer pour son compte et celui de ses amis historiens. Il avait consacré de nombreuses années de sa vie à réunir des souvenirs et des menteries auprès des vieux (difficiles, parfois, de faire la différence) (et eux-mêmes, parfois, semblaient y avoir de la difficulté) (tandis que lui, et tolérant et scientifique, il ne jugeait pas, son rôle ou le rôle qu'il s'était assigné était de porter la mémoire plus loin, la mémoire étant fragile et incertaines, contenue brièvement dans quelques livres de viande ou de gelée, d'où ce petit livre). On ne savait qui il était. Si on voulait savoir davantage de lui que sa signature sur ce livre. Et il n'avait pas tenu à en dire trop. Ne jugeant peut-être pas son rôle si important, au point qu'il l'aurait obligé à tourner la lumière vers lui. Et les témoins qu'il avait interrogé, il n'en disait pas plus. Seul ce qu'ils racontaient lui importait. Mais pas au point de vouloir à tout prix différencier le vrai de la fable, ce qui l'aurait obligé à faire oeuvre de scientifique sans en avoir les moyens. Il laissait ce travail à d'autres peut-être mieux équipés pour ce faire. Il se contenterait de leur fournir le matériel à étudier ce qu'aucun autre ne pourrait faire à sa place. Non que personne n'aurait ses compétences mais, simplement, ceci n'intéressait personne. Ou bien, certaines choses faisaient parti de ce dont on ne parlait pas. D'où le vague et les imprécisions protectrices si jamais ces mêmes esprits revêches mettaient le nez dans son oeuvre. Que pourrait-on lui reprocher? Il racontait les contes des vieux qui parlaient de loups-garous. Qui est contre les loups-garous?
Il y parlait donc d'un lointain passé sous une forme légendaire sans mentionner de date. Ou il faisait semblant de parler avec l'indifférence qui convient d'un passé peut-être pas si lointain. Ce qui fait que les événements décrits ou alignés auraient pu se passer dans un lointain passé ou un passé pas si lointain. On avait le choix.
Le maire et le groupe d'accueil touristique parlaient bien d'un album, d'un livre, d'un magazine, d'une brochure ou d'un dépliant destiné aux touristes et vantant les mérites du village. Mais comme personne ne s'entendait sur ce que le texte dirait et sur ce qu'il ne devait surtout pas dire, on ne faisait qu'accumuler des brouillons à classer. Ou à déchiqueter. Lorsqu'on avait les subventions pour ce faire.
Ou rien du tout, la plupart du temps.
Il va de soi que dans le dépliant touristique, on ne parlerait pas du fait ou des dires de certains anciens relevés par le vieil érudit (qu'il lisait dans son livre) que l'église avait été construite par le Diable.
Ou qu'une femme nue avait été trouvée crucifiée sur les portes de l'église.
Par les dignes paroissiens arrivant ce dimanche sur les marches du parvis.
C'était jadis, il y a longtemps.
À cette époque, ce genre de choses arrivaient souvent.
Et il y avait les dragons.
Mais lui ne mentionnait pas l'existence de dragons ou de monstre marins dans le fleuve ce qui signifiait probablement qu'il n'y en avait pas ou que n'en ayant jamais rencontré et que jugeant leur existence improbable il avait préférer utiliser son encre, celle de l'imprimeur et ses pages à parler de mystères probables.
Comme il rédigeait ses textes sous forme de contes, on ne pouvait trop savoir s'il affabulait, mélangeait l'imaginaire et la réalité. Ou s'il le savait lui-même.
Car des églises construites par le Diable, dans la province, il y en avait pas mal. Ou constuite par un gros cheval noir seul capable de tirer les pierres si pesantes. Cheval qu'il ne fallait jamais dételer, ni nourrir ni donner à boire malgré ses souffrances apparentes. Ce qu'on ferait inévitablement d'où bien des avanies.
Mais des femmes crucifiées, il n'y en aurait eu qu'ici. Et selon l'auteur, il y a très très longtemps.
Cette affaire choqua l'abbé, en visite, le curé et son vicaire. Et toutes les dames patronesses. Sans compter les marguillés. Et le bedeau.
On décrocha cette pauvre femme aussi vite qu'on pu. Elle était déjà morte lorsqu'on l'amena voir le médecin qui décida qu'en effet, elle était déjà morte.
Le curé aurait pu ressentir de la compassion pour cette pauvre femme victime d'un sort si cruel. Mais il recevait en ce moment de la belle visite. Un chanoine arriverait sous peu. Et, l'évêque qui faisait sa tournée paroissiale pour la cérémonie de la confirmation des enfants seraient bientôt là. On avait rafraîchi les plus belles chambres du presbytères. Celles qu'on ne réservait qu'aux évêques. Comme celles réservées aux dignitaires religieux moins important.
Que dirait l'évêque? Et l'archevêque, si jamais il venaìt à l'apprendre? Et il l'apprendrait, car tout se savait dans la grande famille de l'Église.
On le tiendrait responsable de ce scandale. Non qu'il en soit la cause, certes pas de la cause directe mais de la cause indirecte, coupable par association d'être un élément de la longue chaine des causes ayant mené à cette infamie, ce blasphème où à la fois tous les sacrement et les mystères de l'Église étaient foulés au pied et profanés.
Oui, par son manque de vigilence et sa mollesse dans la gouvernance des âmes, il avait permis qu'un tel acte insensé se produise.
Les conséquences seraient terribles pour lui et sa paroisse. Sa paroisse serait privée de lui. En quelque sorte, orpheline.
Oui, on risquait de le dépouiller de sa paroisse, qu'il embellissait depuis des décennies. Et, comme le fermier et le défricheur, semait des âmes, des champs d'âmes que le Seigneur récolterait. Et, du haut de sa chaire, lors des messes, il aimait contempler ses champs et ses moissons. Tous ces pieux fidèles assemblés sous lui. Se disant avec un orgueil justifié que tous étaient sa création, sa plantation, ses champs. Que deviendraient-ils sans lui?
Prêtre, il le serait jusqu'à son dernier souffle mais, lui-même devenu objet de scandale, on pouvait décider de le reléguer au rang de vicaire et de l'envoyer dans quelques paroisses ou villages de défricheurs. Ou de pécheurs. Ou de mineurs. Dans une froide et haute montagne où il neige sans cesse. Ou dans une forêt où on ne voit jamais la lumière porter la bonne parole aux indiens sans cesse ivres. Ou, pire, dans un monastère, pour prier et demander pardon de ses errements quelques années ou jusqu'à sa mort. Et chercher tout ce temps, en lui-même les failles ayant mené ses ouailles dans un tel ...
L'un d'eux pouvait-il être responsable de ce forfait?
Ce crime contre la maison de l'Église et contre son capitaine, son guide.
Ce n'était pas le sort de cette misérable qui importait, elle avait sans doute mérité son sort. Aucune femme ne meurt ainsi. Elle devait donc avoir de terribles ennemis et les avoir mérités. L'impertinence des femmes leur apportant sans cesse des ennuis. Mais pas de cette ampleur.
Qui attaquait bien plus que sa périssable carcasse qui s'en irait bientôt pourrir dans la fosse commune. Par son entremise - il y voyait un complot- , on (qui?) se servait de son corps comme arme pour troubler le peuple de sa paroisse.
Il fallait réagir. Et il profita du dimanche suivant pour agir. Et de toute la semaine qui avait passé si vite à écrire son prêche. On avait trouvé la malheureuse, sans doute victime de sa faiblesse bien féminine, le dimanche d'avant et, la surprise lui ayant enlevé tous ses moyens et la voix, il avait dû laisser son vicaire procéder à l'office. Et, ne sachant lui-même qu'en dire, il n'en dit rien. Ce qui porta les gens à murmurer. Et plus le temps passait, plus ils murmuraient davantage. Il fallait faire cesser ces murmures et ces soupçons. Et c'est à coups de plumes et d'encrier qu'il s'y employait sur son écritoire.
Comme un boxeur, il se préparait à affronter son village de pécheurs. Il n'aurait droit qu'à cette chance. Et tous viendrait. Tous l'attendrait. Et il y aurait dans la salle, le chanoine et le coadjuteur. Aucune erreur doctrinaire et stylistique ne serait permise. Chaque mot devait être pesé sur la balance la plus fine. Les citations bibliques indispensables ou nécessaires devraient être vérifiées par lui-même. Dans le texte. Il ne pouvait laisser une si lourde responsabilité à quelqu'un d'autre. Tout ce travail intellectuel et doctrinaire était épuisant. Il avait l'impression d'être un cheval de labour dans un champs neuf.
Enfin, le moment était venu. Il avait lu et relu silencieusement, à voix basse et à voix haute son texte. 50 fois plutôt qu'une.
Et c'est comme s'il tenait une arme chargée qu'il monta les degrés de l'escalier tournant menant à ce qu'il voyait comme la vigie du navire religieux.
Du haut de sa chaire, il regarda les fidèles assemblées. Tout l'église était pleine comme à Noël, chacun attendait de savoir ce qu'il allait dire et comment il interpréterait ce qui venait de se passer. Présage pour un futur terrible. Signe de la fin des temps.
Faudrait-il cesser de travailler pour se mettre à prier et préparer ainsi non seulement sa mort mais la Fin de l'humanité?
Il eut un regard doux et amène pour les paroissiennes les riches. Sérieux lorsqu'il vit le chanoine tout aussi sérieux. Puis son regard devint lourd et terrible.
Du haut de sa chaire, il passa en revue les femmes qui avaient provoqué ce scandale. Certes pas les femmes de qualité qui contribuaient si bellement à la caisse et aux bonnes oeuvres de la paroisse. Et qui savaient si bien suivre ses conseils prodigués au confessionnel. Conseils qu'elles seules pouvaient transmettre à leur époux. Qui, comme les gens de leurs castes, ne se faisaient pas souvent voir à l'office. Eux-seuls pouvant se permettre ce genre de fantaisie dangeureuse pour tout autre.
Mais toutes les autres femmes.
Car toutes, elles étaient coupables. Du fait de la faiblesse de leur sexe. Et de toutes les tentations qu'elles mettaient dans la têtes des faibles hommes incapables de contrôlers leurs impulsions.
Ce qui leur arrivait par la suite était leur faute. Et, la Bible a raison de conseiller la lapidation de la femme pécheresse. Même celles qui prétendraient qu'on auraient abusé de leurs corps et d'elle contre leur volonté.
Prétexe!
Source et cause de la tentation, tout leur arrive. Siège et résidence du démon. À cause d'elle. Sans cette volonté dont elle font tant de cas et qu'elles utilisent si peu souvent dans leur vie. Comme le fumier attire la mouche.
Il les tint donc pour responsables, presque coupables de ce qui venait de se passer. Sans l'existence même des femmes et de leurs corps que tous avaient pu contempler sous la forme accrochée à la porte, la tentation n'oppresserait pas autant et si souvent les pêcheurs.
Leurs corps manquait de retenue, de pudeur. Tout était trop. Trop extrême, trop de tout.
Mêmes les vêtements les plus pudiques ne masquait que l'extrémité de l'excès. Elles étaient là et elles n'auraient pas dû y être. Dans certaines régions du monde, on leur interdit de sortir de la maison. Dans d'autres plus accomodantes, ce ne peut être fait qu'accompagnée. Ce qui est un signe de faiblesse.
Elles devaient donc se repentir d'être ce qu'elles étaient. Et il avait pensé à une procession de nuit, à la lueur des chandelles. Une cérémonie d'expiation.
Elles devraient implorer le pardon du Ciel d'être ce qu'elles étaient. Sans cesse source de tentations. Auxilliaires du Démon. Cause de la perdition de tant d'honnêtes hommes.
Devant sa furie et sous le coup de ses terribles paroles, les paroissiennes pleuraient dans les bras les unes des autres. Oui, elles en étaient convaincues, tout était de leur faute.
Exister, vivre était de trop.
Il fallait ne plus sortir et rester à la maison. Ou se recouvrir d'un drap noir si on était ébligé de le faire. Du fait de ne pas avoir d'enfant, ni frères, ni mari.
Coupable.
Et, ayant fini de toutes ces femmes, il passa ensuite à la prostituée épinglée comme une mouche ou un papillon sur le beau tabernacle spirituel au centre du village. Il fallait faire frémir.
Quelle tentation diabolique avait pris à cette femme de mourir de cette façon? Ici? Satanique imitation de la Passion et du Sauveur. Une femme nue dans son corps misérable et infirme imitait Jésus. Et les portes de l'Église devenait sa croix.
On avait planté et bien planté, le bedeau en était témoin, des clous robustes forgés dans ses poignets et ses pieds.
Satanique comédie infernale.
Elle avait été clouée sur la croix vivante et on l'avait baillonnée pour l'empêcher de crier. Et c'est en étouffant qu'elle était morte. Finalement. Heureusement.
Scandale.
La prostituée sacrée. La Babylone maudite. Sodome et Gomorrhe. La putain.
ll utilisa ce mot plusieurs fois même s'il heurtait les chastes oreilles de ses paroissiennes. Il était pris d'une frénésie qui l'inspirait et il délira une heure sur l'Enfer et les femmes. Les paroissiennes en sortirent épuisées, les jambes molles. Se promettant d'être de meilleures chrétiennes.
Si ton oeil te scandalise, arrache-le!
Si ta main est cause de scandale, couple-la!
Si ton coeur scandalise les esprits simples, efface-le! Recouvre-le d'un linceuil! Réprinande-le avec un silice! Couvre-le de cendre, de tissus raides.
Sans cesse le corps des femmes est source de scandale et de tentation. On ne savait qu'en faire. Leur laisser la moindre inintiative et elles se dévêtissent ou, parfois, pire, le recouvre de tissus transparents qui laissent tout devinver et, pire, sont source d'inspiration et de rêverie envers ce qui n'est même pas là. Leur don d'imitation étant inouïe.
Il parlait sans s'écouter, laissant l'inspiration divine guider sa bouches. Ce qui lui laissait le temps d'examiner l'auditoire ébahie. Il est vrai qu'il n'avait jamais aussi bien parlé ni été aussi inspiré.
Ce talent d'aurateur et de tribun, il se l'ignorait. Il avait fallu ce scandale. Cette colère. Pour qu'il sorte de lui-même. Et, il s'écoutait en spectateur, se trouvant vraiment très bon.
Il y avait un moment qu'il était sorti de ses notes. Son texte avait été répété comme pour un examen. Démonstration orale et écrite.
Ah! S'il avait su aussi bien dessiner qu'écrire, il aurait pu noter le vêtement simple et de bon goût qui lui venait à l'esrpit. Une sorte de chasuble de moine. Grise. Épaisse. Large. Sans forme. Précisément. Qui les recouvrirait de la tête au pied. Et avait-on besoin de voir leur visage. Ce visage qui est à lui seul source des premières tentations. Il leur suffisait de voir. Un espace minimal suffirait. Et un homme pour le guider, comme on guide les bêtes.
Il s'entendit dire:
Chienne! Cette chienne crucifiée! Qui défie même dans sa mort l'autorité de l'église. Ce petit corps ridicules affiché comme la dépouille d'un corbeau ne vaincra ni ne renversera les murailles de l'Église.
Il désigna du bras les portes où il y avait si peu de temps était accroché la pécheresse rouges couverte de sang impur. Et tous tournèrent la tête pour suivre son mouvement.
C'était comme si la jeune femme était encore là. Crucifiée encore une fois. Offerte à tous.
Et d'un autre geste, il ramena l'audience en lui. Ce matin-là, il avait un pouvoir total sur son assistance. Et il en jouait comme d'un instrument de musique. Il pouvait sentir ses rires. Le mot d'esprit qu'il leur lançait. Le rire qui prenait à l'assistance. Comme une contagion. S'emplifiant. S'élevant, s'élargissant et prenant les dimension du temple sacré. Augmentant d'intensité et lui revenant comme une brise chaude et bienfaisante. Accompagné d'une énergie nouvelle augmentée de toute celle de la foule. Il était un aigle. Dépoyait enfin se ailes. Et lançait des proclamations. Qui résonnait dans la foule semblant réunie en 2 seuls yeux écarquillés. Foule dont la peau résonnait comme un tambour.
Il en était sûr, de ce matin, naîtrait des vocations. Et on pourrait enfin évangéliser la province ce qu'on avait négligé de faire faute d'apôtres. Et empêtré par l'administration.
Oui, il y aurait des témoins de la Foi et, peut-être, oui, certainement, des martyres.
Oui, oui, demain, commencerait la Grande Croisade de l'Évangélisation des anglais. Ces immondes pourceaux de protestants.
Ses dons se multipliaient. Il parlait. Disait telle chose, trouvait des références et des proverbes appris depuis longtemps et depuis aussi longtemps enfouies dans son esprit. C'est comme si son esprit lors de ses 50 ans d'apprentissage avait tout retenu, rien oublié. Et que tout lui devenait enfin accessible. Et, pendant qu'il parlait, il pouvait s'écouter parler, ravis de ses dons. Et il pouvait aussi penser, comme lorsqu'on laisse un vieux cheval vous ramener à la maison et qu'on peut se laisser aller à rêvasser ou méditer. Il fallait aller plus loin. Frapper les esprits. Définitivement. Comme un ennemi qu'on abat.
Il fut inspiré.
Il cessa de parler. Laissa le silence emplir l'église et vibrer. Tout l'assistance était tenndue vers lui, comme une corde de violon attendant l'archet. Soumis à lui.
Il laissa le silence agir sur les esprits. Ce matin-là, il savait sans avoir appris, ce que les mots, les sons et ls silences pouvaient faire. Quelle durée serait nécessaire.
Il sortit son mouchoir, le regarda longuement. Sentant jusque dans ses os l'interrogation de la foule. Comme tout un chacun, il se moucha longuement, ce qu'on ne voit pas à la messe. S'essuya son nez morveux. Regarda longuement et pensivement le mouchoir et son contenu comme s'il s'y trouvait toutes les leçons de l'antiquité. Il le tendit à l'assistance. Le montra à tous. Élevant les bras. Et les abaisssant. Comme un levier. Levant son mouchoir sale et étant emporté vers le bas par ses immondices. Comme si le mouchoir repoussant était trop lourd pour qu'il puisse le supporter:
Guenille!
Il éleva son mouchoir vers la voute de l'église.
Putain!
Et de tout son long s'abattait sur la rambarde de bois sec qui vibrait et souffrait.
Prostituée!
Il élevait de nouveau son mouchoir comme un drapeau.
Guenille.
Et dans un cri de douleur déchirant comme s'il venait d'être frappé par un éclair tombait le dos courbé. La tête dans les mains. De désespoir. Son mouchoir pendant toujours bien à la vue. Attitude spontanée mais savamment étudiée à la fois.
Sale putain!
Babylone maudite.
Reine écarlate.
Sodomite.
Immondice.
Et, épuisé, il s'abattit comme mort une dernière fois sur le bord de la chaire la faisant vibrer infiniment de son poids.
Il termina son invocation par une parole inspirée:
Merci de ne pas m'avoir fait femme!
*
avait trouvé dans les tiroirs une des rares publications non officielles au sujet du village. Il cherchait autre chose et comme il arrive quelque fois avait trouvé. Autre chose, bien sûr. Pas des informations sur sa nouvelle maison comme il espérait, mais pas tant que ça. N'avait rien trouvé à ce sujet dans les différents recoins de la maison. Ce dont il se doutait. La maison étant son propre mystère et sa propre explication. Elle ne se révélerait pas aussi facilement. Qu'elle lui permette d'y vivre, qu'elle tolère sa présence, qu'elle supporte qu'on la scrute de partout. Ceci devrait lui suffire. Peut-être?
Mais dans ce vieux petit livre on pouvait peut-être, encore, en parler brièvement. Peut-être.
L'auteur, un érudit local, l'avait fait imprimer pour son compte et celui de ses amis historiens. Il avait consacré de nombreuses années de sa vie à réunir des souvenirs et des menteries auprès des vieux (difficiles, parfois, de faire la différence) (et eux-mêmes, parfois, semblaient y avoir de la difficulté) (tandis que lui, et tolérant et scientifique, il ne jugeait pas, son rôle ou le rôle qu'il s'était assigné était de porter la mémoire plus loin, la mémoire étant fragile et incertaines, contenue brièvement dans quelques livres de viande ou de gelée, d'où ce petit livre). On ne savait qui il était. Si on voulait savoir davantage de lui que sa signature sur ce livre. Et il n'avait pas tenu à en dire trop. Ne jugeant peut-être pas son rôle si important, au point qu'il l'aurait obligé à tourner la lumière vers lui. Et les témoins qu'il avait interrogé, il n'en disait pas plus. Seul ce qu'ils racontaient lui importait. Mais pas au point de vouloir à tout prix différencier le vrai de la fable, ce qui l'aurait obligé à faire oeuvre de scientifique sans en avoir les moyens. Il laissait ce travail à d'autres peut-être mieux équipés pour ce faire. Il se contenterait de leur fournir le matériel à étudier ce qu'aucun autre ne pourrait faire à sa place. Non que personne n'aurait ses compétences mais, simplement, ceci n'intéressait personne. Ou bien, certaines choses faisaient parti de ce dont on ne parlait pas. D'où le vague et les imprécisions protectrices si jamais ces mêmes esprits revêches mettaient le nez dans son oeuvre. Que pourrait-on lui reprocher? Il racontait les contes des vieux qui parlaient de loups-garous. Qui est contre les loups-garous?
Il y parlait donc d'un lointain passé sous une forme légendaire sans mentionner de date. Ou il faisait semblant de parler avec l'indifférence qui convient d'un passé peut-être pas si lointain. Ce qui fait que les événements décrits ou alignés auraient pu se passer dans un lointain passé ou un passé pas si lointain. On avait le choix.
Le maire et le groupe d'accueil touristique parlaient bien d'un album, d'un livre, d'un magazine, d'une brochure ou d'un dépliant destiné aux touristes et vantant les mérites du village. Mais comme personne ne s'entendait sur ce que le texte dirait et sur ce qu'il ne devait surtout pas dire, on ne faisait qu'accumuler des brouillons à classer. Ou à déchiqueter. Lorsqu'on avait les subventions pour ce faire.
Ou rien du tout, la plupart du temps.
Il va de soi que dans le dépliant touristique, on ne parlerait pas du fait ou des dires de certains anciens relevés par le vieil érudit (qu'il lisait dans son livre) que l'église avait été construite par le Diable.
Ou qu'une femme nue avait été trouvée crucifiée sur les portes de l'église.
Par les dignes paroissiens arrivant ce dimanche sur les marches du parvis.
C'était jadis, il y a longtemps.
À cette époque, ce genre de choses arrivaient souvent.
Et il y avait les dragons.
Mais lui ne mentionnait pas l'existence de dragons ou de monstre marins dans le fleuve ce qui signifiait probablement qu'il n'y en avait pas ou que n'en ayant jamais rencontré et que jugeant leur existence improbable il avait préférer utiliser son encre, celle de l'imprimeur et ses pages à parler de mystères probables.
Comme il rédigeait ses textes sous forme de contes, on ne pouvait trop savoir s'il affabulait, mélangeait l'imaginaire et la réalité. Ou s'il le savait lui-même.
Car des églises construites par le Diable, dans la province, il y en avait pas mal. Ou constuite par un gros cheval noir seul capable de tirer les pierres si pesantes. Cheval qu'il ne fallait jamais dételer, ni nourrir ni donner à boire malgré ses souffrances apparentes. Ce qu'on ferait inévitablement d'où bien des avanies.
Mais des femmes crucifiées, il n'y en aurait eu qu'ici. Et selon l'auteur, il y a très très longtemps.
Cette affaire choqua l'abbé, en visite, le curé et son vicaire. Et toutes les dames patronesses. Sans compter les marguillés. Et le bedeau.
On décrocha cette pauvre femme aussi vite qu'on pu. Elle était déjà morte lorsqu'on l'amena voir le médecin qui décida qu'en effet, elle était déjà morte.
Le curé aurait pu ressentir de la compassion pour cette pauvre femme victime d'un sort si cruel. Mais il recevait en ce moment de la belle visite. Un chanoine arriverait sous peu. Et, l'évêque qui faisait sa tournée paroissiale pour la cérémonie de la confirmation des enfants seraient bientôt là. On avait rafraîchi les plus belles chambres du presbytères. Celles qu'on ne réservait qu'aux évêques. Comme celles réservées aux dignitaires religieux moins important.
Que dirait l'évêque? Et l'archevêque, si jamais il venaìt à l'apprendre? Et il l'apprendrait, car tout se savait dans la grande famille de l'Église.
On le tiendrait responsable de ce scandale. Non qu'il en soit la cause, certes pas de la cause directe mais de la cause indirecte, coupable par association d'être un élément de la longue chaine des causes ayant mené à cette infamie, ce blasphème où à la fois tous les sacrement et les mystères de l'Église étaient foulés au pied et profanés.
Oui, par son manque de vigilence et sa mollesse dans la gouvernance des âmes, il avait permis qu'un tel acte insensé se produise.
Les conséquences seraient terribles pour lui et sa paroisse. Sa paroisse serait privée de lui. En quelque sorte, orpheline.
Oui, on risquait de le dépouiller de sa paroisse, qu'il embellissait depuis des décennies. Et, comme le fermier et le défricheur, semait des âmes, des champs d'âmes que le Seigneur récolterait. Et, du haut de sa chaire, lors des messes, il aimait contempler ses champs et ses moissons. Tous ces pieux fidèles assemblés sous lui. Se disant avec un orgueil justifié que tous étaient sa création, sa plantation, ses champs. Que deviendraient-ils sans lui?
Prêtre, il le serait jusqu'à son dernier souffle mais, lui-même devenu objet de scandale, on pouvait décider de le reléguer au rang de vicaire et de l'envoyer dans quelques paroisses ou villages de défricheurs. Ou de pécheurs. Ou de mineurs. Dans une froide et haute montagne où il neige sans cesse. Ou dans une forêt où on ne voit jamais la lumière porter la bonne parole aux indiens sans cesse ivres. Ou, pire, dans un monastère, pour prier et demander pardon de ses errements quelques années ou jusqu'à sa mort. Et chercher tout ce temps, en lui-même les failles ayant mené ses ouailles dans un tel ...
L'un d'eux pouvait-il être responsable de ce forfait?
Ce crime contre la maison de l'Église et contre son capitaine, son guide.
Ce n'était pas le sort de cette misérable qui importait, elle avait sans doute mérité son sort. Aucune femme ne meurt ainsi. Elle devait donc avoir de terribles ennemis et les avoir mérités. L'impertinence des femmes leur apportant sans cesse des ennuis. Mais pas de cette ampleur.
Qui attaquait bien plus que sa périssable carcasse qui s'en irait bientôt pourrir dans la fosse commune. Par son entremise - il y voyait un complot- , on (qui?) se servait de son corps comme arme pour troubler le peuple de sa paroisse.
Il fallait réagir. Et il profita du dimanche suivant pour agir. Et de toute la semaine qui avait passé si vite à écrire son prêche. On avait trouvé la malheureuse, sans doute victime de sa faiblesse bien féminine, le dimanche d'avant et, la surprise lui ayant enlevé tous ses moyens et la voix, il avait dû laisser son vicaire procéder à l'office. Et, ne sachant lui-même qu'en dire, il n'en dit rien. Ce qui porta les gens à murmurer. Et plus le temps passait, plus ils murmuraient davantage. Il fallait faire cesser ces murmures et ces soupçons. Et c'est à coups de plumes et d'encrier qu'il s'y employait sur son écritoire.
Comme un boxeur, il se préparait à affronter son village de pécheurs. Il n'aurait droit qu'à cette chance. Et tous viendrait. Tous l'attendrait. Et il y aurait dans la salle, le chanoine et le coadjuteur. Aucune erreur doctrinaire et stylistique ne serait permise. Chaque mot devait être pesé sur la balance la plus fine. Les citations bibliques indispensables ou nécessaires devraient être vérifiées par lui-même. Dans le texte. Il ne pouvait laisser une si lourde responsabilité à quelqu'un d'autre. Tout ce travail intellectuel et doctrinaire était épuisant. Il avait l'impression d'être un cheval de labour dans un champs neuf.
Enfin, le moment était venu. Il avait lu et relu silencieusement, à voix basse et à voix haute son texte. 50 fois plutôt qu'une.
Et c'est comme s'il tenait une arme chargée qu'il monta les degrés de l'escalier tournant menant à ce qu'il voyait comme la vigie du navire religieux.
Du haut de sa chaire, il regarda les fidèles assemblées. Tout l'église était pleine comme à Noël, chacun attendait de savoir ce qu'il allait dire et comment il interpréterait ce qui venait de se passer. Présage pour un futur terrible. Signe de la fin des temps.
Faudrait-il cesser de travailler pour se mettre à prier et préparer ainsi non seulement sa mort mais la Fin de l'humanité?
Il eut un regard doux et amène pour les paroissiennes les riches. Sérieux lorsqu'il vit le chanoine tout aussi sérieux. Puis son regard devint lourd et terrible.
Du haut de sa chaire, il passa en revue les femmes qui avaient provoqué ce scandale. Certes pas les femmes de qualité qui contribuaient si bellement à la caisse et aux bonnes oeuvres de la paroisse. Et qui savaient si bien suivre ses conseils prodigués au confessionnel. Conseils qu'elles seules pouvaient transmettre à leur époux. Qui, comme les gens de leurs castes, ne se faisaient pas souvent voir à l'office. Eux-seuls pouvant se permettre ce genre de fantaisie dangeureuse pour tout autre.
Mais toutes les autres femmes.
Car toutes, elles étaient coupables. Du fait de la faiblesse de leur sexe. Et de toutes les tentations qu'elles mettaient dans la têtes des faibles hommes incapables de contrôlers leurs impulsions.
Ce qui leur arrivait par la suite était leur faute. Et, la Bible a raison de conseiller la lapidation de la femme pécheresse. Même celles qui prétendraient qu'on auraient abusé de leurs corps et d'elle contre leur volonté.
Prétexe!
Source et cause de la tentation, tout leur arrive. Siège et résidence du démon. À cause d'elle. Sans cette volonté dont elle font tant de cas et qu'elles utilisent si peu souvent dans leur vie. Comme le fumier attire la mouche.
Il les tint donc pour responsables, presque coupables de ce qui venait de se passer. Sans l'existence même des femmes et de leurs corps que tous avaient pu contempler sous la forme accrochée à la porte, la tentation n'oppresserait pas autant et si souvent les pêcheurs.
Leurs corps manquait de retenue, de pudeur. Tout était trop. Trop extrême, trop de tout.
Mêmes les vêtements les plus pudiques ne masquait que l'extrémité de l'excès. Elles étaient là et elles n'auraient pas dû y être. Dans certaines régions du monde, on leur interdit de sortir de la maison. Dans d'autres plus accomodantes, ce ne peut être fait qu'accompagnée. Ce qui est un signe de faiblesse.
Elles devaient donc se repentir d'être ce qu'elles étaient. Et il avait pensé à une procession de nuit, à la lueur des chandelles. Une cérémonie d'expiation.
Elles devraient implorer le pardon du Ciel d'être ce qu'elles étaient. Sans cesse source de tentations. Auxilliaires du Démon. Cause de la perdition de tant d'honnêtes hommes.
Devant sa furie et sous le coup de ses terribles paroles, les paroissiennes pleuraient dans les bras les unes des autres. Oui, elles en étaient convaincues, tout était de leur faute.
Exister, vivre était de trop.
Il fallait ne plus sortir et rester à la maison. Ou se recouvrir d'un drap noir si on était ébligé de le faire. Du fait de ne pas avoir d'enfant, ni frères, ni mari.
Coupable.
Et, ayant fini de toutes ces femmes, il passa ensuite à la prostituée épinglée comme une mouche ou un papillon sur le beau tabernacle spirituel au centre du village. Il fallait faire frémir.
Quelle tentation diabolique avait pris à cette femme de mourir de cette façon? Ici? Satanique imitation de la Passion et du Sauveur. Une femme nue dans son corps misérable et infirme imitait Jésus. Et les portes de l'Église devenait sa croix.
On avait planté et bien planté, le bedeau en était témoin, des clous robustes forgés dans ses poignets et ses pieds.
Satanique comédie infernale.
Elle avait été clouée sur la croix vivante et on l'avait baillonnée pour l'empêcher de crier. Et c'est en étouffant qu'elle était morte. Finalement. Heureusement.
Scandale.
La prostituée sacrée. La Babylone maudite. Sodome et Gomorrhe. La putain.
ll utilisa ce mot plusieurs fois même s'il heurtait les chastes oreilles de ses paroissiennes. Il était pris d'une frénésie qui l'inspirait et il délira une heure sur l'Enfer et les femmes. Les paroissiennes en sortirent épuisées, les jambes molles. Se promettant d'être de meilleures chrétiennes.
Si ton oeil te scandalise, arrache-le!
Si ta main est cause de scandale, couple-la!
Si ton coeur scandalise les esprits simples, efface-le! Recouvre-le d'un linceuil! Réprinande-le avec un silice! Couvre-le de cendre, de tissus raides.
Sans cesse le corps des femmes est source de scandale et de tentation. On ne savait qu'en faire. Leur laisser la moindre inintiative et elles se dévêtissent ou, parfois, pire, le recouvre de tissus transparents qui laissent tout devinver et, pire, sont source d'inspiration et de rêverie envers ce qui n'est même pas là. Leur don d'imitation étant inouïe.
Il parlait sans s'écouter, laissant l'inspiration divine guider sa bouches. Ce qui lui laissait le temps d'examiner l'auditoire ébahie. Il est vrai qu'il n'avait jamais aussi bien parlé ni été aussi inspiré.
Ce talent d'aurateur et de tribun, il se l'ignorait. Il avait fallu ce scandale. Cette colère. Pour qu'il sorte de lui-même. Et, il s'écoutait en spectateur, se trouvant vraiment très bon.
Il y avait un moment qu'il était sorti de ses notes. Son texte avait été répété comme pour un examen. Démonstration orale et écrite.
Ah! S'il avait su aussi bien dessiner qu'écrire, il aurait pu noter le vêtement simple et de bon goût qui lui venait à l'esrpit. Une sorte de chasuble de moine. Grise. Épaisse. Large. Sans forme. Précisément. Qui les recouvrirait de la tête au pied. Et avait-on besoin de voir leur visage. Ce visage qui est à lui seul source des premières tentations. Il leur suffisait de voir. Un espace minimal suffirait. Et un homme pour le guider, comme on guide les bêtes.
Il s'entendit dire:
Chienne! Cette chienne crucifiée! Qui défie même dans sa mort l'autorité de l'église. Ce petit corps ridicules affiché comme la dépouille d'un corbeau ne vaincra ni ne renversera les murailles de l'Église.
Il désigna du bras les portes où il y avait si peu de temps était accroché la pécheresse rouges couverte de sang impur. Et tous tournèrent la tête pour suivre son mouvement.
C'était comme si la jeune femme était encore là. Crucifiée encore une fois. Offerte à tous.
Et d'un autre geste, il ramena l'audience en lui. Ce matin-là, il avait un pouvoir total sur son assistance. Et il en jouait comme d'un instrument de musique. Il pouvait sentir ses rires. Le mot d'esprit qu'il leur lançait. Le rire qui prenait à l'assistance. Comme une contagion. S'emplifiant. S'élevant, s'élargissant et prenant les dimension du temple sacré. Augmentant d'intensité et lui revenant comme une brise chaude et bienfaisante. Accompagné d'une énergie nouvelle augmentée de toute celle de la foule. Il était un aigle. Dépoyait enfin se ailes. Et lançait des proclamations. Qui résonnait dans la foule semblant réunie en 2 seuls yeux écarquillés. Foule dont la peau résonnait comme un tambour.
Il en était sûr, de ce matin, naîtrait des vocations. Et on pourrait enfin évangéliser la province ce qu'on avait négligé de faire faute d'apôtres. Et empêtré par l'administration.
Oui, il y aurait des témoins de la Foi et, peut-être, oui, certainement, des martyres.
Oui, oui, demain, commencerait la Grande Croisade de l'Évangélisation des anglais. Ces immondes pourceaux de protestants.
Ses dons se multipliaient. Il parlait. Disait telle chose, trouvait des références et des proverbes appris depuis longtemps et depuis aussi longtemps enfouies dans son esprit. C'est comme si son esprit lors de ses 50 ans d'apprentissage avait tout retenu, rien oublié. Et que tout lui devenait enfin accessible. Et, pendant qu'il parlait, il pouvait s'écouter parler, ravis de ses dons. Et il pouvait aussi penser, comme lorsqu'on laisse un vieux cheval vous ramener à la maison et qu'on peut se laisser aller à rêvasser ou méditer. Il fallait aller plus loin. Frapper les esprits. Définitivement. Comme un ennemi qu'on abat.
Il fut inspiré.
Il cessa de parler. Laissa le silence emplir l'église et vibrer. Tout l'assistance était tenndue vers lui, comme une corde de violon attendant l'archet. Soumis à lui.
Il laissa le silence agir sur les esprits. Ce matin-là, il savait sans avoir appris, ce que les mots, les sons et ls silences pouvaient faire. Quelle durée serait nécessaire.
Il sortit son mouchoir, le regarda longuement. Sentant jusque dans ses os l'interrogation de la foule. Comme tout un chacun, il se moucha longuement, ce qu'on ne voit pas à la messe. S'essuya son nez morveux. Regarda longuement et pensivement le mouchoir et son contenu comme s'il s'y trouvait toutes les leçons de l'antiquité. Il le tendit à l'assistance. Le montra à tous. Élevant les bras. Et les abaisssant. Comme un levier. Levant son mouchoir sale et étant emporté vers le bas par ses immondices. Comme si le mouchoir repoussant était trop lourd pour qu'il puisse le supporter:
Guenille!
Il éleva son mouchoir vers la voute de l'église.
Putain!
Et de tout son long s'abattait sur la rambarde de bois sec qui vibrait et souffrait.
Prostituée!
Il élevait de nouveau son mouchoir comme un drapeau.
Guenille.
Et dans un cri de douleur déchirant comme s'il venait d'être frappé par un éclair tombait le dos courbé. La tête dans les mains. De désespoir. Son mouchoir pendant toujours bien à la vue. Attitude spontanée mais savamment étudiée à la fois.
Sale putain!
Babylone maudite.
Reine écarlate.
Sodomite.
Immondice.
Et, épuisé, il s'abattit comme mort une dernière fois sur le bord de la chaire la faisant vibrer infiniment de son poids.
Il termina son invocation par une parole inspirée:
Merci de ne pas m'avoir fait femme!
*
25.26 avril 2012. État 2
37. UN SQUELETTE AU FOND DE LA CHEMINÉE
Henry Dickson
Tout au fond du puits de la cheminée, un squelette incrusté dans les parois du gouffre, couvert de merde durcie. On aurait pu le prendre pour un récif avec des coraux et des algues.
C'était son père, briqueteur de son état, qui s'occupait de la maison. Et pas plus lui que son fils, ne s'étaient occupés de cette cheminée. Ce qui voulait dire qu'elle était inactive depuis au moins 50 ans. Peut-être menait-elle à l'atelier du forgeron maréchal-ferrant dans la cave, lorsque la cheminée fonctionnait et elle ne fonctionnait plus depuis. Lorsqu'à sa mort on l'avait muré. Personne ne voulant reprendre le poste. Voulant ainsi effacer les dernières traces de son existence. Avant, il avait lui-même effacé les siennes en faisant démanteler son atelier-étable. Et si c'était le cas, c'était son grand-père, maçon qui l'avait muré.
Ce qui voulait dire que le mort y était depuis au moins 50 ans. Peut-être plus
Et depuis 50 ans, la merde de pigeons et de chauve-souris lui tombait sur la tête.
Belle sépulture. ll y aurait un poème à faire à ce sujet. Ou une méditation, si on n'était pas sur le toit.
Quoi faire?
Quoi faire?
Le briqueteur lui raconta qu'il avait vu bien pire (sans préciser où) et qu'il valait mieux ne pas trop s'inquiéter du sujet. Est-ce que le bonhomme en bas avait l'air de s'inquiétér? Est-ce qu'il demandait quelque chose? Si on faisait semblant de ne pas l'avoir vu, comme lorsqu'on rencontre un parent pauvre qui nous mêt dans la gêne malgré lui, est-ce que ça changera la plus petite chose dans sa condition et la nôtre.
Si les 2 avaient été sensibles à ce genre de situation, au moins l'un aurait pu dire que le mort réclamait une sépulture plus digne de son état qu'un fond de cheminée. Et était-ce une manière de traiter les décédés? Mais aucun d'eux n'eut ce genre de réflexion qui aurait donc réclamer une troisième personne sur le toit qui ne se trouvait pas là actuellement.
De toute façon, tout le monde meurt et, rares, sont ceux qui choisissent la façon et la manière. Et quelques-uns seraient vraiment très déçus de savoir à l'avance ce qui se passera. Pourtant, il leur suffirait de regarder autour d'eux pour en avoir une petite idée.
La maladie - certaines sont particulièrement dégueulasses et démontrent de la part de la nature une imagination si perverse que cette idée décevrait les poètes et décourageraient les chanteurs (sans parler de la miséricorde de Dieu, termes un peu flou lorsqu'on a un peu l'usage de ses manifestations), les derniers moments du malade (certains pourtant placés de force devant l'inévitable ne se résignent pas à mourir), ce que penseront les proches - certains seront soulagés, libérés, débarrassés. Et pour ce qui est de leur corps. Dire que certains ont peur de la crémation sous prétexte qu'ils ont peur de sentir les flammes. Pas plus que les vers et les insectes qui les dévereront lorsqu'on les enterreront, ils ne sentiront rien. Mais ils ont aussi peur du noir et des espaces confinés. Les cimetières sont pleins de claustophobles.
Celui-là, en tout cas, en désignant ce qui se trouvait au bas, dans le noir, au fond du trou, n'aurait certainement pas choisi de finir ainsi si on lui avait demandé son avis. Brièvement éclairé par la petite caméra, il était aussitôt replongé dans le noir, son univers.
C'est à vous de voir dit le briqueteur en regardant son patron du moment.
S'il comptait rééutiser la cheminée, peut-être, mais, sinon. S'il était là depuis 50 ans, il pouvait y rester encore autant.
Pendant qu'il penserait - il avait tout son temps- lui calculerait ce qu'il lui faudrait de briques et de mortiers et lui ferai un devis. D'accord.
Qu'est-ce qu'il faisait là?
Quelque soit sa raison, c'était une si vieille raison qu'elle n'intéressait plus personne depuis un moment. Le squelette ou les bouts qu'il en avait pu voir était celui d'un adulte, un homme sans doute, car s'il était déjà difficile d'expliquer la présence d'un homme dans une cheminée, celle d'une femme provoquait des explications encore plus difficiles à articuler.
Un maladroit?
Des tas d'ouvriers plus ou moins qualifiés étaient venus au cours des ans réparer le toit avec plus ou moins d'enthousiasme ou repeindre les fenêtres. On n'avait jamais entendu parler de quelqu'un qui manquerait.
Un voleur?
Dans ce cas, la police.
Un voleur maladroit qui aurait voulu escalader le toit et descendre par la cheminée pour entrer par un des foyers. Et qui se serait diablement trompé de cible. Une fois qu'ill se serait rendu compte de son erreur, ne pouvant remonter pour on ne sait quelle raison, il aurait appelé logiquement à l'aide et personne ne l'aurait entendu. Qui peut entendre quelqu'un au fond d'une cheminée? Et au travers, les murs sont sacrément épais. Et il fallait qu'il y ait quelqu'un pour entendre quelque chose. Cette maison étant restée vide pendant de longues périodes. Chance ou malchance pour lui.
Un crétin de moins.
Les voleurs maladroits ont aussi le droit d'avoir la police pour s'occuper d'eux. Et les incapables ayant échoué plus ou moins misérablement dans leur profession remplissent les prisons. Ce qui devrait décourager les amateurs, faut croire qu'il y en a toujours de nouveaux pour reprendre le flambeau. Et de nombreux recalés, n'ayant rien compris à ce qui leur est arrivé, recommencent et se retrouve inévitablement dans le même trou. Pour certains, l'honnêté est une obligation même pas morale mais physique: un travail stable et humble, une routine sans surprise, leur épargnerait tant de soucis.
Et tout maladroit qu'il était, il avait sans doute de la famille. Les bandits ont aussi des femmes et des enfants.
Mais au bout de tout ce temps, qu'est-ce qu'il en reste? Peut-être qu'ils préfèrent leur imagination en ce qui concerne le sort de leur père/frère/fils/mari (il est dans une île avec des vahinées: le salaud!) (pas dans une cheminée)
Ou: il nous a abandonné alors que j'étais enceinte. Il a refait sa vie avec une jeune femme. À New York, par exemple. Pas dans le fond d'une cheminée. Mais tout malheureuse qu'elle était, elle aura survécu - les femmes malheureuses et éprouvées par le sort (classique) sont innombrables et particulièrement résistantes. Plus elles sont accablés par le sort (cruel) (classique) plus elles se raidissent en enfoncent leurs serres dans la pierre. Les malheureuses sont aussi particulièrement fertiles. On les imagine constamment enceinte entourées d'une trallée de mioches sales et braillards dont elles règle (l'éducation) la vie à coup de gifles. À la longue, elles deviennent aussi endurcies que des requins ou des branches sèches et dureraient éternellement si la mort bienveillante n'en délivrait pas le monde.
Un meurtre?
Jusqu'à présent, ils n'avaient pas encore pensé au meurtre, ça manquait. Oui, un meurtre de plus ferait prendre à la journée un ton nouveau.
On avait tué quelqu'un dont on avait caché le corps dans la cheminée.
Pourquoi se donner tout ce mal?
Question sans réponse. Qui n'empêcha nullement le briqueteur de compter ses briques futures.
Alors qu'il suffirait de l'enterrer quelque part. Régulièrement, la police retrouve un corps dans un champs. On se dit que c'est probablement la Mafia qui fait ses plantations. Ou des petits caïds qui avaient trop de personnel et on dû procéder à des restructurations. Aucune des patates humaines que l'on plante ici ou là n'avaient l'idée que sa profession l'amènerait là. Ici. Ou là.
Ou dans la forêts.
De temps en temps, on trouve des restes de touristes, campeurs, épouses mangés par les renards, loups, ours. Un randonneur ou un photographe ou un chasseur trouve un bout de pied dans une botte.
Il est vrai qu'il y a de moins en moins d'arbres mais il fut un temps pas si lointain où il n'y avait que de la forêt ici. Partout. D'un bout à l'autre du continent. Tous les champs que l'on voit ici, maintenant, partout, et du haut du toit, on en voyait beaucoup et loin, avaient été gagnées sur la forêt. Arbre par arbre. Coupés, sciés, essouchés. Souche par souche. Racine à racine.
Et si la forêt était belle, personne ne pouvait dire le contraire. Voir tous ces champs débordant de futures récoltes (en ce moment, il n'y avait que des restes de neige ou de glace qui refusaient de fondre et des sillons des labours de l'année dernière mais bientôt!) était un des plus beau spectacle que l'on puisse voir.
Et le combat continuait. Contre la nature. L'ennemi de toujours. Contre la beauté et le bon sens. Ennemis héréditaires. Il n'y avait pas une municipalité minable qui ne voulait avoir son développement, sa banlieue à elle. Ses parkings. Et ces nouveaux résidents qui accoureraient et sauveraient son budget et ses comptes de taxe. Et les champs étaient un obstacle au progrès.
Et les champs défrichés dans les bois étaient à leur tour cultivés sous forme d'asphalte, de rues et de maisons moches. L'industrie de la maison moche si alléchante pour les entrepreneurs rapaces et les clients pas de goût était comme on dit et on le dit toujours: florissante. Comme si amener l'idée d'une fleur, d'une floraison de fleurs améliorerait en quoi que ce soit cette laideur rectiligne manufacturée.
Meurtre ou pas meurtre.
Il pensa à un promoteur immobilier mais ce n'était pas le moment. Et il n'y avait pas de place dans la cheminée. En fait, il y avait en masse de la place mais pour ce qui était de l'intimité c'était foutu.
Si les 2 avaient été sensibles à ce genre de situation, au moins l'un aurait pu dire que le mort réclamait une sépulture plus digne de son état qu'un fond de cheminée. Et était-ce une manière de traiter les décédés? Mais aucun d'eux n'eut ce genre de réflexion qui aurait donc réclamer une troisième personne sur le toit qui ne se trouvait pas là actuellement.
De toute façon, tout le monde meurt et, rares, sont ceux qui choisissent la façon et la manière. Et quelques-uns seraient vraiment très déçus de savoir à l'avance ce qui se passera. Pourtant, il leur suffirait de regarder autour d'eux pour en avoir une petite idée.
La maladie - certaines sont particulièrement dégueulasses et démontrent de la part de la nature une imagination si perverse que cette idée décevrait les poètes et décourageraient les chanteurs (sans parler de la miséricorde de Dieu, termes un peu flou lorsqu'on a un peu l'usage de ses manifestations), les derniers moments du malade (certains pourtant placés de force devant l'inévitable ne se résignent pas à mourir), ce que penseront les proches - certains seront soulagés, libérés, débarrassés. Et pour ce qui est de leur corps. Dire que certains ont peur de la crémation sous prétexte qu'ils ont peur de sentir les flammes. Pas plus que les vers et les insectes qui les dévereront lorsqu'on les enterreront, ils ne sentiront rien. Mais ils ont aussi peur du noir et des espaces confinés. Les cimetières sont pleins de claustophobles.
Celui-là, en tout cas, en désignant ce qui se trouvait au bas, dans le noir, au fond du trou, n'aurait certainement pas choisi de finir ainsi si on lui avait demandé son avis. Brièvement éclairé par la petite caméra, il était aussitôt replongé dans le noir, son univers.
C'est à vous de voir dit le briqueteur en regardant son patron du moment.
S'il comptait rééutiser la cheminée, peut-être, mais, sinon. S'il était là depuis 50 ans, il pouvait y rester encore autant.
Pendant qu'il penserait - il avait tout son temps- lui calculerait ce qu'il lui faudrait de briques et de mortiers et lui ferai un devis. D'accord.
Qu'est-ce qu'il faisait là?
Quelque soit sa raison, c'était une si vieille raison qu'elle n'intéressait plus personne depuis un moment. Le squelette ou les bouts qu'il en avait pu voir était celui d'un adulte, un homme sans doute, car s'il était déjà difficile d'expliquer la présence d'un homme dans une cheminée, celle d'une femme provoquait des explications encore plus difficiles à articuler.
Un maladroit?
Des tas d'ouvriers plus ou moins qualifiés étaient venus au cours des ans réparer le toit avec plus ou moins d'enthousiasme ou repeindre les fenêtres. On n'avait jamais entendu parler de quelqu'un qui manquerait.
Un voleur?
Dans ce cas, la police.
Un voleur maladroit qui aurait voulu escalader le toit et descendre par la cheminée pour entrer par un des foyers. Et qui se serait diablement trompé de cible. Une fois qu'ill se serait rendu compte de son erreur, ne pouvant remonter pour on ne sait quelle raison, il aurait appelé logiquement à l'aide et personne ne l'aurait entendu. Qui peut entendre quelqu'un au fond d'une cheminée? Et au travers, les murs sont sacrément épais. Et il fallait qu'il y ait quelqu'un pour entendre quelque chose. Cette maison étant restée vide pendant de longues périodes. Chance ou malchance pour lui.
Un crétin de moins.
Les voleurs maladroits ont aussi le droit d'avoir la police pour s'occuper d'eux. Et les incapables ayant échoué plus ou moins misérablement dans leur profession remplissent les prisons. Ce qui devrait décourager les amateurs, faut croire qu'il y en a toujours de nouveaux pour reprendre le flambeau. Et de nombreux recalés, n'ayant rien compris à ce qui leur est arrivé, recommencent et se retrouve inévitablement dans le même trou. Pour certains, l'honnêté est une obligation même pas morale mais physique: un travail stable et humble, une routine sans surprise, leur épargnerait tant de soucis.
Et tout maladroit qu'il était, il avait sans doute de la famille. Les bandits ont aussi des femmes et des enfants.
Mais au bout de tout ce temps, qu'est-ce qu'il en reste? Peut-être qu'ils préfèrent leur imagination en ce qui concerne le sort de leur père/frère/fils/mari (il est dans une île avec des vahinées: le salaud!) (pas dans une cheminée)
Ou: il nous a abandonné alors que j'étais enceinte. Il a refait sa vie avec une jeune femme. À New York, par exemple. Pas dans le fond d'une cheminée. Mais tout malheureuse qu'elle était, elle aura survécu - les femmes malheureuses et éprouvées par le sort (classique) sont innombrables et particulièrement résistantes. Plus elles sont accablés par le sort (cruel) (classique) plus elles se raidissent en enfoncent leurs serres dans la pierre. Les malheureuses sont aussi particulièrement fertiles. On les imagine constamment enceinte entourées d'une trallée de mioches sales et braillards dont elles règle (l'éducation) la vie à coup de gifles. À la longue, elles deviennent aussi endurcies que des requins ou des branches sèches et dureraient éternellement si la mort bienveillante n'en délivrait pas le monde.
Un meurtre?
Jusqu'à présent, ils n'avaient pas encore pensé au meurtre, ça manquait. Oui, un meurtre de plus ferait prendre à la journée un ton nouveau.
On avait tué quelqu'un dont on avait caché le corps dans la cheminée.
Pourquoi se donner tout ce mal?
Question sans réponse. Qui n'empêcha nullement le briqueteur de compter ses briques futures.
Alors qu'il suffirait de l'enterrer quelque part. Régulièrement, la police retrouve un corps dans un champs. On se dit que c'est probablement la Mafia qui fait ses plantations. Ou des petits caïds qui avaient trop de personnel et on dû procéder à des restructurations. Aucune des patates humaines que l'on plante ici ou là n'avaient l'idée que sa profession l'amènerait là. Ici. Ou là.
Ou dans la forêts.
De temps en temps, on trouve des restes de touristes, campeurs, épouses mangés par les renards, loups, ours. Un randonneur ou un photographe ou un chasseur trouve un bout de pied dans une botte.
Il est vrai qu'il y a de moins en moins d'arbres mais il fut un temps pas si lointain où il n'y avait que de la forêt ici. Partout. D'un bout à l'autre du continent. Tous les champs que l'on voit ici, maintenant, partout, et du haut du toit, on en voyait beaucoup et loin, avaient été gagnées sur la forêt. Arbre par arbre. Coupés, sciés, essouchés. Souche par souche. Racine à racine.
Et si la forêt était belle, personne ne pouvait dire le contraire. Voir tous ces champs débordant de futures récoltes (en ce moment, il n'y avait que des restes de neige ou de glace qui refusaient de fondre et des sillons des labours de l'année dernière mais bientôt!) était un des plus beau spectacle que l'on puisse voir.
Et le combat continuait. Contre la nature. L'ennemi de toujours. Contre la beauté et le bon sens. Ennemis héréditaires. Il n'y avait pas une municipalité minable qui ne voulait avoir son développement, sa banlieue à elle. Ses parkings. Et ces nouveaux résidents qui accoureraient et sauveraient son budget et ses comptes de taxe. Et les champs étaient un obstacle au progrès.
Et les champs défrichés dans les bois étaient à leur tour cultivés sous forme d'asphalte, de rues et de maisons moches. L'industrie de la maison moche si alléchante pour les entrepreneurs rapaces et les clients pas de goût était comme on dit et on le dit toujours: florissante. Comme si amener l'idée d'une fleur, d'une floraison de fleurs améliorerait en quoi que ce soit cette laideur rectiligne manufacturée.
Meurtre ou pas meurtre.
Il pensa à un promoteur immobilier mais ce n'était pas le moment. Et il n'y avait pas de place dans la cheminée. En fait, il y avait en masse de la place mais pour ce qui était de l'intimité c'était foutu.
Meurtre?
Une explication qui valait les autres. Mais on ne pouvait pas faire davantage sans que les spécialistes du domaine apportent leur contribution.
Ici, on n'aimait pas trop la police. Les gens préféraient régler leurs affaires entre eux. Et quand une affaire se réglait, on se disait que ça ne nous regardait pas mais seulement les gens concernés.
Une explication qui valait les autres. Mais on ne pouvait pas faire davantage sans que les spécialistes du domaine apportent leur contribution.
Ici, on n'aimait pas trop la police. Les gens préféraient régler leurs affaires entre eux. Et quand une affaire se réglait, on se disait que ça ne nous regardait pas mais seulement les gens concernés.
C'est pour ça qu'on trouvait parfois. Ici. Ou là. Il n'y avait pas seulement les gangs de rues de villes qui profitaient des beautés de la campagne.
Et, à moins d'être soi-même menacés, on n'aimait pas trop voir la présence de la police. Parce qu'on n'aimait pas se mêler des affaires des autres. On vient de le dire. Et la profession de fouineur de la police les fait inévitablement se mêler des affaires des autres. Ils ne peuvent pas s'en empêcher. Ce qui fait qu'on n'appréciait pas tellement les gens qui appellent sans cesse la police. Ça porte malheur. Mauvais pour les affaires.
Pendant longtemps, il n'y eut pas de policier dans la région. Le seigneur réglait ses affaires comme il l'entendait et les gens qui survivaient à ses colères trouvaient qu'il avait tout à fait raison. Ceux qui n'étaient pas de cet avis - et qui envaient entraînés son courroux- se balancaient au haut d'une branche. Finalement, au bout d'un certain temps, les gens comprirent la logique de la situation. Ce qui faisait que les survivants et spectateurs étaient tout à fait contents. Pourquoi ne le seraient-ils pas, ils étaient vivants, eux. Et on leur offrait un spectacle gratis.
Et il fallait bien. Avant l'ouverture de la route et de l'autoroute, il n'y avait que le fleuve qui apportait nouvelles et marchandises et voyageurs. Et la seule manière de fuir. Si on avait du bien.
Bien sûr, il y avait la forêt, tout autour, partout, mais si on pouvait aller où on voulait tant qu'on ne vous en empêchait pas ou ne parvenait à vous rattraper, la forêt vous obligeait à voyager léger et seul. Et il était et est encore difficile de nos jours d'y circuler avec un bahut. Il fallait partir avec son linge sur le dos et se bottes. Parfois, on n'avait pas le choix.
Et comme les hivers étaient plus durs que ceux de nos jours faits pour les allergique aux arachides et buveurs de soya, il arrivait qu'on soit sans nouvelle, 6 mois de temps. Le temps que le fleuve dégèle.
Bien sûr, il y avait la forêt, tout autour, partout, mais si on pouvait aller où on voulait tant qu'on ne vous en empêchait pas ou ne parvenait à vous rattraper, la forêt vous obligeait à voyager léger et seul. Et il était et est encore difficile de nos jours d'y circuler avec un bahut. Il fallait partir avec son linge sur le dos et se bottes. Parfois, on n'avait pas le choix.
Et comme les hivers étaient plus durs que ceux de nos jours faits pour les allergique aux arachides et buveurs de soya, il arrivait qu'on soit sans nouvelle, 6 mois de temps. Le temps que le fleuve dégèle.
Il fallait s'incruster dans le sol et survivre. Si on n'y arrivait pas, on vous retrouverait gelé une fois qu'on aura pensé à se demander ce que vous devenez.
Les gens sont donc devenus des spécialistes de la survie. Les maladroits étant écrémés, passés au sas et au tamis à chaque nouvel arrivage de naissance.
Et même lorsqu'on construisit la première route, il était impensable, compte tenu de la technologie du temps de déblayer, mieux, nettoyer, les rues comme aujourd'hui. Où on ne tolère pas un flocon de neige sur l'asphalte. D'abord, l'asphalte n'avait pas été encore inventée. Ni l'auto. Ni les pneus. On circulait donc en cariole à patins l'hiver. Ou pas du tout. Et pour aller où et pour faire quoi puisqu'on avait tout ce qu'il fallait ici. Il n'y avait que les marchands, voyageurs de commerce, gens de qualité, comme le seigneur qui allait du village au village suivant ou même à la ville.
Et, un moment, le village non plus n'avait pas été inventé.
Il fallut même 100 ans avant qu'il en ait un dans ses formes minimales.
Le village était plus loin. Il est devenu plus tard celui d'une autre paroisse. Tout le reste n'était que des terres et des colons. Seigneurie vaste et fertile.
Le premier rûdiment de village consisterait en une église, un presbytère et un cimetière. Et un seul curé pour l'administrer.
Avant, chacun enterrait son mort dans sa terre, plus ou moins près de la maison. Et on en trouve encore.
Le premier rûdiment de village consisterait en une église, un presbytère et un cimetière. Et un seul curé pour l'administrer.
Avant, chacun enterrait son mort dans sa terre, plus ou moins près de la maison. Et on en trouve encore.
On oubliait le premier curé et son vicaire.
Avant, c'était un moine itinérant qui parcourait la paroisse qui, à ce moment, aurait consisté en l'équivalent d'un pays d'Europe pour quelques centaines de paroissiens. Il allait donc et venait jusqu'à la paroisse suivante tout aussi vaste pour rencontrer les habitants. Faire une sorte de recensement. Nombre de vivants, humains et bêtes à cornes. On ne comptait pas les poules.
Chaque nouvelle naissance était une victoire sur le pays à défricher. Et celle d'une fille, la possibilité multipliée d'une nouvelle famille. Il y avait les baptêmes. Les mariages. Les décès. Toujours tristes. Souvent jeune. 20 ans. 30 ans. 40 ans. Si nombreux qu'on devait s'y faire. Et il y avait aussi tant à faire pour survivre qu'on n'avait qu'un temps bref pour l'apitoiement. Le pays à faire se ferait plus lentement avec un défricheur de moins mais une nouvelle âme de bon chrétien arrivait au Ciel ce qui était toujours une bonne nouvelle. L'armée des âmes augmentant sans cesse pour le futur combat contre le Mal.
Chaque nouvelle naissance était une victoire sur le pays à défricher. Et celle d'une fille, la possibilité multipliée d'une nouvelle famille. Il y avait les baptêmes. Les mariages. Les décès. Toujours tristes. Souvent jeune. 20 ans. 30 ans. 40 ans. Si nombreux qu'on devait s'y faire. Et il y avait aussi tant à faire pour survivre qu'on n'avait qu'un temps bref pour l'apitoiement. Le pays à faire se ferait plus lentement avec un défricheur de moins mais une nouvelle âme de bon chrétien arrivait au Ciel ce qui était toujours une bonne nouvelle. L'armée des âmes augmentant sans cesse pour le futur combat contre le Mal.
L'été, ou de la fonte des glaces au printemps jusqu'aux premières glaces de l'automne, c'était le canot qui transportait gens et marchandises. Avec un guide, souvent indien, qui servait de carte vivante. Savait où trouver les portages. Comment parlementer avec les tribus voisines (qui étaient souvent en guerre) sans en mourir. Activité ludique qui permettait de récolter des esclaves et des guerriers à torturer.
Entre temps, le seigneur faisait la loi. S'il était sage, on lui obéissait et respectait ses avis. S'il était fou, on lui obéissait tout en le maudissant.
Entre temps, le seigneur faisait la loi. S'il était sage, on lui obéissait et respectait ses avis. S'il était fou, on lui obéissait tout en le maudissant.
Et il y avait les pendus, maudits en chaire par le curé, pour rappeler par l'exemple simple à tous et chacun la conduite à tenir.
Alors les secrets et les rancunes, ici.
Ce qui ramenait encore au squelette dans la cheminée.
Ce qui ramenait encore au squelette dans la cheminée.
Qui, au village ou dans les rangs, n'avaient aucune envie qu'on parle publiquement d'un cadavre dans une cheminées.
Vieille affaire.
Mais ceux qui avaient été au courant avaient peut-être des descendants.
Vieille affaire.
Mais ceux qui avaient été au courant avaient peut-être des descendants.
Si la police vient, ensuite ce seront les journalistes. Le maire voulait que le village soit renommé et connu comme le plus beau village blanc de la province. Pour les touristes et les développement de sa banlieue. 4 maisons. Et non comme un repaire sinistre de loup-garou. Ceci attirerait aussi des touristes mais pas ceux que le conseil municipale et la chambre de commerce espérait.
Appeler la police vous enlèverait toute votre tranquillité.
Ils voudraient savoir qui il était et pourquoi il était là.
Ils veulent toujours savoir de genre de chose. Ils ne peuvent pas s'en empêcher.
C'était leur métier.
Et s'ils leur prenait envie de démolir la cheminée pour pouvoir l'extraire plus facilement. Vous vous imaginez les dégâts. Et on ne pourrait pas les en empêcher. Puisque, encore une fois, ils feront leur métier. Et ce ne sont pas eux qui paieraient les dégâts. Il s'informa au sujet de son assurance.
Ils voudraient savoir qui il était et pourquoi il était là.
Ils veulent toujours savoir de genre de chose. Ils ne peuvent pas s'en empêcher.
C'était leur métier.
Et s'ils leur prenait envie de démolir la cheminée pour pouvoir l'extraire plus facilement. Vous vous imaginez les dégâts. Et on ne pourrait pas les en empêcher. Puisque, encore une fois, ils feront leur métier. Et ce ne sont pas eux qui paieraient les dégâts. Il s'informa au sujet de son assurance.
Un maçon est comme un médecin, un médecin des maisons, comme il y a des médecins du corps et de l'âme. Son patient, parfois menu, quelque fois immense, souvent en bonne santé mais parfois malade. Mais contrairement aux autres médecins, il n'avait jamais vu de clients, même le plus mal au point, qu'il n'avait pu sauver.
S'il n'est pas tenu au secret professionnel de par sa profession, comme eux ou les notaires, avocats et curés, il savait l'importance des confidences et de la discrétion et, celle des coutumes. Quand on fouille l'entraille des vieilles maisons, c'est un peu comme pénétrer dans un corps. Il peut arriver que l'on découvre des choses. Qu'il faudra garder pour soi. Ou que l'on en comprenne certaines. Parfois, des choses que l'on avait cru définitivement enterrées. À jamais, si possible.
S'il n'est pas tenu au secret professionnel de par sa profession, comme eux ou les notaires, avocats et curés, il savait l'importance des confidences et de la discrétion et, celle des coutumes. Quand on fouille l'entraille des vieilles maisons, c'est un peu comme pénétrer dans un corps. Il peut arriver que l'on découvre des choses. Qu'il faudra garder pour soi. Ou que l'on en comprenne certaines. Parfois, des choses que l'on avait cru définitivement enterrées. À jamais, si possible.
Il avait aidé certains à construire des abris discrets ou secrets dans leurs jardins ou, encore plus secrets dans leur cave. Parfois en béton, avec porte de métal, blindée quelquefois. Ou porte de béton coulissant sur rail mobile comme un pan de mur ce qui permet, une fois fermé de ne jamais deviner sa présence, même si on sonde les murs à la recherche de creux et de vide et des sons si particuliers (signe d'espace vide). Car tout est plein. Et sonne le plein.
Il était fier de ces belles réalisations même s'il ne pouvait s'en vanter. Encore une fois, la discrétion professionnelle. Qui l'obligeait selon la déontologie de sa profession à ne pas dire où et qui mais ne l'empêchait nullement de faire sa propre réclame et de décrire les possibilités de son art. Art visible et connu de tous la plupart du temps. Mais c'était son art discret et invisible qui lui rapportait le plus et dans ce cas il était utile de le faire savoir. Jamais où et qui. Mais quoi. Le plus souvent possible. Pas à tout le monde, juste au monde qui peuvent apprécier et qui ont les moyens de leur goût particulier. Il ne jugeait pas. Comme ses augustes confrères. Pardonnait toujours.
Il était fier de ces belles réalisations même s'il ne pouvait s'en vanter. Encore une fois, la discrétion professionnelle. Qui l'obligeait selon la déontologie de sa profession à ne pas dire où et qui mais ne l'empêchait nullement de faire sa propre réclame et de décrire les possibilités de son art. Art visible et connu de tous la plupart du temps. Mais c'était son art discret et invisible qui lui rapportait le plus et dans ce cas il était utile de le faire savoir. Jamais où et qui. Mais quoi. Le plus souvent possible. Pas à tout le monde, juste au monde qui peuvent apprécier et qui ont les moyens de leur goût particulier. Il ne jugeait pas. Comme ses augustes confrères. Pardonnait toujours.
Ce qu'on y fait ne le concerne pas. Il y a sans doute de la marchandises de contrebande, quelle qu'elle soit. Des richesses. Des collections. Des armes.
Des abris antinucléaires, aussi, même si ça a passé de mode. On oublie tant et si vite. Il faut un temps où on ne parlait que de ça. Cette noble activité sécuritaire encouragée par les États (et provoquées aussi par eux), parfois, subventionnée par les mêmes comme le pyromanes amis des pompiers.
Et elle a pu enrichir sa famille et payer les études universitaires de tous les enfants de son père. Des frères de celui-ci et de ceux de sa femme. Les filles ne comptant pas puisque étant à la charge des futurs époux. À elles de les motiver à réussir dans la vie. Un homme qui réussit signifiant une épousse acharnée à parvenir et ne lui laissant aucun moment de répis. Comme l'adjudant pour le troupier.
Et elle a pu enrichir sa famille et payer les études universitaires de tous les enfants de son père. Des frères de celui-ci et de ceux de sa femme. Les filles ne comptant pas puisque étant à la charge des futurs époux. À elles de les motiver à réussir dans la vie. Un homme qui réussit signifiant une épousse acharnée à parvenir et ne lui laissant aucun moment de répis. Comme l'adjudant pour le troupier.
Lui, étant un homme pratique, ennemi de la théorie, aimant travailler de ses mains n'avait pas envie d'étudier les théories inutiles trop longtemps, a repris l'entreprise familiale après avoir été l'apprentis, l'employé et, finalement, l'associé et l'héritier de son père.
Puisqu'on en était au confidences, il chuchota que cette maison était très vieille, construite bien avant l'arrivée de sa famille ici par le seigneur de l'endroit tout juste débarqué du bateau. On y aurait, paraît-il, mais ce n'était qu'une rumeur, on y aurait parait-il, creusé une sorte de ... comment dire... crypte dans la cave. Avec des passages menant on ne sait où. On parlait aussi de tunnels reliant la cave aux rives du fleuve permettant de faire circuler des marchandises de contre bande, on aurait cessé de l'utiliser à la fin de la prohibition. Lui-même ne l'avait jamais vu mais on en parlait.
Il le savait car, en tant que maçon, il faisait parti par la porte d'en arrière des francs-maçons. Serment d'allégence. Cérémonie secrète d'initiation. Dépositaires de secrets.
Secrets qu'il ne devait pas révéler mais puisque c'était dorénavant la demeure de son nouveau client, il était bon que celui-ci en apprenne davantage. Ses secrets, ses mystères appartenant légalement de droit au propriétaire.
De même que ses malédictions mais de ceci il ne pouvait rien dire.
Encore une fois, étant un homme pratique, travaillant la matière, brique, mortier, pierre, de ses mains. Toutes choses muettes. Bien sûr, dans ses oeuvres, il y a avait aussi de la pensée. Coût, poids, nombre de briques, angles, rayons, portée, beauté du coup d'oeil et du point de vue. Tout ceci devait tenir élégamment son propre poids, supporter délicatement ce qu'on y mettrait dessus.
Pour les songeries, il laissait ça à d'autres dont c'était la spécialité mais qu'il ne tenait pas à nommer.
À tout autre, il ne dirait rien.
Puisqu'on en était au confidences, il chuchota que cette maison était très vieille, construite bien avant l'arrivée de sa famille ici par le seigneur de l'endroit tout juste débarqué du bateau. On y aurait, paraît-il, mais ce n'était qu'une rumeur, on y aurait parait-il, creusé une sorte de ... comment dire... crypte dans la cave. Avec des passages menant on ne sait où. On parlait aussi de tunnels reliant la cave aux rives du fleuve permettant de faire circuler des marchandises de contre bande, on aurait cessé de l'utiliser à la fin de la prohibition. Lui-même ne l'avait jamais vu mais on en parlait.
Il le savait car, en tant que maçon, il faisait parti par la porte d'en arrière des francs-maçons. Serment d'allégence. Cérémonie secrète d'initiation. Dépositaires de secrets.
Secrets qu'il ne devait pas révéler mais puisque c'était dorénavant la demeure de son nouveau client, il était bon que celui-ci en apprenne davantage. Ses secrets, ses mystères appartenant légalement de droit au propriétaire.
De même que ses malédictions mais de ceci il ne pouvait rien dire.
Encore une fois, étant un homme pratique, travaillant la matière, brique, mortier, pierre, de ses mains. Toutes choses muettes. Bien sûr, dans ses oeuvres, il y a avait aussi de la pensée. Coût, poids, nombre de briques, angles, rayons, portée, beauté du coup d'oeil et du point de vue. Tout ceci devait tenir élégamment son propre poids, supporter délicatement ce qu'on y mettrait dessus.
Pour les songeries, il laissait ça à d'autres dont c'était la spécialité mais qu'il ne tenait pas à nommer.
À tout autre, il ne dirait rien.
S'il n'en tenait qu'à lui, il réparerait la cheminée qui serait de la belle ouvrage et elle serait aussi belle que lors de son inauguration et durerait au moins 100 ans de plus. Si les orages et la pluie acide ne rongeait pas le mortier. Calamité qui n'existait pas avant le progrès. Mais il n'y pouvait rien.
Ce serait un petit secret qu'ils ne seraient que 2 à partager. Le briqueteur lui faisant remarquer qu'il avait vu bien des murs à réparer.
Ce que le propritaire, son nouvel ami et complice, interpréta comme: nous avons un secret à partager et ton $ aussi.
Ce que le propritaire, son nouvel ami et complice, interpréta comme: nous avons un secret à partager et ton $ aussi.
Bien des choses à penser.
Le squelette dans la cheminée était sans doute là pour le hanter longtemps.
*
25 avril 2012. État 1
Le squelette dans la cheminée était sans doute là pour le hanter longtemps.
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25 avril 2012. État 1
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