HISTOIRES DE FANTÔMES

__________________________________________________________________________________________________

HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

___________________________________________________________________________________________________

6.11.13

423.119.27. OÙ IL EST PROUVÉ QUE LES FEMMES SONT DES ÊTRES INFÉRIEURS

Mademoiselle la secrétaire dactylographe a encore mal à la tête. 

Et est dépeignée. 

Ce qui n'est pas féminin.

Elle ne sait pas - et ne comprendrait pas (donc inutile d'essayer de lui expliquer) qu'il a fallu la sacrifier pour le bien commun. Soit le bien de tous. 

Ou, du moins, son sacrifice fut nécessaire pour la survie de nos 2 héros: monsieur Adolf Hitler et monsieur Franz Kafka. 

Sacrifice qui ne fut pas définitif, comme on vient de voir. D'où les bruits variés de la personne sacrifiée. Insuffisamment. 

Sacrifice qui lui sauva également la vie. Car ses nerfs surexcités allaient prendre le contrôle de sa raison. Il fallut donc la débrancher. 

Abruptement. 

Certes. Mais avec le ménagement nécessaire.

Femme matérialiste, habituée à ses petites manies de la vie de tous les jours, tout à fait à sa place dans une maison avec des enfants où, sans fin, se répètent la même routine, les mêmes tâches qui pourraient être abrutissantes pour tout autre qu'elle ou des membres de son espèce. Heureusement, la Nature l'a programmée ainsi. 

Donc si peu faite pour la grande aventure, les tragédies grandioses. Et les découvertes archéologiques d'importance capitale.

Il est donc tout à fait compréhensible qu'elle ne comprenne pas ce qui excitait tant ses 2 comparses. 

Elle allait ajouter quelque chose au sujet de la fascination morbide qu'entretiennent les hommes envers les armes. Alors qu'il y a tant de belles choses dans la vie.

Et, en plus celle-là, était hors d'usage et rouillée. Et, probablement, salissante si on la touchait. 

Quel manque de poésie. Soupira monsieur Kafka.

Mais elle ne pouvait comprendre la beauté et la perfection technique - 2 qualités non contradictoires - qu'avaient eu le pilum.

Celui-là était en piteux état, mais il avait été, jadis, en parfait état de marche. Une arme exceptionnelle. Il suffisait de l'imaginer. 

Ce que parvenait très bien à faire monsieur Hitler et monsieur Kafka. L'un parce qu'il avait été ému et troublé par les contes de son enfance où on lui contait de façon imagée les faits d'armes de la grande nation germanique. Il y avait parfois des dragons. Et monsieur Kafka parce qu'il était submergé dans le merveilleux et le surnaturel. La réalité étant une variante du conte qui en possédait tant. En fait, il avait toujours eu de la difficulté à différencier les 2. 

Une lance. 

Une courte épée. Presque ridicule comparée aux magnifiques épées médiévales. 

Les manoeuvres ordonnées des légions Romaines avaient suffi à leur assurer la suprématie sur presque la moitié de la Terre pendant 1000 ans. Jusqu'à ce que Rome succombe à ses contradictions internes. 

Comme auraient dit Marx qui n'existait pas à ce moment. Et il parlerait du capitalisme qui n'existait pas encore lui non plus. Quoiqu'il ait existé depuis toujours de riches parasites sans scrupule vivant aux dépends d'autrui. Et il arrivait régulièrement à ces derniers de finir décapités par ordre du roi de leur époque lorsqu'il commençait à trouver que ça avait assez duré. 

Bref, on ne fait que sauter d'avant en arrière et de retour de quelques millénaires ce qui donne un peu le tournis. On revient donc au présent. Qui est, lui-aussi, passé depuis un bon moment, vu de l'époque de nos lecteurs. Et tous nos protagonistes morts depuis un bon moment. Mais on fera comme si. 

Tous regardaient la pointe de lance ou de javelot rouillée par le sang. 

Les 2 hommes parce que c'était fascinant. 

Poétique. 

Elle, qui les regardait, pour essayer de comprendre ce qu'ils pouvaient bien voir de si fascinant. 

Et qui n'y arrivait pas.

Ce qu'elle voyait.

Une longue et mince tige de fer noir surmontée d'un fer en triangle ou, plutôt, à 4 côtés, comme une longue pyramide. La tige faisait 1 mètre de long et était divisée en 3 parties forgée ensemble. Le piquant, au bout, d'environ 10 centimètres. Et, à l'autre bout de la mince tige, le manche ou la hampe de bois incrustée dans la tige (et qui n'était pas là à ce moment) car la tige s'évasait et s'ouvrait au bas pour insérer la lance de bois taillée à 4 côtés, elle aussi, pour une meilleure prise. Qui n'était pas là, on vient de le dire, mais que l'on peut imaginer. Un rivet faisait tenir les 2 éléments: hampe et fer. 


Il y avait au mur, une reproduction de la statue de saint Longinus par Gian Lorenzo Bernini. Présentant théâtralement une variation tardive de la lance. À l’époque, on n’avait plus la moindre idée à qui elle ressemblait. Ce qui permet de différencier les faux tardifs. Qui ne pouvaient qu’imiter les seules armes qu’ils connaissaient. Celles des soldats de leur temps. L’original de la statue résidant au Vatican, dans la basilique Saint Pierre de Rome. Réalisée vers 1630. Marbre de 440 cm. 15 pieds de haut. Avec son piédestal.


Il y avait une autre sculpture. Le tombeau du pape Innocent VIII par Antonio Del Pollaiuolo. 1492. On avait reproduit uniquement la statue de bronze du pape sur son trône. Bénissant ou menaçant les gens. Sa bouche ouverte semblait insulter ou crier à jamais. Étrange. Le pape tenait la Sainte Lance. Encore une copie. Le triangle de la pointe étant trop large.

La tige et la pointe originale pesait environ 1000 grammes. Pour la peser ou avoir une idée de son poids, il aurait fallu la sortir de sa boite de verre.

Bien lancée, elle pouvait traverser un bouclier et une armure. Portée de 40 mètres. 

Bien conçue. Le choc brutal et mortel de l'arrivée sur sa cible, cassait le rivet et la lance se séparait de sa pointe ce qui faisait que l'ennemi ou son voisin, ne pouvait la retirer de son bouclier ou du corps de son voisin, percé de part en part. Elle était bien fichée. Pour la relancer aux soldats Romains qui venait de la lui envoyer. Ce qui aurait été injuste.

Mais on pouvait aussi s'en servir pour attendre de pied ferme un ennemi et l'embrocher l'inconscient qui se lançait sur eux. Avant de réfléchir. 

À pieds ou à cheval.

1000 ans plus tard, les mercenaires Suisses perfectionnèrent le procédé d'embrochement avec une longue lance de 12 pieds. Et les cavaliers en armure sur leur cheval blindé - ancêtres des char-d'assaut - qui terrorisaient jusqu'alors (avant qu'on réfléchisse davantage et trouve enfin cette parade) tout le monde, affrontèrent leur destin. 

Les idiots invulnérables jusqu'alors se lançaient sur des milliers de lances fichées en terre et pointée vers eux ou leur cheval; pour finir comme des papillons dans une vitrine.

L'éternelle course aux armements, cette joute scientifique entre l'armure et la flèche (arc, arc Anglais, arc inverse Mongol, arbalète)/lance/balle. Aussitôt que l'un des 2 arrivait à sa perfection, l'autre faisait soudainement un progrès inattendu, démodant définitivement l'autre. Et envoyait au trépas les imprudents qui lui avaient fait trop confiance trop longtemps. La Réalité aimant à jouer avec les espoirs et les déceptions des humains.

Les Romains pouvaient aussi s'en servir comme, plus tard, les baïonnette, pour se lancer sus à l'ennemi. Bien des joies étaient donc possibles.

Donc

En l’an 33, un vendredi. Dans la nouvelle numérotation encore en vigueur, l'an zéro ou un, est la naissance du Christ. 

Un soldat Romain aurait percé de sa lance le cœur de Jésus sur la croix. 

Converti par la suite, il sera appelé Saint Longin ou saint Longinus

Jésus, le Juif de Nazareth, fondateur d’une petite secte de 12 disciples Juifs dont l’un. Juif aussi, le vendit. Il est difficile aux humains de vivre ensemble sans que la chicane pogne. 

Judas. Qui devient lui-aussi saint. 

Si pour la plupart des gens, il fait figure de traître, de ce qu'il y a de pire dans le Juif, capable de tout pour de l'$. 

D'autres, qui pensent davantage, devinent que sans son intervention, Jésus n'aurait pu être capturé. Et rien ne se serait passé ensuite comme prévu. Pour la beauté de la chose, l'aspect théâtral et dramatique, bref, humain, il fallait une trahison et un traître. Bien visible. Jésus ne pouvait tomber comme tout le monde et se casser le cou. Ensuite, ce serait l'opéra. 

Donc, un traître désigne jésus aux gardes venus l'arrêter et qui ne l'aurait probablement pas reconnu.

Et, comme le suicide est interdit parce que notre vie ne nous appartient pas, nous ayant été accordé par Dieu qui, seul, décidera du moment où ils nous la retirera; il fallait pousser l'ignominie jusqu'au  bout. Judas, déicide, se suicidera.

Honte éternelle sur lui.

Judas s'est donc sacrifié lui-même. 2 fois. Il savait que la prophétie devait être accomplie. Il fallait que ça reste simple, logique, compréhensible, journalistique, romanesque, policier. 

Ou a été sacrifié par Dieu, le père de Jésus, qui l'a manipulé. Dieu était capable de tout et il a montré et pas qu'une fois qu'il était capable du pire.

Car, si Dieu sacrifiait son fils pour le Salut des hommes, condamnés à jamais pour le Péché Originel (inventé par Dieu afin de punir Ève et Adam - c'est compliqué). Il fallait que les hommes participent et le tuent aussi.

Une pomme.

Ce ne devait pas être fait n'importe comment. Il était écrit qu'il serait trahi. Qu'il fallait qu'il meure. Pour une pomme.

Comme Jésus était Dieu, fils de Dieu - Homoousian et consubstantialiset savait lire les esprits et les coeurs, il savait très bien qu'il serait trahi et par qui (il le révéla même lors du dernier repas en commun avec ses disciples - Léonard de Vinci a très bien illustré la scène). 

Ou c'était un parfait crétin. 

Pas Dieu du  tout. 

N'importe qui, qui a dirigé quelque chose ou participé à la moindre assemblée ou réunion, sait que quelqu'un dans le groupe le trahira. Parce qu'il ne pourra tout simplement s'en empêcher. Quitte à nuire ou à détruite l'organisation au complet, par simple esprit de contradiction, parce qu'il le pouvait tout simplement et ne pouvait tout aussi simplement s'en empêcher. 

Mais on est ici avec un Dieu. 

Et le mot a toujours semblé imprécis aux croyants. 

Il pouvait donc s'il le voulait éviter cette fin dramatique. Tout à fait inutile. Car on vient de dire que le Péché Originel qui atteignait et entachait tous les hommes depuis la Création et les empêchait d'aller au Ciel était une calamité de Dieu (le Père). Qui aurait pu effacer tout ça s'il le voulait. Voilà. J'ai gaffé. On recommence à neuf. 

Donc, Dieu ou le Diable tentèrent Judas. 

Le Dieu des Juifs (supposé le même que le Dieu des Chrétiens selon l'Église - mais c'est faux) n'exige que le prépuce des bébés de son peuple Élu. Les autres n'étant que du bétail. Pas élu. Ni circoncis. Lorsque cette idée fut plus largement connue, on le reprocha aux Juifs. 

L'Église Catholique qui régnait alors sur l'Occident aurait pu tous les massacrer comme elle l'avait fait pour tous les adeptes des religions antiques, préféra croire qu'ils ne savaient ce qu'ils faisaient. Et que cette vieille tribu était le seul témoignage vivant (même si involontaire et récalcitrant) qui le reliait à Jésus. Juif, lui-aussi. 

Dans les textes secrets des sorciers Juifs, on condamnait pour concurrence illégale et blasphème, Jésus et Marie, sa mère, à bouillir pour l'éternité en Enfer dans des chaudrons de merde. Encore une fois, lorsque cette traduction fut connue, on réfléchit en haut lieu à la nécessité d'exterminer cette engeance une bonne fois pour toutes. On avait tué pour bien moins que ça. Mais lors des discussion, le parti de la clémence fit oeuvre de compassion et de modération. Après tout, ces malades mentaux ne savaient évidamment pas ce qu'ils faisaient. Car sans cet oubli volontaire des insultes, il ne serait plus resté un Juif en occident et personne ne saurait même qui c'est. Comme il est arrivé aux adeptes, prêtres et lieu de culte multimillénaires Grecs et Romains et autres païens. Et autres sorciers.

Bref, l'histoire des religions, comme on vient de voir brièvement, est compliquée. 

Donc Judas est un saint. Et un martyr. Une sorte d'espion ou de kamikaze sacrifié pour la Bonne Cause.

*

État 1. 6 nov. 2013

3.11.13

422.118.26. OÙ IL EST PROUVÉ QUE LES JUIFS PEUVENT PROVOQUER LA FIN DU MONDE

Monsieur Franz Kafka fut celui qui trouva le premier.

Pour le moment, on ne savait pas s'il y avait autre chose à trouver. Et s'il fallait chercher encore. Ou s'il valait mieux se contenter de ce qu'on savait et venait d'apprendre. Tout en attendant la catastrophe finale.

Il blêmit.

Fit un signe et plusieurs à monsieur Hitler comme un plongeur qui manque d'air et est sur le point de suffoquer ou de se noyer. Selon l'option qui serait préférable. 

Il désignait une tablette sur le mur. Et sur cette tablette une boite de verre qui aurait pu être aussi bien un aquarium. Mais il n'y avait pas de poisson. Par contre, il y avait un vieil objet dans la boite de verre qui servait comme on fait dans les musées pour protéger le trésor qu'elle enferme.

_ Stupéfiant.

_ La lance de Longinus.

Mademoiselle la secrétaire se dirigea vers ses 2 énergumènes pour voir ce qu'ils avaient découvert et qui les mettaient dans cet état.

Monsieur Hitler qui avait toujours préféré lire au lieu de travailler et d'étudier. Qui se réfugiait dans la bibliothèque de son école à la première occasion comme il le fera plus tard lorsqu'il était au grand air de la ville. Les bibliothèques municipales étant chauffées et éclairées et ouvertes très tôt jusqu'à très tard, c'était le refuge idéal entre 2 repas et la salle commune où dormaient les mendiants comme lui. Une fois qu'il eut découvert qu'existait sur Terre des endroits aussi élégiaques, il ne voulait plus en sortir, rivé comme une huître à son rocher ou une perle dans son coquillage béni. Même à son art, il préférait la lecture. Préférant imaginer des oeuvres faites que de s'astreindre à les travailler et à les faire longuement. Y penser suffisait. Une fois pensées, elles étaient déjà faites. Et l'ennuyaient déjà. Mais selon la logique des hommes, pour qu'une chose existe, il ne suffit pas de l'imaginer et de la concevoir, il faut la travailler. User du bois, du papier, du métal, de l'encre. Sinon, les incrédules ne seront jamais satisfaits. Car la matière ne se laisse pas faire sans qu'on lui paie son poids d'heures et de sang. Et il faut les croire. Ne dit-on pas qu'il faut 10 000 heures pour perfectionner quelque art que ce soit. Que ce soit la gravure des timbres ou la sculpture du sucre filé. Donc monsieur Hitler qui s'intéressait aussi à l'Histoire et avait lu tous les livres qui lui passaient entre les mains, savait très bien de quoi son ami parlait.


Tandis que monsieur Kafka, au lieu d’entreprendre un travail productif ou d’aller en classe pour apprendre comme ses petits camarades à devenir un citoyen utile et responsable, préférait lire à la bibliothèque scolaire, municipale, acheter d'autres livres dans les librairies - car il était relativement plus riche que monsieur Hitler qui lorsqu'il eut dépensé l'héritage de sa mère se retrouva sans le sous comme la célèbre cigale de la fable - ou chez un bouquiniste enfoui dans un temple de bois remplis du plancher au plafond de livres rares ou dont personne (sauf lui) ne voulait. Ou rester chez lui allongé toute la journée avec un livre. Un lit. Un canapé. Tout lui était bon, pourvu que cela libère son corps de la pesanteur afin de permettre à son esprit de s'envoler. Il avait lu toute sa vie, ce qu'il préférait à vivre. 

Der Bücherwurm

Книжный червь

Bookworm

Ils seraient 2 vieux savants peu intéressés des affaires du vaste monde. Préférant la solitude studieuse d’une bibliothèque poussiéreuse et silencieuse au bruit de la ville. À la fin de leurs jours, il ne resterait de chacun d'eux qu’un être désincarné et de cet ectoplasme, que des yeux myopes collés à la page en train de se lire. Après leur mort, le bibliothécaire dira en chuchotant à un nouvel apprenti: voilà où ils étaient. Ils ne bougeaient plus. On les a cru vivant longtemps. Puis on a pensé qu'ils étaient morts parce qu'ils ne bougeaient plus. Et, en effet, sans indisposer personne, discrètement, ils étaient morts. Dorénavant, on disait qu'ils hantaient ces lieux. L’enfer des analphabètes est devenu le véritable Paradis des amoureux des livres. Charmante histoire. 

2 rats de bibliothèques

Et monsieur Kafka, en tant que Juif avait des motifs égoïstes bien particulier pour être troublé par cette découverte. Ainsi sont les Juifs !

_ On ne s'attendrait pas à voir un tel objet ici.

_ C'est donc une sorte d'église ?

La pointe de lance a toujours appartenu à une église et au trésor des rois. Jamais à un particulier aussi riche qu'il soit, si c'est arrivé, et tout prouvait effectivement que c'était le cas, les conséquences peuvent être dramatiques.

La Sainte Lance avait la réputation de procurer la victoire à tous les conquérants qui l'avaient en leur possession. Si la personne ou l'organisation qui l'a actuellement, ici, sait ce qu'elle fait et quels sont les pouvoirs historiques ou mythiques de cet objet sacré, c'est une organisation très dangereuse. Et nous sommes dans son coeur.

_ Ils savent ce qu'ils font. Il y a un historique à côté de la vitrine de verre. Et la liste de tous les possesseurs précédents. 

_ Ils l'ont volé.

_ Ceux qui pensent l'avoir actuellement ont une copie parfaite à la place.

_ Nous sommes dans l'estomac du démon. Ou le cerveau d'un fou.

Mademoiselle la secrétaires les écoutait discuter sans comprendre un mot de ce qu'ils racontaient. Ce qui était compréhensible, ils étaient des hommes. Des hommes d'un haut calibre intellectuel. Des esprits et des âmes d'élite. Elle, une simple secrétaire. Pire, une femme. On ne pouvait donc trop en attendre. 

_ Qu'est-ce qui vous prend? Au lieu de consacrer toutes vos ressources à trouver le moyen de nous sortir d'ici, vous vous extasiez devant une vitre poussiéreuse contenant un vieux machin rouillé. 

Messieurs Hitler et Kafka la regardèrent comme on observe un enfant difforme et handicapé. Avec une pitié charitable.

_ Sortir ? Pour aller où ?

_ Pour quoi faire?

_ Nous sommes déjà mort.

*

3 nov. 2013. État 1

421.117.25. MADEMOISELLE LA SECRÉTAIRE DACTYLOGRAPHE TROUVE UNE PORTE LÀ OÙ IL N'Y EN AVAIT PAS.

La porte ou ce qui en tenait lieu, soit une partie du mur qui allait du plancher au plafond et qui basculait doucement et sans bruit, s'ouvrit, s'écarta, se déplaça, pour laisser passages aux passagers clandestins de l'immeuble.

Puis l'objet qui faisait fonction de porte se referma ou s'effaça. Et c'est comme s'il n'y en avait jamais eu avant.

_ Faut-il regretter d'être entré ?

_ Nous étions dans tous les sens du  terme, acculés à un mur. Notre sort n'était pas enviable. 

_ Nous étions comme le gibier prisonnier de sa nasse, attendant qu'on vienne le récupérer.

_ La plupart des gens veulent des choses qu'ils refuseraient s'ils en connaissant d'avance les conséquences.

Pour le moment, l'endroit où ils étaient, n'étaient pas inquiétant. Une vaste bureau meublé. Derrière, un mur bibliothèque rempli d'ouvrages en cuir rouge. 

_ Pourquoi le rouge ?

Se demanda monsieur Kafka dont l'esprit fiévreux était incapable de rester inerte et en paix.

_ Pourquoi tant de rouge ?

Comme personne n'avait de réponse, on fit semblant de ne pas l'entendre. Et il n'y avait personne à part eux (qui ne savaient rien) qui aurait pu les informer ou leur donner des indices.

Le bureau était une salle de dimension moyenne (ce qui en faisait un vaste bureau). Il y avait le mobilier adéquat pour travailler: bureau de bois ouvragé et fauteuil confortable. Au devant, des chaises rembourrées pour les visiteurs. Une table plus loin. Un canapé plus loin encore. 

L'homme qui possédait ceci ou en avait l'usage était un homme important. Il dirigeait. En tout ou en partie, l'organisation de cet immeuble.

- C'est poussiéreux, on ne fait pas souvent le ménage ici.

Ce genre de détail qu'il n'y a que les esprits matérialistes des femmes pour les remarquer.

Monsieur Hitler regarda mieux.

_ On ne vient pas souvent ici.

Ce qu'approuva monsieur Kafka.

_ Ce qui est une bonne chose pour nous.

La porte ou l'ouverture secrète au travers de laquelle ils étaient passés n'était plus là. Mais il y avait une seconde porte, celle-là, bien visible qui menait. Menait où ?

Monsieur Hitler, alla voir. La porte s'ouvrait si on cherchait à le faire. Sans bruit. Il y avait un corridor à l'extérieur. Et d'autres portes, ici et là, tout au long du corridor qui allait à droite et à gauche de la porte qu'il avait ouvert. Ils étaient donc dans un bureau qui était dans une sorte de position centrale. Au sommet de l'édifice.

_ Il y a une seconde porte, là.

Dit mademoiselle la secrétaire.

La seconde porte, était une porte intérieure sur le côté de l'espace qu'ils occupaient et qui menait à une salle plus grande. Il y avait là toutes sortes d'objets et de tableaux et de tapisseries sur les murs. On aurait dit une salle de musée, une galerie d'art, un cabinet de curiosité pour un collectionneur.

Il y avait des armes et des armures anciennes ici et là.

Monsieur Hitler et monsieur Kafka qui aimaient les belles choses inspectèrent tout ceci avec précaution, car monsieur Kafka qui était distrait et maladroit ne voulait pas provoquer un désastre par son inaptitude physique. 

Il y avait là des poteries chinoises anciennes ou de bonnes imitations. 

_ Est-ce qu'on va rester là toute la journée?

_ Bonne question.

_ Ici, on est en sécurité. Quant à moi, j'y resterait un bon moment. Il y a de quoi boire, si on aime le vin ou l'alcool. Et de quoi manger. 

Il n'y avait aucune nourriture putrescible mais des boites de biscuits et de chocolat. Et des noix.

_ Celui qui était ici aimait grignoter. 

Dit la secrétaire

_ Et on est au chaud. 

Monsieur Hitler aimait la chaleur. Le froid ou l'idée du froid lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Et il aimait avoir les pieds secs. Il n'y a rien de pire pour un intellectuel que d'avoir les pieds mouillés ou des chaussures qui prennent l'eau. Et si on les pieds froids, comme si les pieds communiquaient avec la vessie et les reins, on ne cesse d'avoir envie de pisser. Ce qui est déplaisant. 

_ Il y a une sorte de table de conférence, si on y allait. Il n'y a rien de mieux pour discuter qu'une grande table et de bons fauteuils.

_ Je préfère des fauteuils ou un sofa dans un salon.

Dit la secrétaire.

_ Ne vous gênez pas, vous n'êtes pas chez vous ici ?

Monsieur Hitler et monsieur Kafka fouillaient les tiroirs et les armoires. À la recherche de quelque chose. 

_ Quelque chose. Mais quoi?

_ Nous le saurons quand nous le trouverons.

*

État 1. 3 nov. 2013

420.116.24. MONSIEUR ADOLF HITLER DEVIENT POÈTE

Vos yeux n'étincellent plus.

Ils ont perdu leur éclat. 

Ils ne brillent plus.

Ils sont si ternes.

Monsieur Kafka approuvait distraitement le texte du message que lui lisait monsieur Hitler. Quand monsieur Hitler était dans cet état d'exaltation, il valait mieux applaudir avec lui,

Les concepteurs de l'agence - intellectuels stipendiés capable d'inventer n'importe quoi pour manger dans leur auge. Quoiqu'ils ne voient pas leur noble et lucrative profession sous cet angle - était incapable, pour le moment, de trouver le reste. Il y avait un reste de poésie à trouver. On pouvait se fier à eux. Ils pouvaient présenter les avantages indéniables d'une religion, d'une guerre, d'un médicament (réel ou imaginaire) ou d'un emprunt public avec un sentiment communicatif de conviction qui faisait plaisir à voir. 

Comme d'habitude, mademoiselle la secrétaire dactylographe faisait grise mine. Sans doute ses maux féminins mensuels. Ils affectaient son cerveau et il ne fallait pas lui en vouloir. Après tout, la femme est le résultat d'une malédiction divine. Et elle-même, en plus d'être une plaie pour l'homme, est une épidémie pour elle-même.

Ils étaient là tous les 3 à attendre quelque chose. 

Le Destin. Ou un cataclysme quelconque.

Si rien ne venait modifier leur situation actuelle, il ne leur restait plus qu'à redescendre péniblement l'escalier (quoique descendre soit toujours plus facile que monter, du point de vue médical, ce que monsieur Kafka et ses poumons apprécierait. )

Le pire était donc à prévoir. Ce qui est une absurdité, bien sûr. On peut donc dire que le pire était probablement certain quoique la forme qu'il prendra et se manifestera dans toute la variété des pires possibles, restait pour le moment une surprise ce qui ne pouvait qu'inquiéter les coeurs faibles.

Un moment ou un autre, quelqu'un découvrirait leur présence. 

C'est à ce moment que monsieur Kakfa eut une illumination. 

_ La porte la mieux fermée du monde est celle qui est invisible.

_ C'est un nouveau jeu, demanda monsieur Hitler qui quitta son texte élégiaque ?

_ Ou la porte qu'on n'essaie même pas d'ouvrir parce qu'elle n'existe pas. 

Monsieur Hitler et la secrétaire le regardait comme s'ils essayaient de diagnostiquer une nouvelle folie. 

_ Parce qu'on est certain qu'elle n'existe pas. 

_ Intéressant! Vous la voyez cette porte?

_ Non.

_ Fumerie d'opium ? Éther ? Absynthe ?

La secrétaire démontrait plus de connaissance pour ces choses interdites qu'il n'était convenable pour une jeune femme. Son passé que l'on pensait pur et sans tache, comme était idéalisé celui de toute jeune et jolie femme, avait-il, néanmoins, des recoins obscurs ?

_ Donc la porte n'existe pas. L'escalier est uniquement décoratif. Il ne mène à rien et ne va nulle part parce que les architectes ont eu un moment d'inspiration ludique, partagée par leur commanditaire, le constructeur ou entrepreneur immobilier et l'acheteur de cet immeuble.

_ Il est donc tout à fait inutile. Et on a dépensé beaucoup d'$ pour un escalier imaginaire ou une imitation comme a fait dans le passé pour les tunnels qui ne débouchent sur rien et les chambres funéraires doubles et les faux tombeaux dans les pyramides.

_ Donc, il y a une porte.

_ Oui.

_ Et on ne peut la voir.

_ Probablement. 

_ On ne peut la voir, non parce qu'elle n'y est pas ou n'existe pas mais parce que...

_ Parce qu'on l'a construite ainsi.

_ Camouflée dans le mur.

_ Comme la porte invisible que l'on a utilisé dans le garage et qui nous a mené ici. Une porte noire dans un mur noir dans un garage non éclairé tout noir. 

_ Il faut donc chercher ici, une porte blanche, dans un mur blanc, dans une salle à peine éclairée.

Monsieur Hitler, homme de décision, fit la seule chose possible dans les circonstance, ordonna à toutes les personnes présentes de toucher le mur et de pousser.

Il se passerait bien quelque chose.

_ Puisqu'on ne peut le voir, on peut la toucher, la manipuler.

_ Parce qu'il y a une porte.

_ Non. Il est impossible que l'on voit une porte parce 

_ Parce qu'on l'a voulu ainsi.

_ Parce qu'il est impossible, inconcevable qu'il n'y ait pas de porte. 

Rappelons qu'une porte est une ouverture dans le mur par où on circule, entre ou sort.


Monsieur Hitler qui était un érudit avait quelques définition de cet objet. 

Une porte est une ouverture assurant le passage pour entrer dans un édifice ou pour circuler dans ses pièces.

Une porte est un passage pouvant être fermé et ouvert par un élément d'huisserie menuisée que l'on fait pivoter, soulever ou glisser sur le côté


Une porte dérobée est une porte secrète dissimulée dans un mur, une bibliothèque qui donne un accès secret à un lieu interdit

_ Si on ne comprend pas les motivations de ceux qui ont fait tout ceci, il suffit de comprendre les nôtres. Il nous faut une porte. Nous trouverons une porte.

_ Et ils l'ont fait parce qu'ils ne pouvait pas ne pas le faire.

Et ce fut mademoiselle la secrétaire dactylographie qui la trouve et plongea la tête la première dans la brèche qui venait à l'instant d'apparaître dans le mur. 

Il y avait bien une porte.

Qui s'ouvrit sans bruit, révélant un espace vide là où un instant avant il n'y avait qu'un vaste (pas tant que ça) mur lisse, dur, opaque et muet.

Et cette porte menait bien quelque part.

Tout ceci était éducatif, logique et fascinant.

*

État 1. 3 nov. 2013

419.115.23. MONSIEUR ADOLF HITLER PENSE À LA FEMME MODERNE

Mesdames, offrez à vos mari un corps lisse, mince, ferme et doux pour Noël.

Il est encore temps.

Votre époux a droit au bonheur.

Il relisait un autre papier plié. Des notes pour un futur dessin commercial élégant genre Aubrey Beardsley. Il pouvait imiter les styles avec une raisonnable et attentive perfection.

Notice culturelle:


Aubrey Vincent Beardsley. Célèbre dessinateur pédéraste.

Déviant, inverti, dandy, d'abord de confession anglicane – variante personnelle du catholicisme et du protestantisme, religion inventée par le bon roi Henry VIII, célèbre psychopathe et roi d'Angleterre et aussi célèbre tueur de femmes et de catholiques, à son usage personnel - le pape (catholique) n'ayant pas voulu légaliser son divorce, il lui a fallu pour se remarier que sa (ses) précédente(s) épouse(s) décède(nt)  de mort naturelle (par décapitation) - se convertit au catholicisme romain. Pour on ne sait quelle raison.

C’est en France où il était venu pour se soigner de la tuberculose qu’il mourut dans le dénuement à 25 ans. Ce qui était sur le point d’arriver à monsieur Hitler.

Il travailla brièvement dans l’assurance et l’architecture.  Comme nos 2 compères. Et fut 6 ans un dessinateur de génie avant de mourir. 

Virtuose de la plume et de l’encre noire. Maître de l'illustrations stylisée et sinueuse en noir et blanc influencées par la gravure japonaise et l'Art Nouveau. 

Il va de soi que lui et son art étaient jugés grotesque, pervers et décadent par la bonne société hypocrite de l’époque Victorienne qui continuaient leur conquête du monde en assassinant des millions de personnes. Ce qui peut expliquer son changement de religion. Ou pas.

Il est très apprécié actuellement des esthètes, collectionneurs et muséologue. Ce qui lui fait sûrement plaisir, là où il est.

Fin de la notice culturelle.

Lui qui avait toujours été nonchalant, paresseux, traînard, fainéant, contemplatif submergé d'ennui, menant sa vie ou se laissant mener par elle, sans enthousiasme, une léthargie mentale et morale consternante comme un vieillard sur le point de mourir après une trop longue vie inutile, il n'est donc pas étonnant qu'il se soit à peine maintenu en vie, son esprit et son corps s'accrochant difficilement à l'existence comme un vêtement trop usé pendu à un crochet de pendu, une sorte d'esprit déviant, de paria du productivisme, prisonnier d'une léthargie mentale consternante.. 

Le voilà pris d'un sens aigu de l'assiduité. Il est devenu travailleur zélé. Il y a des miracles inexplicables dans la vie. 

Son père, s'il n'était pas mort de désespoir - et de boisson- aurait été fier de lui. Tu seras un homme, mon fils... Aurait-il dit. Ou quelque chose du genre.

_ Vous n'avez pas honte ?

Ce bel enthousiasme commercial ne plaisait pas à mademoiselle de la secrétaire. Sans doute sujet à des maux féminins variés, dont un lancinant mal de tête provenant de la vasodilatation de ses vaisseaux sanguins cérébraux et d'un choc brutal et frontal contre un mur de pierre. 

_ Vous ne seriez pas féministe ?

Dit nonchalamment monsieur Hitler..

En référence à ces harpies agressives indignes du doux nom de femme. Méduses qui harcelaient les chevaux dans les rues. Un grand malheur les attend si quelqu'un n'y met pas rapidement un terme.

Elle fut choquée du commentaire. Elle était une honnête femme et n'entendait rien à la politique qui est du domaine des hommes. Mais elle savait lire et lisait les journaux et avait des opinions.

Ils firent comme s'ils n'avaient rien entendu. Après tout que vaut la parole d'une femme. Pépiement d'oiseau égaré.

Ils avaient un problème urgent. Pas seulement celui de monsieur Hitler qui se consacrait dorénavant à l'illustration commerciale au lieu de les aider.

Comme si c'était le moment, jugé comme ils étaient sur la plate-forme de béton au somment de la tour servant à contenir les escaliers de secours.

Ils n'auraient pas été trop de 3 à penser à cette affaire.

Bien sûr, la femme pense peu, c'est là son moindre défaut - il y en a tant d'autres - mais sa contribution était bienvenue.

Monsieur Kafka pensait pour tous les autres.

Ce qui ne donnait rien. Malgré qu'il soit un intellectuel Juif.

Voilà.

Ils avaient escaladé toutes ces marches, tous ces escaliers, combien ? - les compter aurait été décourageant - monsieur Kafka en râlant (la tuberculose ?). 

Mademoiselle la secrétaire, comme d'habitude, donnant des conseils. La seule, d'ailleurs, en parfaite forme, comme le sont toutes les génisses reproductives. Qualité physique suffisante et indispensable à la mise bas d'une nouvelle génération. Et pour accomplir ce miracle de la nature, indispensable à la survie de la société, penser est tout à fait inutile. Aussi la nature a été parcimonieuse dans l'attribution du cerveau féminin.

Ils avait fait tout ça pour ça.

Au dernier étage. Ils avaient regardé, cherché, il n'y en avait pas d'autre. 

Impossible d'aller plus loin ou plus haut.

Ce qui était une bonne chose car messieurs Hitler et Kafka étaient épuisés. 

Au dernier étage, on arrivait sur un palier semblable à tous les autres où ils étaient passé, sauf qu'il y avait un mur.

Devant eux.

Là où à tous les autres étages il y avait une porte menant on ne sait où - probablement des corridors, des bureaux et d'autres portes - il n'y avait devant eu qu'un mur. Ce mur. Le mur. 

Pas un grand mur. Ni un mur très haut. Comme tous les murs précédents, il allait jusqu'au plafond. Probablement 3 mètres de haut par autant de large. 

Ce qui les laissait profondément perplexes.

*

État 1. 3 nov. 2013


1.11.13

418.114.22. MONSIEUR ADOLF HITLER, DÉTECTIVE PRIVÉ, ENQUÊTE SUR UN MYSTÈRE OU VA BIENTÔT LE FAIRE.

Combattez les 10 signes de l'âge en 1 seul geste.

Nouveau.

10 actions cliniquement éprouvées

Le premier hydratant réparateur intégral

Réduit l'apparence des rides de la peau du visage de la femme

Atténue l'apparence des ridules de la peau du visage de la femme

Améliore l'apparence de la fermeté de la peau de la femme

Raffermit le contour du visage  de la femme

Restaure l'élasticité de la peau du visage de la femme

Hydrate la peau sèche du visage  de la femme

Lisse l'apparence de la surface de la peau du visage de la femme

Adoucit la peau rêche du visage  de la femme

Illumine le teint terne du visage de la femme

Augmente l'apparence de la densité de la peau de la femme

Rajeunissez votre regard en 3 heures

L'avenir de la technologie anti-âge est là, il est enfin arrivé

Le système technopromesse exploite le pouvoir de la bioélectricité pour donner des résultats anti-âge incroyables. 

Une utilisation régulière de ce système révolutionnaire permettra de transformer votre visage. 

_ Vous croyez que c'est vraiment le moment de lire votre journal

Monsieur Franz Kafka s'inquiétait du manque d'attention de monsieur Hitler. Pourtant, dans la situation désespérée où ils se trouvaient, il aurait dû s'inquiéter. D'autant plus qu'il était maintenant le seul homme valide sur les lieux. Du moins, le seul homme honnête. Tandis qu'ils étaient entourés d'un lot important de crapules resplendissantes de santé. 

Monsieur Adolf Hitler était assis dans l'escalier en train de lire une page de journal déchirée soigneusement où paraissait une publicité médicale informative. On lui avait demandé de l'illustrer parce que les termes techniques utilisées semblaient rébarbatifs à beaucoup de femmes. 

_ Vous avez raison. Mais que voulez-vous que je fasse d'autre ? Vous vous êtes vu ?

En effet, monsieur Adolf Hitler avait raison, ces dégénérés de Juifs, résultat d'innombrables union malsaine et consanguine n'avait eu pour résultat que la production d'être défectueux comme monsieur Kafka.

Celui-ci, assis dans l'escalier, avait peine à reprendre son souffle. Comme on a dit, il faisait de l'asthme, ce qui rendait tout effort - y compris la course à pied (qui peut être utilisé dans ce qu'on appelle la fuite) - extrêmement pénible. Le pire, c'est que monsieur Kafka ni aucun des autres touristes (il y a ici un brin d'ironie, on le remarquera) n'avait couru. Après un voyage exagérément long dans un camion (et inconfortable), ils étaient arrivé ici ou là (en fait, on ne sait pas où). Ils étaient sorti du camion à la recherche d'une voie de sortie. En avait trouvé une. Mais n'avait fait que se jeter têtes baissées dans l'antre du monstre. Ou son système digestif. La tension qui était palpable avait provoqué un stress insupportable sur son ami Juif qui était en train de faire une crise d'asthme sous ses yeux. Ce qui ne l'empêchait nullement, entre 2 râlements, tout en cherchant son air, de critiquer l'attitude pourtant positive de monsieur Hitler. Même su leur situation était désespérée - en toute logique personne ne pourrait dire le contraire - il se pouvait qu'ils s'en tire (du moins quelques uns) - et une fois revenu à la vie civile, il faudrait retourner sur le marché du travail pour payer sa logeuse. Femme acariâtre comme bien des femmes d'un certain âge.

Comme d'habitude monsieur Adolf Hitler était le plus positif d'entre eux. Comme d'habitude, monsieur Franz Kafka avait tendance à être négatif et à désespérer facilement (on l'a dit, il était Juif depuis 100 générations et on ne pouvait que craindre le pire)

Mademoiselle la secrétaire revenait lentement à elle. Il avait fallu la porter. Monsieur Hitler qui était mal nourri depuis plusieurs années n'aurait pas eu la force de la porter seule. Il avait donc eu l'aide de monsieur Kafka qui n'était pas particulièrement vigoureux. On peut dire qu'à 2, ils faisaient à peu près un homme normalement constitué.

_ Où suis-je ?

Demanda la pauvre fille.

_ Vous êtes tombée dans les pommes dit monsieur Hitler en mentant adroitement avant que monsieur Kakfa qui avait une propension malsaine à la vérité inopportune ne vienne par trop de lumière provoquer une autre crise féminine. Les femmes sont assez compliquées comme ça, il fallait à tout prix éviter un autre débordement émotif.

Dire où ils étaient était difficile. 

_ Que m'est-il arrivé ?

_ Vous êtes tombée. Vous ne vous en souvenez pas ?

Monsieur Hitler poussait sournoisement son avantage. Victime d'une commotion cérébrale, mademoiselle la secrétaire dactylographe avait perdu la mémoire à court terme. Ce qui était une bonne chose.

_ Sans doute un malaise féminin.

Elle hocha la tête.

Les femmes sont d'une telle crédulité, on peut leur faire croire n'importe quoi.

On se souviendra que c'est monsieur Kafka qui, pour sauver la vie de tous, avait assommée la pauvre femme en lui projetant la tête sur un mur au risque d'abîmer le mortier. 

Ces événements sont insignifiants et sans importance. Et, peut-être, difficilement compréhensible si on ne les place pas dans leur contexte.

Il y avait un instant, après être sorti du camion et s'être enfuis dans l'ombre des murs, ils étaient réduit au désespoir. Ils ne pouvaient rester où ils étaient. 

Mais aller où ?

Il faisait noir partout.

Le seul endroit éclairé était la porte par où étaient passés les 3 bandits qui se trouvaient dans le camion. Bientôt, ils reviendraient. Car les caisses (qui renfermaient quoi?) étaient encore dans la boite du camion.

Si quelqu'un décidait d'illuminer le garage (ou le lieu où ils se trouvaient) ils seraient repérés immédiatement. Pourchassés. Capturés. Battus. Blessés. Tout était possible. Humiliant et douloureux.

En réalisant dans quel marasme, ils, elle, se trouvait, mademoiselle la secrétaire, avait comme bien des femmes dans ce genre de circonstance, perdu les nerfs, ou le peu de nerfs intacts qu'elle contenait. Et il avait fallu l'assommer par humanité. 

Ensuite, la laissait par terre - ils n'allaient tout de même pas la porter car aussi légère qu'elle paraissait, elle était tout de même d'un bon poids - et se mirent, chacun de leur côté à chercher une issue dans le noir.

Sinon, ils étaient foutus.

Pourquoi le Destin l'aurait-il amené ici pour le jeter dans une nasse alors que le conducteur et ses complices avaient eu bien des occasions de les capturer ? Se demandait monsieur Hitler. Son horoscope personnel lui ayant prédit de la chance. 

Son Destin l'aurait préservé pour le voir tâter les murs désespérément jusqu'à ce qu'on s'aperçoive de leur présence et qu'on mette fin à leur souffrance et à leur angoisse. La vie n'était pas aussi mal faites.

Et, c'est monsieur Kafka qui trouva.

Il y avait dans le mur un autre rectangle qu'on ne pouvait voir mais qu'on pouvait tracer de la main. 

Une porte.

Il ne pouvait plus voir monsieur Hitler qui continuait à chercher plus loin et notant mentalement l'emplacement de la porte - qu'il ne pouvait voir - il se faufila le long du mur interminable (quitter le contact du mur l'aurait entraîné quelque part au centre du garage vers dieu sait quel péril?). Il finit par rejoindre monsieur Hitler et toucha son bras. L'attirant à lui. En chuchotant qu'il avait trouvé quelque chose.

Monsieur Hitler tâta à son tour. Ce ne pouvait être que le rectangle creusé dans la parois d'une porte secourable. 

Une question angoissante se posait: la porte était-elle fermée ? 

Une autre question.

Pourrait-il l'ouvrir ?

Une troisième.

Vers quoi menait-elle ? Vers plus de périls encore ?

Monsieur Kafka resta près de la porte en vigile tandis que monsieur Hitler partit de l'autre côté, en longeant le mur, à la recherche de la pauvre femme inerte et immobile.

Il la trouve, essaya de la jeter sur ses épaules comme il avait lu que faisaient les hommes préhistoriques mais ces êtres primitifs nos ancêtres étaient d'une autre nature, plus proche de la forêt vivifiante et des vastes plaines, depuis ce temps, l'humanité en se civilisant n'avait fait que régresser dans une longue décadence. 

Elle était trop pesante. 

Il ne pouvait pas non plus la prendre sous ses bras. Pour la même raison.

Et, en homme bien éduqué, il lui fallait éviter de trop la toucher. En fait, un homme civilisé n'aurait pas aurait du éviter tout contact physique avec elle. Mais la situation tragique dans laquelle ils étaient tous l'obligeait. Les femmes sont dodues et peuvent provoquer des réactions physiques inopportunes chez l'homme. Il valait donc mieux éviter toute proximité excessive et tout contact répété ou prolongé. Mais il était difficile de la saisir sans la toucher. Mais comment la porter sans la toucher ? Et comment la prendre dans ses bras sans éveiller des désirs coupables ? Qu'on la saisisse de dos ou de face, le problème restait le même tout en variant quelque peu. Pendant ce temps, elle restait là, alanguie, étendue par terre. 

Monsieur Hitler alla chercher monsieur Kafka pour jouer aux brancardiers. L'un prenant les pieds et l'autre les mains, ce qui étaient les parties de l'anatomie féminine les moins susceptibles de provoquer des pensées inconvenantes et malsaines. Un prédicateur sévère - sous des appellations différentes, on trouvaient les mêmes chez les rabbins juifs que chez les pasteurs ou les curés de base - les avait prévenus  que les femmes étaient sources de péché. Et la porte de l'Enfer. 

Mais ils conclurent qu'ils touchaient cette pauvre femme pour le bon motif. Lui sauver la vie. 

L'idée leur était venue - tentation de Satan qui toujours veille - de l'abandonner à son sort. Le bon Ange était intervenu pour leur dire que c'était une tentation tout à fait banale et répugnante et qu'il n'en était pas question. Et s'ils étudiaient le problème à la lumière de la Raison, il était évident que sitôt qu'elle était capturé - ce qui était inévitable - sans même qu'on la torture, elle aurait révélé leur présence. 

Les voilà tout 3 devant la porte. Elle, toujours évanouie. Les 2 autres épuisés. 

Un nouveau problème se posait: comment entrer ?

Heureusement, la providence était avec eux. Cette porte était une porte de secours pour les occupants de l'immeuble. Elle était toujours ouverte. Il suffisait donc de l'ouvrir. Ce qu'ils firent.

Ils étaient maintenant en relative sécurité, hors du sombre garage. Mais ils étaient où?

Ils étaient sur une sorte de palier. Il y avait une autre porte devant eux. Qui faisait face à la porte d'entrée ou de sortie. L'espace mesurait à peu près 3 mètres par 3 mètres. Il y avait un escalier à droite qui montait. Et un autre escalier sous le premier qui descendait.

Descendait vers où ?

Montait vers quoi ?

Il fallait réfléchir au lieu de se laisser entraîner vers un nouveau danger. Danger qui se serait trouvé en haut ou en bas.

Et il y avait aussi le problème féminin. Tant qu'elle  ne se serait pas remise sur pieds ou revenu du royaume des rêves (est-ce qu'on rêve à la suite d'un coup violent sur la tête ?), on ne pourrait aller nulle part. L'emmener jusqu'ici les avait privé de leur dernière énergie. Il était hors de question qu'ils montent ou descendent ces escaliers en la portant encore. Comme les femmes sont encombrantes, organique et pesantes.

En attendant que tout aille à nouveau pour le mieux, ils s'assirent sur les marches. Monsieur Hitler qui avait récemment découvert les joies du travail besogneux et utiles préparait des travaux futurs. Monsieur Kafka essayait en vain de reprendre son souffle. Il était si pâle qu'il aurait pu mourir là. 

Le temps passa.

C'est à ce moment que la secrétaire se réveilla. Avec un violent mal de tête. Ce qui était normal puisqu'elle venait d'êtres assommée. 

On se demanda s'il valait la peine de lui demander son avis. Ou s'il était préférable de lui ordonner de les suivre.

Après tout, une femme est un être inférieur. Physiquement et intellectuellement. ¸

Monsieur Hitler et monsieur Kafka qui commençait à reprendre des couleurs (naturelles au lieu du mauve et du violet) continuait à discuter, chacun proposant les avantages et les inconvénients de monter ou de descendre.

L'escalier qui montait allait vers où?

L'escalier qui descendait allait vers quoi ?

Et il y avait la porte devant eux qui leur aurait permis de découvrir sans monter de marches fatigantes de qu'il y avait au rez-de-chaussée. Qui était probablement aussi intéressant que ce qu'il y avait en bas, sous terre, et en haut. Combien cet édifice avait-il d'étages ?

Encore une fois, mademoiselle la secrétaire qui était une femme (on l'a dit) se mêla de ce qui ne la regardait nullement, interrompant leur discussion. 

_ Allez en bas ?

Les 2 hommes la regardèrent interloqués. 

_ Mais il fait noir.

En effet, l faisait moins clair si on regardait ce qu'il y avait au bas des marches et qu'on distinguait mal que si on regardait en haut.

_ Je ne vais pas en bas.

Le problème se répétait encore une fois. Si elle restait là, elle risquait d'être capturée et de les dénoncer. 

Où qu'elles se trouvent, quoiqu'elles fassent, les femmes constituent une cause de problème. Certains esprits fermes ont conclu qu'il vaudrait mieux les tuer, les exterminer toutes, ce que d'autres trouvaient quelque peu exagéré. 

Si on y réfléchissait bien, on pouvait conclure que si on descendait, on allait sous terre. Et là, il n'y aurait pas de fenêtre. L'idée d'aller sous terre ressemble à celle de s'enterrer. Se rapproche de tombe et de tombeaux, de crypte, de catacombes, de prison, de tanière, de labyrinthe. 

Plus on y pensait, moins on avait envie d'y aller.

Elle, bien sûr, n'y avait pas sérieusement songé, se laissant guider par la peur. Eux y pensèrent plus longuement, avançant le pour et le contre, et arrivèrent à la suite du même raisonnement à la même raison: monter était préférable. 

_ J'espère qu'il n'y a pas trop de marches. Dit monsieur Kafka en soupirant.

_ Qu'on aille où qu'on veut pourvu que ce ne soit pas en bas. Dit la secrétaire. 

Ils la firent avancer devant. 

Au cas où ils rencontrerait quelqu'un qui descendrait au même moment. Ils pourraient la pousser violamment dans ses bras ce qui surprendrait certainement l'intrus et pendant qu'elle se débattrait et qu'il chercherait à maîtriser cette furie, ils en profiteraient pour descendre et s'enfuir.

Mais ils évitèrent de lui faire part de cette partie de leur raisonnement.

*

État 1. 1 nov. 2013