HISTOIRES DE FANTÔMES

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HISTOIRES DE FANTÔMES.

Vers minuit, à la lueur de la chandelle, monsieur Henry Dickson, devant l'âtre où brûle des bûches d'érables et de vieux parchemins, se penche sur son écritoire. Tout est tranquille dans la grande maison, tout semble dormir et, soudain,
il y a ce bruit.

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11.11.13

430.127.34. IL VA DE SOI QUE LES FEMMES SONT INFÉRIEURES À L'HOMME MAIS JUSQU'À QUEL POINT ?

_ Votre excès d'enthousiasme frôle l'obscénité

Il avait pris son parti de l'excitation permanente de mademoiselle la secrétaire envers les innombrables choses insignifiantes de la vie et préférait donc faire comme si elle n'existait pas. Il avait eu la faiblesse de l'interroger sur ce qui l'amusait tant à faire ceci ou cela et un regard supérieur et méprisant avait été la réponse reçue. 

Elle avait cessé d'exister il y a un moment. Et, depuis, tout allait pour le mieux. Une sorte de fantôme comme il y en a dans les vieilles demeures qui dérange quand on leur prête attention mais qui deviennent des esprits familiers lorsqu'on les ignore. On devine leur présence. On présume leur passage. Comme des courants d'air. On ne sait ce qu'ils veulent ou ce qu'ils pensent. Il en va probablement de même de leur côté. 

Chaque geste ou chaque parole risquant d'être mal interprété de part et d'autre, tant il y a des différences d'ordre philosophiques, ontologiques et vitaux entre ces 2 espèces ou ces 2 états de la matière qu'il vaut mieux faire semblant de vivre seul. Même lorsque la fatalité ou la pression sociale et familiale ont conduit au mariage. C'est ainsi que les couples durent d'ailleurs. On finit comme 2 appuis-livres affairés à tenir des livres et une vie passe ainsi. Chacun est si occupé qu'il n'a plus le temps de penser ce qui est la meilleure chose qui puisse arriver. Que demander de plus à la vie, qu'elle passe. Sans blesser quiconque. Sans accroc. 

Monsieur Adolf Hitler tournait les pages de son nouveau livre. Il avait découvert, il y a longtemps, le plaisir de vivre par procuration par la lecture d'ouvrages historiques et de biographies d'hommes célèbres. Vivre soi-même, en personne, demande une telle attention, cause tant de tourments, qu'il vaut mieux ignorer le monde dans lequel on est condamné provisoirement à vivre. Ce monde vit. Il passe. On le laisse faire. On ne lui demande rien. 

Et l'empressement que mettait mademoiselle la secrétaire à épousseter le mettait mal à l'aise. 

Elle avait probablement chaud. Très chaud. Elle transpirait sans doute.

Ce qui n'était pas peu dire de monsieur Kafka qui, entouré de soeurs, vivait un calvaire renouvelé tous les jours. Il y a quelque chose dans le mode de vie des hommes et des femmes et leur manière mutuelle de penser (quoique dans le cas des filles, la science moderne ne soit pas encore arrivé à une conclusion définitive et satisfaisante). Elles lui pompaient l'air. Cette manière de diriger, de houspiller, de surveiller, de juger. 

Du point de vue logique, il trouvait tout à fait incompatible la possibilité de leur 2 existences dans le même espace. Si ce n'était le fait que les femmes soient des mammifères dont la mission principale était la reproduction puis l'édification d'un nid et le fait que la Nature ait fait pour elles ce qu'elle fait aux papillons, les revêtant brièvement d'une jolie tournure comme elle fait pour les fleurs dans le but d'attirer les bourdons mâles. Ceci fait, la beauté étant désormais inutile, le magnifique papillon devient une grasse et grosse chenille tissant avec ardeur son cocon. 

Donc monsieur Hitler et monsieur Kafka lisait avec attention en attendant de mourir ce qui leur arriverait probablement sous peu. Eux, dans cet endroit immense et menaçant, eux, qui n'y avait rien à y faire et qui ne devait leur survie (provisoire) uniquement au fait d'être miraculeusement passé inaperçu. Il y a sans doute un dieu pour les idiots. Un dieu mineur qui ne protège de rien, ou pas longtemps - des calamités communes aux grands dieux.

Ils vivaient le rêve des intellectuels humanistes, passer leur vie dans la bibliothèque idéale. 

C'est le soudain silence de mademoiselle la secrétaire dactylographie diplômée qui attira leur attention en la sortant des beaux volumes tendus de peaux humains (teintes en rouge) qu'ils chérissaient amoureusement. 

Il y avait toujours ce bourdonnement ce cette pauvre  folle qui chantait et sifflotait en époussetant. Qui rappelait sa terrible soeur à monsieur Hitler. Monsieur Kakfa que les calamités n'avaient jamais épargné, avait été particulièrement éprouvé par le sort, en ayant eu 3. Il y a de quoi penser au suicide. Ou faire des poèmes sur la pendaison et la noyade. Ce qui avait été son thème favori depuis qu'il avait découvert la littérature.

_ Curieux ! 

_ En effet. Elle ne chante plus.

_ Elle est peut-être morte ? 

Était-ce une bonne ou une mauvaise chose qu'elle soit morte ? Aucun n'arrivait à une conclusion satisfaisante. La vie est ainsi faite, de bricolage en bricolage. Quelqu'un nous empeste, fait de notre vie un enfer - quoique ce ne soit nullement le cas de mademoiselle la secrétaire qui était la discrétion même quoiqu'étant femme, ce n'était nullement facile - et on découvre subitement, à notre plus grand désarroi, qu'on s'ennuie. Non qu'on ne puisse plus se passer d'elle - telles sont les stratagèmes et les enchantements usés par le femmes auprès de leur entourage - il la connaissait depuis trop peu de temps et, encore une fois, sa mort ou son décès, tout à fait envisageable dans les circonstances, ne serait nullement une tragédie. Mais il leur semblait qu'il manquait quelque chose en ce lieu. Non qu'il n'y ait pas suffisamment de choses. Des murs aux étagères de bois sculptés remplis du sol au plafond de belles éditions. Des bustes et des statues de tyrans et d'assassins. De magnifiques tableaux de victoires d'armées diverses avec des fanions, des drapeaux. Et de nombreuses crucifixions. Et des décapitations de Saint Jean Baptiste. Toutes choses fascinantes.

Mais où est-elle passée ? Lui est-il arrivé malheur? A t-on idée, d'épousseter des haches de décapitations (il y avait les billots - indispensables -  pas loin). Quelle imprudence. Il peut vous arriver malheur. Et vous n'aurez qu'à vous en prendre à vous.

Monsieur Hitler et monsieur Kafka s'interrogèrent du regard.

Tant de poèmes émus - qui brisent le coeur de tous les lecteurs et lectrices sensibles - ont été écrits au sujet de l'être aimé trop tôt disparu alors que si on avait attendu un peu, - on - étant le sort. Si le sort n'avait pas été si cruel, la vie conjugale de ce couple aurait été un enfer tout semblable à ceux des autres. Et il n'y aurait pas eu de poésie. Peut-être un texte ironique rancunier et ricaneur. Qui est une autre forme littéraire. D'où la beauté - si nécessaire à la culture - des morts prématurées, des assassinats tragiques et injustes (qui font douter de la bonté de Dieu) et des suicides dramatiques. 

Cette salle menant à une autre puis à une autre. Probablement que cette suite de salles occupaient tout le dernier étage de ce mystérieux édifice dont on ignorait tout. Y compris le nombre d'étages. Pourtant, on avait parcouru ces escaliers, marche après marche, monsieur Kafka y ayant laissé ce qui lui restait de poumon. Mais à la longue, on avait fini par perdre le compte. Tant compter ces marches puis ces paliers devenaient épuisant. Combien en avait-on fait ? Combien restait-il à faire ?

On aurait pu arrêter à tout moment et entrer par une des portes si tentantes. Mettant ainsi fin à notre escalades épuisantes. Pour découvrir quoi? Pour être découvert par qui? Et quelle serait la réaction des habitants de cette tour? Plus on grimpait, plus on avait l'impression qu'il s'agissait d'une tour. Un édifice tout en hauteur. En effet, quel aurait été la réaction des gardes que l'on imaginait innombrable ou très nombreux quoique difficile à conter. Sans doute pas la joie ou le recueillement.

Ils pensèrent à cette pauvre fille dans le camion qui avait partagé leur périple et qui était en ce moment quelque part à attendre quoi?

Ils pensèrent à cette autre pauvre fille qui avait fait l'objet de la dernière enquête du dernier patron de la secrétaire. Les secrétaire efficace et silencieuse (il faudrait corriger ce défaut) sont très en demande. Combien d'hommes d'affaires ou d'auteurs seraient désemparés sans cette assistante diligente. Et silencieuse. Oui. Il faudrait vraiment corriger ce défaut.

Le patron de la secrétaire était mort. Ce qui ne chagrinait nullement monsieur Hitler qui, quoique homme bon et charitable, avait fini par détester cette engeance qui ne faisait pourtant que remplir plus ou moins efficacement avec la dose de perversité nécessaire son rôle social. Les enfants - futurs adultes - ayant été éduquée et forgé dans la soumission et la docilité afin que plus tard on les commande sans qu'ils protestent. Trouvant même leur position sociale enviable et la réclamant quand ils en étaient privés. 

Mais monsieur Hitler avait découvert qu'il détestait être commandé. Il ne savait pas encore s'il aimait commander. Jusqu'à présent, il avait trouvé l'usage de l'autorité tout à fait répugnant. Et n'avait nullement envie d'imiter un tel comportement. Ce qui l'avait gardé dans sa philosophie personnelle éprise d'humanisme (avec la distance nécessaire) et de pacifisme. S'ajoutant l'amour des animaux. Et le végétarisme. 

_ Mais où est-elle passée ?

Ils avaient beau ouvrir des portes, larges et hautes, jusqu'au plafond, comme si elles étaient conçues pour des géants, elle demeurait invisible.

Enfin, ils la découvrirent. Observant consciencieusement un mur.

Et le plus étrange, c'est qu'elle n'époussetait plus. 

_ Était-elle malade ? 

_ Une sorte de langueur qui prend aux femmes. 

Monsieur Kafka avait remarqué ce genre de chose chez une de ses soeurs.

Ils allaient se moquer d'elle - tous ces mouvements devaient être épuisants et elle s'était probablement endormie debout - quoique ne connaissant pas suffisamment la gent féminine et ses us et coutumes pour être tout à fait sûr de leur théorie - lorsque s'étant approché davantage, ils virent ce qu'elle avait découvert.

*

État 1. 11 nov. 2013




10.11.13

429.126.33. MONSIEUR ADOLF HITLER ET MONSIEUR FRANZ KAFKA CONTRIBUENT AUX STATISTIQUES NATIONALES SUR LA LECTURE. ENFIN, L'AUTRICHE DÉPASSERA L'ALLEMAGNE EN QUELQUE CHOSE.

Quel spectacle affligeant.

Mademoiselle la secrétaire dactylographe était donc prise d'une furieuse envie d'épousseter. Et elle se laissait aller à ses pulsions coupables. 

Elle avait même trouvé une broderie et s'en servait comme chiffon. Faute de mieux. Elle l'avait découverte en se cherchant une arme de petit format - que les femmes sont agressives ! - ouvrant des armoires, des tiroirs et tout ce qui avait des charnières. Il y avait là dans une boite de verre près d'une gravure ancienne d'une reine étranglée avec ses propre cheveux longs et noirs par 2 gardes. Elle implorait ou cherchait péniblement de l'air sans parvenir au moindre résultat. Le dessin était primitif mais efficace en ce qu'on devinait bien ce qu'on voyait. Rien n'était laissé à l'imagination. Les petits bras suppliants de la pauvre reine. Les bras puissants des bourreaux qui avaient entouré son petit cou (également long) de ses grands cheveux. Quant au mouchoir (?) ou tissus brodé, ce souvenir qui avait sans doute un rapport quelconque avec l'événement réel ou imaginaire ou historique dont elle ne savait rien. Mais seul le collectionneur le savait. Elle en oublia dont son arme. Qui n'existait malheureusement que dans son esprit. Et comme une louve affamée, se jeta sur une pauvre statuette sans défense.


Pendant ce temps, comme des souris d'église silencieuses et recueillies, nos 2 héros se laissaient aller à leur insatiable curiosité. Livres après livres.

Ils en avaient pour la vie.

Ce qui ne devrait pas prendre très longtemps, si jamais quelqu'un venait ici.

Toute à ses pensées, faisant aller son antique chiffon, elle astiquait, polissait et elle accrocha une applique murale supportant un globe de verre contenant une chandelle. Heureusement, sa maladresse ne fut pas la cause d'un désastre. L'ustensile décoratif n'avait sans doute jamais servi mais faisait joliment la décoration antique et murale. Car on avait l'électricité ici. 

Le chiffon se prit dans une moulure de feuilles de cuivre. Probablement une vigne. Et il ne voulait pas s'en extirper. Elle tira sans trop forcer pour ne pas briser le tissus. Comprenant tout le soin et toutes les heures qu'avaient mis la femme qui l'avait brodée au risque de perdre la vue en usant ses yeux.

Et, soudainement, un pan de mur pivota.

*

État 1. 10 nov. 2013


428.125.32. MONSIEUR ADOLF HITLER PRIS DU DÉMON DE LA LECTURE

Monsieur Adolf Hitler et monsieur Franz Kafka étant des esprits supérieurs et des hommes de lettres, ils profitaient de l'occasion inouïe qui ne se reproduirait sans doute jamais - du moins dans cette réincarnation - d'utiliser la salle de lecture de l'étrange bibliothèque mise à leur disposition. Sans l'accord de son légitime propriétaire. Mais, selon leur point de vue bien particulier, ils auraient dit que c'était le Destin. Et que ce n'est pas tous les jours que le Destin leur était profitable. Aussi bien en profiter. 

Il y avait là des ouvrages rares. Supposés perdus dans les chaos de l'Histoire. Car il reste si peu de choses des écrits Grecs et Romains suite à la grande débâcle de 1000 ans qui effaça toute trace de civilisation. Comme si l'Histoire de Hommes imitait celle de la Nature qui, lorsque les grands sauriens disparurent après un règle de quelques millions d'années, la vie recommença à une échelle plus modeste et avec quelle lenteur. Les grands cataclysmes cosmiques eurent raison des maîtres de la vie. Rome s'effondra d'être allée si loin et si haut. Et il fallut 2000 ans pour que les hommes l'égalent enfin et la surpasse. Avant qu'ils chutent de nouveau ? Car il y eut de grandes civilisations avant celles que l'on connaît. Il n'en est rien restée. Sauf, parfois, des noms dans des contes. Et, le petit homme sauvage recommença. Comme s'il était incapable de tolérer longtemps la grandeur. 

Il y avait tant de texte. Il faudrait plusieurs vies pour les lire. Et il n'en avait qu'une seule à leur disposition. Et même pas entière, car il leur fallait dormir. Vaincre la lassitude qui suivait la trop grande attention. 

Tous ces livres. Il y avait de quoi devenir fou.

Monsieur Kafka était pris de vertige. Déjà qu'il devenait comme ivre lorsqu'il entrait dans une librairie ou une bibliothèque. Ou même chez un bouquiniste. L'odeur de vieux papier. De colle délicieuse. D'encre exquise.

Et il y avait là autre chose que le courant du grand fleuve des idées de l'époque. Il y avait là, tout autour d'eux, des secrets et des malédictions. 

Quand les savants et les érudits musulmans sauvèrent ce qu'ils purent des textes anciens. Ceux que leurs prêtres ne condamnèrent pas. Quand ces textes ayant déjà subi un premie tri, parvinrent en Europe plongée dans l'obscurantisme et la barbarie et que les moines, caché dans leurs monastères pendant que les grands monstres politiciens se dévoraient mutuellement afin que le plus terrible gagne ou survive, ils traduisirent et copièrent à la main, avec leur dos, leurs reins, leurs poignets, ce que leur religion tolérait, le reste, jugé inutile, replongeant dans le noir d'où il ne sortirait plus jamais. Quand de tout ceci sortit ce qui resterait désormais de la culture Antique, base et socle sur lequel s'érigera la première Renaissance, le silence des siècles s'imposa sur ce qui avait été délaissé. Tant de choses. Et ceci n'était rien comparé à ce que les barbares avaient brûlé avec joie. Quelle danse avait été celle qui se faisait dans les bibliothèques et les musées auxquels on mettait le feu parce qu'on n'y comprenait rien. Et c'étaient les premiers barbares à l'esprit troublé par leurs cultes païens. Ensuite ce furent les barbares, les mêmes et leurs descendants, convertis au catholicisme, qui mirent le feu à ce qui restait encouragés par les prêches des sorciers chrétiens. Sous prétexte que l'Évangile prêchait l'humilité qui n'était pas seulement celle des habitudes mais aussi celle de l'esprit. Car penser rendait orgueilleux. Se poser des questions pouvaient aller jusqu'à interroger les textes sacrés. Remettre en question les guerriers arrivés au pouvoir et leurs méthodes cruelles de gouvernement. Il fallait détruire les exemples de telle envie. Inutile de lire. Donc pourquoi apprendre ou enseigner à lire si c'est pour amener la tentation de l'esprit. Et ceux qui pouvaient lire devaient se suffire de lire jusqu'à apprendre par coeur les textes enseignés par le seul Dieu. 

Mais alors que se produisait cette Histoire que tous connaissent, une autre Histoire plus secrète se passait. Silencieuse. Inexorable. Ils en avaient les traces tout autour d'eux.

Monsieur Kafka était de ce type d'enfant que l'on pose dans un coin avec un livre et qui y sera encore lorsqu'on reviendra. Dans 1 heure. 1 jour. 1 an. Pourvu qu'il ait d'autres livres. 

Monsieur Hitler était un intellectuel plus primesautier. Il ne lisait que certaines choses. En regard à son art. En ce qui concernait les enseignements des anciens. Les confrontations avec les modernes. Puisque les Anciens étaient morts. Et que les Modernes furieux imposaient leur vie partout. 

Mais il s'intéressait aussi à l'Histoire. À ce qu'elle montre du pouvoir. Ce qu'elle enseigne sans le dire à ceux qui comprennent. Devinent. Engrangent pour plus tard. 

Il n'y avait pas là de textes portant sur l'Art mais tant de livres décrivant l'Histoire cruelle et ses méthodes. 

Quoi lire en premier?


Il subissant le supplice de Tantale. Enchaîné à une muraille, il a près de lui une table sur laquelle il y a les mets les plus fins, en quantité infinie et des verres des boissons les plus exquises ou de l’eau la plus fraîche. Mais il se meurt de faim car il lui est impossible d’atteindre la table et de toucher ce qu’il y a boire et à manger. Il ne peut qu’en sentir l’odeur. Dans une situation normale, il mourrait de soif et de faim mais comme il a été puni par les Dieux afin de servir de proverbe, il ne mourra jamais mais souffrira sans cesse de la soif et de faim et souffrira encore plus car si près de lui, il y a toutes ces choses délectables qui lui sont interdites.

Comme les dieux étaient vicieux, à l’image du dieu des Chrétiens et des Juifs, au sommet de la muraille où il est rivé, se trouve une épée tenue par un crin de cheval, tendu juste au-dessus de sa tête. Et la peur.

Il y avait tous ces livres si tentants qu'il leur était impossible de lire. L'un et l'autre ne pouvait qu'ouvrir l'un et l'autre et picorer un chapitre.

Le temps leur manquerait toujours.

Car si mademoiselle la secrétaire pestait contre la poussière des lieux, signe qu'on ne faisait pais souvent le ménage - péché gravissime pour elle - il n'y avait malgré tout pas tant de poussière et aucune toile d'araignée. Ces petites bêtes adorant les recoins abandonnés. Signe que si on ne venait pas souvent, on venait de temps en temps. 

Monsieur Hitler s'y connaissant en poussière, moutons, araignées. Lui qui ne faisait jamais le ménage dans ses divers logis - ayant pour son dire que c'était une tâche féminine indigne de lui et que sa future épouse, quand il aurait le temps de pourvoir à cette fatalité - y pourvoirait.

Il savait donc à peu près combien de temps il faut pour qu'un espace ou un lieu ou des objets et des tables dans ce lieu se couvre d'une fine couche de poussière céleste. Poussière devenant de plus en plus opaque avec le temps. Bientôt, le recoins des planchers étaient les refuges de tant de cheveux qu'il était impossible d'en deviner la provenance - une simple déduction rendant impossible le fait qu'ils proviennent d'une seule tête puisque personne, jamais, ne venait chez lui. Et il y avait dans les coins et recoins des hauts des murs des toiles d'araignées invisible. Cet état des lieux et les diverses étapes décrites se répétant où qu'il aille.

Il était donc facile, du moins relativement facile, toute chose étant égale par ailleurs, qu'on n'était pas venu ici depuis 1 mois. Plus. Ou moins. Mais qu'on était déjà venu. Ce qui supposait qu'on venait régulièrement puisqu'il n'y avait pas de poussière dépassant le mois et qu'on pouvait donc revenir à tout moment. 

Ce qui gâchait vraiment tout le plaisir de la lecture. 

Une sorte de peur déplaisante les prenait alors. Comme des enfants qu'on allait prendre en faute et punir férocement. Mais l'occasion était si tentante. Et il y avait tant de plaisir à défier la loi.

De temps en temps, mademoiselle la secrétaire, véritable horloge biologique, venait les réclamer à son attention. Selon elle, il fallait faire quelque chose. Il faudrait faire quelque chose. Ceci. Cet état de chose ne pouvait durer.

Elle avait faim. Elle avait soif. Elle avait peur. Comme toutes les femmes son organisme la hantait. Tant de besoin dans un si petit corps.

Monsieur Hitler ou monsieur Kafka qu'elle venait houspiller à tour de rôle, la regardait avec désespoir. Quelle ignorante. Tous ces livres à sa portée et son cerveau était incapable de les apprécier. 

Et faire quoi?

Elle leur démontrait alors qu'il y avait des armes. En effet, les armes ne manquaient pas. Malheureusement, aucune arme à feu. Ce qui y ressemblait le plus étaient des mousquets brodés de dorures. Arme à 1 coup. Mais il n'y avait ni balle de plomb ni poudre.

Toutes ces armes dataient des époques où les hommes étaient costauds. il fallait une grande force physique pour les soulever. Tant qu'à s'en servir. Il y avait probablement eu dans leurs ancêtres de ces guerriers, car ils éprouvaient du plaisir à les soupeser, les tenir, à imaginer des batailles. 

Mais les rejetons de ces guerriers puissants étaient des dégénérés affaiblis par la civilisation et le confort. 

Faire quoi?

_ Aller combattre ces géants armés d'armes modernes - ils les avaient entrevus dans le garage - avec des hallebardes et des masses d'arme. 

Monsieur Kafka approuva. Il avait déjà mal à l'épaule de seulement manipuler le poids de fer couvert de pointes de fer sous sa chaîne. 

Pour les hommes modernes affaiblis, il fallait des armes légères pouvant atteindre une cible à distance. Un pistolet. Un révolver. 

Une arme qui évite le contact physique. On peut bien rêver de charge de cavalerie en maniant un sabre à la courbure magnifique mais il faudra couper et trancher ou traverser des chairs quoique le sabre ne soit pas l'arme idéale pour ce faire. Et il y a l'autre qui ne se laissera pas faire. Si on l'approche - la portée du sabre étant d'1 mètre - il est déjà trop près de vous. 

_ Vous êtes des peureux !

Dit mademoiselle la secrétaire dactylographe indignée. 

_ Si j'étais un homme...

Elle imaginait alors ce qu'elle ferait si elle était un homme. Pour convenir que n'en étant pas un - n'étant qu'une simple et misérable femme - elle n'en avait aucune idée.

Il leur fut facile de lui prouver qu'eux, étant homme depuis la naissance, n'avait aucun pouvoir magique. Leurs corps sans entraînement n'était pas décharné - sauf monsieur Kafka - mais impropre à toute violence physique. Non que l'envie ne leur ait jamais pris mais il fallait transpirer, bouger, être probablement meurtri et blessé. Pour un résultat bien improbable.

_ Et je suis myope 

Dit monsieur Kafka qui, comme bien des Juifs, accumulait en lui toute les tares imaginables.

_ Heureusement, j'ai mes lunettes. Ce qui me permet de lire.

_ Mais pas de combattre, évidamment.

_ Sans lunette, je ne vois même pas mes mains et encore moins celle de mon supposé adversaire puisqu'il sera probablement à une plus grande distance de moi que mes mains. 

_ À moins qu'il ne soit en train de vous étrangler. Les mains sur votre cou.

_ Et il aura probablement mauvaise haleine. Et je sentirai sa transpiration.

_ Vous êtes condamné au pacifisme. 

Conclut monsieur Hitler.

_ Il faut bien que certaines personnes se consacrent à la poésie ou à la philosophie dans cette époque grinçante.  

_ Que les barbares s'entretuent pendant que nous permettons à la civilisation de survivre. Les souris dans leurs trous et leurs nids de laine pendant que les chats de gouttières attaquent les chien.

_ Belle philosophie. 

Mademoiselle la secrétaire prit une lance à une armure - sans chevalier - et la soupesa. Elle était bien lourde. Comme elle regrettait de n'être qu'une femme ignorante, inutile et encombrante. Si elle avait été un guerrier. Elle aurait commencé par frapper nos 2 philosophes lecteurs.

_ Et vous aller lire jusqu'à ce qu'on vienne.

_ Nous avons l'air de lire mais nous pensons.

_ Oui. Nous lisons et nous pensons. 

_ N'est-ce pas remarquable! Ils lisent et pensent en même temps.

Et mademoiselle la secrétaire déposa sa lance bien trop haute pour ses bras. Elle avait failli l'échapper pendant une autre de ses manoeuvres maladroites et écorner une peinture chinoise sur soie de Gengis Khan. 

Grand Khan de l'Empire Mongol
Empereur suprême Taizu Fatian Qiyun Shengwu

Conquérant impitoyable et sanguinaire. L'un des seuls de l'Histoire à n'avoir jamais perdu de bataille. Malheureusement, comme tous les hommes, il devait perdre le combat contre le temps car comme tous ceux qu'il avait tué ou fait tuer, il était mortel. La seule chose qui lui avait manqué était le temps, sinon il aurait conquis le monde.

_ Attention, malheureuse !

Cet accident évité de peu le plongea dans un abîme d'angoisse bien davantage que la possibilité de sa propre fin. 

_ Un jour, elle blessera quelqu'un !

_ Mais je le compte bien. 

La fois suivante, elle prit une épée Écossaise. Une Claymore. Bien trop lourde. Ensuite, elle essaya une rapière puis un fleuret. Oui, le fleurait serait bien.

- Cette arme ne coupe pas ou si peu. Elle était faite pour les duels. Il faut piquer. Et embrocher son adversaire qui peut avoir la même furieuse envie.

_ Vous êtes une femme, faîtes donc comme toutes celles de votre espèce quand vous êtes confrontée à la catastrophe, mettez-vous à prier.

Elle tournait en rond. 

_ Quoi faire ?

Il fallait faire quelque chose. 

Selon elle.

Et aucun des 2 lecteurs philosophes humaniste ne l'aiderait en rien.

_ Quoi faire?

En proie à un trouble intérieur sans possibilité de délivrance - il aurait fallu qu'un homme véritable la jette sur une table et la pénètre furieusement - seule façon de l'apaiser et de libérer son esprit pressuré par l'angoisse - les 2 seuls hommes à proximité étant bien trop gentlemen pour user de telle méthode avec elle. 

Et était-ce bien hygiénique ?

Elle se remit donc à épousseter. 

*

État 1. 11 nov. 2013

9.11.13

427.124.31. EST-CE À CE MOMENT FATIDIQUE QUE MONSIEUR ADOLF HITLER TROUVA SA VOCATION ?

Afin de préserver une amitié naissante ou une forme primitive de camaraderie naissant du fait de partager le même espace, fut-il une prison ou une salle de classe ou le musée privé de collectionneurs bien inquiétants., il valait mieux, parfois, ne pas se voir trop souvent. Ainsi, chacun d'aller vaquer à ses occupations. 

Messieurs Hitler et Kafka trouvèrent un bon fauteuil où ils pourraient lire. Il y avait dans un autre local attenant une vaste bibliothèques remplis d'éditions rares reliées.

Quelqu'un - le médecin aliéniste qu'il avait brièvement consulté suite aux conseils de son père - avait demandé à monsieur Kafka ce qu'il ferait si on lui apprenait qu'il allait mourir prochainement, il répondit qu'il lirait. 

Ce qui ne satisfait pas son interlocuteur qui répliqua: et si on vous annonçait la fin du monde? 

Je lirais toujours. 

Ce qui vaut mieux que de courir en tout sens les bras en l'air tout en hurlant. 

Monsieur Hitler, à ce moment, avant que le démon de la politique ne vienne interrompre une prometteuse carrière littéraire ou artistique, aurait répondu la même chose. 

Il s'était donc installé dans le confortable fauteuil du bureau de l'inquiétant maître de maison.

Pendant ce temps, mademoiselle la secrétaire avait trouvé un chiffon et époussetait les vitres des vitrine qui en avaient bien besoin - selon elle - mais qui ne lui avaient rien demandé - selon l'opinion commune de monsieur Hitler et de monsieur Kafka.

Mais ainsi sont fait ces charmants petits êtres qu'un rien amuse - non! ce n'est pas le bon mot, car elles sont généralement fort inquiètes - disons donc, qu'un rien occupe. Car ne rien faire est un autre motif de préoccupation. 

Monsieur Hitler, fouillant dans les tiroirs du meuble servant de bureau, joliment ouvragé par des ébénistes de talent, avait trouvé ce qui lui semblait un journal personnel. Ou le dernier tome numéroté d'une série d'albums reliés en rouge, où le Grand Maître de cette sorte de temple racontait ses aventures. 

Il est rare que les grands hommes laissent derrière eux un journal personnel. Ils n'en ont généralement pas le temps toute leur attention allant au présent. Il leur faut arriver au pouvoir et, une fois là, s'y maintenir. Tant de gens, tout comme eux, plus jeunes, ne demandant pas mieux que de les jeter bas de leur piédestal. Ce n'est que lorsqu'ils sont en prison, en fuite, exilé - parce qu'un plus jeune maître du monde les a vaincu et remplacé - ou, si le Destin le permet, à la retraite, qu'ils en auraient le temps. Et leurs secrets s'en vont avec eux. Parce qu'en prison, ils n'ont pas de papier, ou qu'ils attendent leur exécution, ce qui laisse peu de temps pour se morfondre dans le passé. Ou parce qu'ils ont un Walter PPK sur la tempe ce qui leur enlève le peu de goût qu'ils ont - étant des hommes d'action - pour l'épanchement sur eux-même. D'ailleurs, dans un instant, leur cervelle sera éjectée vers le plafond.

Mais chance rarissime, monsieur Hitler avait entre les mains ce genre de document sans prix. Et il était un des rares hommes capables d'en saisir l'importance. 

À ce moment, la tentation de devenir à son tour maître du monde. De modeler ce monde comme s'il était d'argile souple pour en faire une oeuvre d'art. Ne nous faisons pas d'illusion, les artistes ou les écrivains ne s'adonnent qu'à des simulacres décevants. Comme des sortes de sorciers, ils imitent avec des incantations ou des traits de pinceau le monde de leur imagination. Mais ce monde de mots ou d'images n'est qu'une illusion. La tentation peut être grande de manipuler les gens comme on le ferait avec des personnages de fiction. Ce qui empêche la réalisation de cette idée fascinante c'est son impossibilité évidente. Mais si le sort, le Destin, en décidait autrement. S'il plaçait tous ces gens devenus dociles dans les mains d'un grand créateur. Un sculpteur aussi imperturbable qu'un chirurgien, un boucher, un embaumeur, un collectionneur d'insectes qui piquent ses jolis papillons après avoir étendu leurs ailes, un esprit supérieur, qui saurait,sans faiblir, tailler dans la chair vivante. Faire de l'inédit, de l'inattendu, du nouveau, avec les chairs anciennes. Ne se laissant pas émouvoir par les cris du supplicié. Car la sculpture ne peut se faire que dans un corps vivant. Autrement, on retombe encore dans le simulacre et l'imitation. Le musée de cire. Il ne faut pas avoir de pitié. Ce qu'un esprit inférieur et faible tolérerait. Est-ce à ce moment que cette tentation dangereuse de faire de la politique lui prit? 

Difficile à dire. 

Il ne savait pas que la jolie et tendre reliure de ces beaux livres étaient faites de peau humaine. Car celui qui dirige les nations et qui pense à leur avenir la plume à la main doit être un homme d'un goût souverain.

_ À quoi pensez-vous ?

Lui demanda monsieur Kafka. Comme le faisait sa soeur. 

_ À rien. 

Ce qui était vrai la plupart du temps, car la plupart des hommes inoccupés ne pensent à rien. Il n'y a que les femmes qui ont toutes l'esprit torturé qui ne les croient pas. Parce qu'elles ne peuvent imaginer que quelqu'un ne soit pas préoccupé ou inquiet de quelque chose. 

Et monsieur Kafka se contenta de cette réponse. Et trouva son nouvel ami - devait-il utiliser ce mot ? - chanceux. Lui, aurait aimé ne penser à rien. Non qu'il soit du genre féminin emprisonnées dans leur futiles songeries. Lui, qui sentait tout, ressentait trop, percevait des images terribles. 

Mais il n'avait jamais trouvé quelqu'un avec qui partager ses images. Encore une fois, il les garda pour soi. Par politesse. Peu de gens étant disposé à se mettre à frémir et hurler en écoutant un homme du futur le décrire. 

Il sourit donc tristement comme il le faisait toujours et se replongea dans la lecture. 

Mais à ce moment, monsieur Hitler mentait. 

Dans un roman, quoiqu'on pense, le style et les idées ne comptent pas. Les idées, tout le monde en a et ce sont toutes les mêmes. Ce sont celles de son époque qui font rire les nouveaux arrivants du monde futur déjà ancien si on est de la génération suivante. Et le style que l'on utilise est celui, encore, de son époque ou du clan de cette époque, de sa classe, de sa sorte d'intelligence, petit bout de terre sableuse et provisoire auquel on appartient. Brièvement. La seule chose qui compte dans un roman, c'est sa possibilité de rêverie et de fascination. Le pouvoir qu'il a - donné par qui ? - reçu par qui ? (cet être généralement médiocre qu'est un auteur ?!) - de faire rêver. Sans dormir. De posséder le lecteur. D'envoyer l'esprit du lecteur dans un autre monde. Le temps de sa lecture. Le roman est un objet magique. Ou il n'est qu'un gaspillage de papier. Si on perd son temps à analyser, à trouver joli une tournure, un adverbe, c'est qu'on est en face d'un auteur inférieur. Qui aligne des mots sagement. Car il est aussi consciencieux que besogneux. Qui tend des colifichets et des bouts de miroirs à ses acheteurs faute de pouvoir les amener de force dans un monde merveilleux ou terrible. 

Et c'était en compagnie d'un tel auteur que monsieur Hitler se trouvait. 

Un esprit vaste ayant succédé à une caste d'esprits grandioses.

Il rêvait d'égorgement. 

*

État 1. 9 nov. 2013


8.11.13

426.123.30. LE POUVOIR EST UNE PASSION DÉVORANTE DIT MONSIEUR ADOLF HITLER EN SOUPESANT UNE HACHE AU VASTE ET ÉLÉGANT TRANCHANT AYANT SERVI À DÉCAPITER UNE CÉLÈBRE REINE.

Mademoiselle la secrétaire regardait, interloquée (abasourdie, ahurie, déconcertée, décontenancée, déroutée, désarçonnée, désorientée, ébaubi, étonnée, interdite, médusée, pantoise, stupéfaite, stupéfiée, etc.)

_ Pourquoi disiez-vous que nous étions mort ? Ou parliez-vous seulement de vous ?

Dit-elle en bafouillant. Se demandant s'ils étaient malade ou, pire, dangereux ?

_ Regardez autour de vous !

_ On dirait un musée. Je n'aime pas les musées. Trop de choses à épousseter (en quoi elle restait femme, ignorante des choses de l'esprit inaccessible à son entendement - toute chose étant pour elle un objet à entretenir, ranger, placer dans le bon ordre). 

_ Vous avez vu ces objets ?

_ J'ai vu. C'est plutôt vous que je regardais les regarder. Vous ne vous êtes pas vu ? Vous étiez amusant à voir !

Comme il ne servait à rien de discuter avec elle, monsieur Hitler l'ignora et dirigea son attention vers monsieur Kakfa. Il ne sert à rien de discuter avec des enfants. Et, dans la Bible, il y a une belle parabole de Jésus retransmise par Mathieu disant de ne pas donner de perles aux pourceaux. Plus exactement: Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, ni ne jetez vos perles devant les pourceaux (ou les truies), de peur qu'ils les piétinent de leur pieds. 

_ Que faisons-nous ?

_ Il faut sortir d'ici.

_ Facile à dire.

Mademoiselle la secrétaire qui en avait assez d'être ignorée se manifesta:

_ Ne faites pas comme si je n'étais pas là. Quoiqu'il arrive, je serais là aussi pour recevoir la colère divine sur la tête - le terme lui semblait adéquat étant donné le nombre d'objets célestes dans les environs. 

Monsieur kakka parla en parabole:

_ L'esprit d'un homme peut être connu par ce qu'il lit - sans qu'on ait besoin d'ouvrir sa tête comme le font certains savants. Avec des aiguilles qu'ils enfoncent ici et là dans le cerveau, ils pensent atteindre différents centres d'émotions et de volonté ou l'usine à rêve. Ils obtiennent des réactions mais bien imprécises. D'autres utilisent des chocs électriques sur des aliénés. On n'a pas toujours un grand malade sous la main, un orphelin pauvre sans entourage, il reste les prisonniers et les pensionnaires des asiles de nuit.

Monsieur Hitler se souvint des disparitions soudaines qu'il avait vu comme mystérieuses mais que tout le monde semblait trouver normales. Ils étaient là. Ils n'y étaient plus. Dans les salles communes, il y avait des rangées de lits alignés soigneusement comme des jeux de rectangles. Et, le matin, il manquait certains dormeurs. Et ceci arrivait souvent. 

Qui s'intéresse aux pauvres. Comme les souris et les rats de laboratoire, ils représentaient un vivier inépuisable de sujet d'expérimentation afin que la connaissance et la recherche avancent. Des savants trouvaient la morale conventionnelle bien contraignante.

_ L'esprit d'un homme peut être connu par l'endroit où habite son corps.

Poursuivi monsieur Kafka sans tenir compte des réflexions de monsieur Hitler qu'il était bien incapable de deviner vu qu'il n'avait pas le don de lire les pensées. Il devait donc s'en tenir à leur manifestation physique. Cette immense salle. Ce domaine qu'ils n'avaient pu que deviner. L'organisation secrète, imperturbable mais si bien régulée qui veillait à ce que tout ceci existe et continue d'exister. Par son ornementation, on pouvait décrire l'étrange animal qui habitait ce nid.

Ils mirent mademoiselle la secrétaire à contribution. Il était bien connu que les femmes disposant de bien plus de nerfs qu'il n'est nécessaire à leur survie ce qui est généralement source d'inconfort et de malaise pour qui les côtoie - mais tous ces nerfs facilement excitable et si aisément surexcités pouvaient être mis à contribution à l'oeuvre commune: qui était ici, simplement, le fait de survivre. Une heure à la fois. 

_ Regardez tout autour de vous et décrivez-nous la personne qui a conçu ce décor. Ne vous occupez pas de ce qu'on a pu vous raconter tout à l'heure au sujet de la provenance de certains de ces objets ce qui ne ferait que compliquer inutilement vos impressions. 

_ Oui. Dites-nous.

Alors que messieurs Hitler et Kafka étaient des hommes, des créatures vivantes douées de raison et capables de se servir avec lenteur de leur raisonnement - les femmes, dont faisaient parti mademoiselle la secrétaire possédait à la place un sens infirme appelé intuition. Dont ils essayaient de se servir.

Elle fit une nouvelle fois le tour des lieux.

_ Si j'étais une diseuse de bonne aventure, je m'inquiéterais.

_ En effet. 

Monsieur Kafka était épuisé - encore - par toutes les émotions qu'il recevait de ces lieux. Car, étrangement, il avait un don qui était pour lui un autre malheur, de transformer involontairement les perceptions d'un sens en celles d'un autre. Comme si les barrières qui existent en chacun étaient tombées. On appelle ceci synesthésie.

Ainsi les lettres lues, même si elles étaient noires de la couleur de l'encre déposée sur le papier, devenaient colorées. Chacune ayant la sienne et comme il n'y a pas 26 couleurs, c'étaient des variations de tons et de nuances des couleurs primaires et secondaires. Un son pouvait se colorer dans ses yeux. S'il touchait une lettre imprimée ou un objet, le contact se transformait en chaleur. Ou en son. Et les couleurs devenaient des impressions cutanées, des odeurs ou des sons.

Il va sans dire que dans un tel lieu, un homme comme lui étaient noyé dans un océan de formes, de couleurs, de contact, d'odeurs, de chaleur. Un tourbillon.

L'architecture le rendait fou. Une cathédrale gothique lui faisait perdre conscience. 

Et, dans cette antre du mal incarné, il devait se retenir de hurler.

Monsieur Hitler, compatissant, serrait ses bras pour l'empêcher de trembler.

Ensuite, il se retourna, baisse dédaigneusement la tête vers la pauvre femme qui était à leur côté.

_ Les hommes qui ont fait ceci sont ou font parti d'une puissance indescriptible. Il a fallu des siècles pour les rois et les empereurs des nations les plus énergiques pour réunir semblable collection. Des milliers d'hommes sont morts pour elles. Et les invisibles les ont volé sans qu'ils s'en aperçoivent.

_ Mais ce sont peut-être des faux ?

_ On peut faire croire n'importe quoi, je vis de la propagande publicitaire. On a pu vendre à l'homme le plus savant de son temps, des écrits de Jésus - qui n'avait jamais écrit quoique ce soit, sauf sur du sable: son testament, son contrat de mariage avec Marie-Madeleine, son extrait de naissance signé par César. Des recettes de cuisine de sa mère, Marie. La Sainte Vierge. Le tout. non en araméen, grec, hébreux mais en ancien français inspiré de Rabelais. Et il a payé une fortune pour tous ceci. Et la crédulité est contagieuse, car il s'était endetté et ruiné pour ces trésors imaginaires voulant les léguer à la France. Et les conservateurs des musées étaient ravis. Tout est possible.

Monsieur Kafka revint d'une autre inspection avec l'air de celui qui était frappé du haut mal.

_ Ils ont même le tombeau de Charlemagne. 

_ On dit que le kaiser le fait rechercher.

_ Il manque l'épée de Roland ou d'Arthur.

Dit ironiquement la petite secrétaire qui lisait trop.

Monsieur Kafka qui avait dû s'aliter sur un grand canapé en crin de cheval noir dit quelques mots.

_ Malheureusement, comme bien des artistes, je suis affligé d'un don qui est plus une souffrance qu'un plaisir. Si j'écris, c'est pour me libérer. Mais c'est bien peu et insuffisant. Il me faudrait peut-être un meurtre à coups de couteaux pour que je me sente enfin léger. Mais mon éducation m'interdit de tuer. Et je ressens les troubles des victimes comme si j'étais liée à elles. Ce qui me fait comprendre ce lieu comme une sorte d'organisme carnassier se nourrissant de chair sanglantes et de pries vivantes. Ces gens - mais est-ce que ce sont des gens ? Des êtres vivants? Des corps possédés par des esprits malsains et malfaisants - qui ont créés ces lieux hantés doivent être évités à tout prix. Je sens leur présence. Partout. Et les murs suintent le malheur et la détresse. Un esprit diabolique s'est emparé de ces reliques et les a détournés de leur destin. Dans ce combat, Dieu a perdu. 

_ Si ce sont des faux ?

La pauvre secrétaire y tenait.

_ On se sert dans les cours de chimie d'une languette de papier tournesol pour distinguer un acide d'une base. Le papier se colore. Je réagis semblablement devant la douleur. Ce qui fait que je ne peux presque plus marcher dans les rues tant elle coule de toutes les murailles de la ville. Et ces objets proviennent du meurtre d'un Dieu. 

Elle le vit comme un grand malade mais comme il était beau, dans le genre poète souffrant, elle voulut le bercer.

Monsieur Hitler trouvait qu'il y avait bien trop de femelles ici. Un homme de décision devenait impératif.

_ Il faut partir d'ici.

_ Mais ces gens, cet ordre des choses dont vous parlez tous les 2 en ayant l'air de vous comprendre à demi-mot, pouvez-vous me l'expliquer. Je ne suis qu'une femme et mon entendement comme vous avez pu le remarquer est insuffisant hors de l'espace domestique. Je n'y peux rien, lorsque je suis oppressé, je dois nettoyer quelque chose. 

_ C'est une synarchie.

_ C' est une forme de gouvernement privé, invisible, parallèle qui sépare l'autorité du pouvoir. Ceux qui ont le pouvoir - visible de tous - sont subordonnés à ceux qui ont l'Autorité - invisible à tous. C'est l'énergie du mal dans sa forme la plus intense.

_ Toute personne qui demeure ici en est irrémédiablement contaminé.

_ Il faut partir. 

_ Et si nous n'y arrivons pas ?

_ Il faut à tout prix ne pas être fait prisonnier par ces gens ou ces êtres. Il y a des situations où la mort est préférable à la vie. Je ne me laisserai pas prendre vivant. Depuis longtemps, j'ai fait la liste de ce qui me serait insupportable. J'ai supporté beaucoup jusqu'ici. 

_ Depuis que je suis enfant, je pense à me tuer mais je n'y arrive pas. J'ai toujours caché ce vice à mes parents. Je ne crois pas que je pourrais même si le voulais. 

_ J'ai déjà tué

Dit monsieur Hitler. Au point où on en était, il y a des aveux qui ne font que soulager.

_ J'ai pensé alors, peut-être en réfléchissant insuffisammant, que ma vie valait la peine d'être conservée. Je pensais être un grand artiste voué à une oeuvre future. Que je devais conserver ma vie pour la postérité. Maintenant, je vois la vie comme une farce sinistre, une bouffonnerie de cirque qui ne fait rire personne. Si vous insistez, je vous tuerai avant de mettre fin à mes jours. Ainsi soit-il.

Il retrouvait une prière de son enfance.

_ Je n'ai pas vu ici d'arme à feu mais il y a une collection de couteaux, poignards, dagues, épées, rapières, sabres de toutes les époques. Et qui ne demandent qu'à couper. 

_ Mais vous êtes complètement fou. Vous avez raison en prétendant que ce lieu vous contaminait. Il faut partir. Vous me faites peur.

C'était plus facile à dire qu'à faire. La porte visible de tous menait au corridor décrit plus tôt. Menait aussi à d'autres portes de chaque côté du corridor. Une sorte de boyau qui aurait pu être un long intestin. 

Aller par là était se jeter dans la gueule du loup. Comme ils avaient pu l'entrevoir dans le garage tout en bas, cet endroit regorgeait d'hommes armés. Il y avait ceux qui étaient venus avec eux - sans le savoir - dans le camion: des bandits des bas quartiers de la ville. Mal nourris. Petits de taille. Presque infirmes. Et il y avait ceux qu'ils avaient vu les rencontrer, des hommes de grandes tailles, bien bâti. Monsieur Hitler et monsieur Kafka n'avaient pas osé affronter les premiers qui leur semblait d'une sauvagerie dangereuse. Leurs corps n'étaient pas fait pour ces combats primitifs. Si les premiers étaient effrayants, les autres l'étaient davantage. Les gardes noirs les auraient mis en pièce en un instant. 

Ceux qui dirigeaient cet endroit avaient les moyens d'avoir une garde privée dont le nombre restait à déterminer. 

Il valait donc mieux éviter tout contact physique. 

_ Donc nous sommes prisonniers ici ?

Dit mademoiselle la secrétaire dactylographe.

_ Parce que vous êtes des lâches. 

Il y a des femmes qui exigent d'être giflée pour leur conduite mais monsieur Hitler et monsieur Kafka étaient trop civilisés pour s'abaisser à faire ce que cette pauvre femme exigeait pour satisfaire ses sens dévoyés et malades. 

*

État 1. 8 nov. 2013

6.11.13

425.121.29. UNE PERRUCHE POLITISÉE DISAIT DANS SA CAGE: SI DIEU N'EXISTE PAS, TOUT EST PERMIS.

La Sainte Lance. Ou les Saintes Lances.

Il ne se passe rien entre l'an 33, mort de Jésus et l'an 570. 500 ans plus tard. Du moins pour la Sainte Lance. 

326. Concile de Nicée. La Vraie Croix est découverte par sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin. Il y a les 3 Croix, les clous, la Couronne, la lance, l’éponge et le roseau 

409. Un moine a vu la Sainte Couronne à la basilique du Mont Sion à Jérusalem.

570. Un pèlerin dit l’avoir vu la Sainte Lance à Jérusalem avec la couronne d’épines

On dit qu’elle fut transférée à Constantinople au début du VII e  siècle et, à partir du X e siècle, fit partie des Reliques de la Passion conservées par les empereurs Byzantins dans leur chapelle, l’église de la Vierge Théotokos du Phare. 

Cette collection de reliques faisait de Constantinople la nouvelle Jérusalem et de l’empereur le chef légitime de la chrétienté. Avec délectation, les Grands de ce monde vénèraient les instruments de la Passion du Christ

615. Jérusalem est prise par les Perses. La Sainte Lance et la Sainte Éponge et la Vraie Croix furent apportées dans l’église Sainte-Sophie à Constantinople

799. Le Saint Clou provient du trésor du Saint-Sépulcre. Le Patriarche de Jérusalem le remit, avec des reliques de la Passion, à l’empereur Charlemagne.

Le roi Charles II, roi de France, empereur romain d'Occident, enleva le Saint Clou pour l’offrir à l’abbaye de Saint-Denis


913. Elle réapparaît à Constantinople. Un bout est conservé dans un reliquaire d’or au nom de l’empereur Constantin VII Porphyrogénète.

Ce reliquaire est ramené à la fin de IV e  Croisade en Allemagne par le chevalier Ulrich von Ulmen

Les empereurs d'Orient, comme tous les collectionneurs, essayaient d'augmenter leur collection  de reliques de la Passion

Pour les empereurs chrétiens, la couronne signifie que le Christ est roi. Et qu’en possédant la couronne ou un morceau, leur pouvoir qui leur vient déjà de Dieu, est doublement béni. Mieux, amplifié par ce lien avec le roi des rois. S'ils le peuvent ou en ont les moyens, ils auront la Sainte Couronne ou un morceau ou, au moins, une épine.

922. Le roi allemand Henri l’Oiseleur l’a. Les empereurs du Saint-Empire romain germanique la garderont ensuite à la cathédrale de Magdebourg et au palais du Hofburg, à Viennes.

1098. Les croisés s’emparent d’Antioche et un moine trouve une autre Sainte Lance


1200. On peut voir l’ensemble des reliques à Constantinople.

Monsieur Franz Kafka qui a une mémoire photographique récite un texte ancien:

 « La première à s’offrir à la vénération, c’est la Couronne d’épines, encore verdoyante et demeurée intacte car, ayant touché la tête du Christ Souverain, elle a eu part à l’incorruptibilité… Elle n’est pas rude d’aspect, ni blessante ou pénible au contrat… et, si l’on obtient de la toucher, elle n’est que souplesse et douceur. Ses efflorescences ne ressemblent pas à celles des haies clôturant les vignes qui, comme les voleurs le font par leur rapines, tirent à elles le bord de la tunique et sa frange, ou parfois même écorchent et blessent la cheville du promeneur qu’elle accrochent et ensanglantent de leurs piquants féroces : non, certes, nullement, mais elles sont comme les fleurs de l’arbre à encens, qui ont à leur naissance l’aspect de pousses minuscules, comme les chatons de l’osier, comme des bourgeons qui paraissent ».

Tel qu'écrit par Nicolas Mésaritès, garde des trésors des chapelles du Sacré Palais de Constantinople


Monsieur Hitler, sarcastique, remarque qu'on est supposé parler ici d’une couronne d’épines dont on dit que les soldats Romains l’ont tressés et enfoncés à coups de bâtons sur les tête de Jésus. 


1200. L’archevêque de Novgorod donne la liste des reliques conservées dans le Palais d’Or Impérial : la Sainte Croix, la Couronne, l’Éponge, les Clous, le Sang, le Manteau de pourpre, la Lance, le Bâton

1204. Un croisé décrit la couronne d’épines de Constantinople :

« Ici se trouve la couronne bénie, dont Il fut couronné, qui est faite de joncs marins aussi piquants comme pointes de fer »


http://www.amis-esmv.fr/aventure_de_la_couronne_et_de_la_sainte_epine_3.php

1238. Baudouin II de Courtenay, Empereur de Byzance en faillite, gage ses reliques. Dont la Sainte Couronne. Un banquier Vénitien deviendrait propriétaire de la relique si le prêt n'était pas remboursé en 1239. Comme il a toujours besoin d'$, il demande au roi de France Louis IX, futur saint Louis, de lui en prêter et met une nouvelle fois en gage la Couronne d’épines. Le roi Saint Louis achète les Reliques de la Passion de Constantinople pour 135 000 livres. La moitié des revenus du royaume de France pour 1 an.

La couronne d'épines portée par le Christ lors de la Passion. Un morceau de la Sainte Croix. Un fragment de la Vraie Croix. Un Clou de la Croix. Le Saint Sang, la Pierre du Sépulcre, la Sainte Lance et la Sainte Éponge de la Passion. Une belle Sainte Collection.


Autre liste plus complète:

La couronne d'épines. Un morceau de la Croix. Le sang du Christ. Un morceau de couche de l'enfant Jésus. Du sang issu d'une image du Christ. La chaîne. Le Mandylion, un tissu sur lequel la face de Jésus s'est imprimée. Une pierre de la tombe. Du lait de la Vierge Marie. La lance. Le manteau pourpre. Le roseau. L'éponge.  Un morceau du suaire. La serviette qui a séché les pieds du Christ. Le bâton de Moïse. Un fragment du crâne de saint Jean le Baptiste. La tête de saint Blas. La tête de saint Clément. La tête de saint Siméon.

19 août 1239. La procession arrive à Paris, le roi délaisse ses atours royaux, endosse une simple tunique et, pieds nus, porte la Sainte Couronne jusqu’à Notre-Dame de Paris. Il fait alors édifier un reliquaire: la Sainte-Chapelle. Qui a coûté 40 000 livres. + 100 000 livres pour faire fabriquer la grande châsse en argent qui les abritera.

On avait une belle prière: 


« Heureuse épine qui a fait couler le sang qui guérit le peuple, bien heureuse épine qui couronne le Roi de gloire ».

On disait que Saint Louis allait y prier toute les nuits. 

La Sainte Lance a disparu pendant la Révolution française

Philippe VI de France ou Philippe de Valois vend une épine de la Sainte Couronne à Rodolphe II de Saxe. Par la suite, 70 épines seront vendues.

1285. Philippe III dit le Hardi, fils de Louis IX, donna 4 épines de la Couronne du Christ qui lui avaient été remises par Louis IX

Les Saintes Épines sont toujours vénérées de nos jours et protégées par la confrérie des Saintes Épines de l'église Saint-Matthieu 

1350. L’empereur Charles IV la transfère à Prague

1424. L’empereur Sigismond la transfère à Nuremberg. Il déclare que c’est la volonté de Dieu que la couronne, le globe, le sceptre, la croix, l’épée et la lance du Saint Empire Romain ne quittent jamais le sol de la Patrie. Cette collection d'antiquitées est appelée Reichskleinodien.

1492. La lance de Constantinople est donnée au pape par les Ottomans en rançon

Au début du XVII e siècle, le pape les fit placer par le Bernin dans les quatre piliers soutenant le baldaquin de la basilique. Des fragments de la Vraie Croix et la Sainte Lance dans le Pilier de Saint Longin.

1796. Les troupes françaises menaçaient Nuremberg, le Conseil de la ville envoya les Reichskleinodien à Ratisbonne

1800. Elles sont à Vienne.


1801. Les Saintes Reliques sont confiées aux Chanoines du Chapitre de la Cathédrale Notre-Dame de Paris et placées sous la garde des Chevaliers du Saint Sépulcre de Jérusalem.

La Couronne, le bois de la Croix et un clou de la Croix sont présentés à la vénération des fidèles chaque premier vendredi du mois à 15 h. Les vendredis de carême à 15h et le Vendredi Saint de 10 à 17 h.


1805. Dans la paroisse Notre Dame de Saint-Etienne, la confrérie des Cinq-plaies conserve la Sainte Épine 

1806. Dissolution du Saint Empire et un escroc ou un homme d’affaires avisés, les revend à l’empereur d’Autriche

Saut dans le temps, hors de l'espace-temps de notre conte.

1918. Révolution. Elles restèrent à Vienne, propriété des Habsbourg puis, de l’État autrichien.

1938. Anschluss. Adolf Hitler (si. Si. Après bien des tribulations qui forgèrent son caractère, notre petit personnage deviendra un grand homme d’État) les rapporta à Nuremberg.

1945. Les Reichskleinodien étaient dans le bunker d’Hitler. Comme beaucoup de grands hommes, il fut incompris et connut une fin tragique. Les reliques réquisitionnées, expropriées ou volées par les soldats US, furent restitués à l’État Autrichien. 

2013. Elles sont conservées au palais du Hofburg à Vienne dans la Schatzkammer, la Chambre du Trésor.

La légende disait que quiconque portait le fer sacré devenait invincible. 

Mais si on a la Vraie Croix, le Vrai Sang, la Sainte Éponge, la Couronne d'Épines, un Vrai Clou. 

En plus.

*

État 1. 2. 6. 7 nov. 2013

424.120.28. TOUS LES ÉTATS SONT FONDÉS PAR LE VOL ET LE MEURTRE. MONSIEUR ADOLF HITLER ET MONSIEUR FRANZ KAFKA LISENT EN ATTENDANT DE FAIRE AUTRE CHOSE

Ainsi va le monde

21 avril 753 avant Jésus Christ. La Rome légendaire a été fondée le par Romulus après avoir tué son frère jumeau Remus

Rome devint la plus grande ville du monde avec 2 millions d'habitants

286. l'empereur Dioclétien divise l'Empire en 2 parties : l'Empire romain d'Occident et l’Empire Romain d'Orient

330. Constantinople/Byzance devient la seconde capitale de l'empire ou la nouvelle Rome.

380. Le christianisme devient la religion officielle de l'Empire

382. La cour impériale est déplacée de Rome de Trèves à Milan.

404. Ravenne devint la capitale de l'Empire romain d'Occident après Milan

476 du calendrier julien. Chute de l'Empire romain d'Occident et du dernier empereur Romain (d’Occident). Forcé d'abdiquer. Depuis Auguste, 500 ans d’empereurs Romains. L’Empire d’Occident a cessé d’exister.

637. La prise de Jérusalem par les barbares du calife Omar Ibn Al-Khattâb a été vue comme la plus grande catastrophe de tous les temps.


4 juillet 1187. Saladin défait les chrétiens conduits par Guy de Lusignan à la bataille de Hattin. Presque toute la chevalerie franque est tuée ou capturée. Les États chrétiens sont vaincus.

2 octobre. Saladin libère Jérusalem, après 88 ans d'occupation des Croisés

1204. Constantinople fut détruite lors de la Quatrième Croisade. Manipulée par Venise qui voulait éliminer son seul concurrent. Ce sont les chrétiens et les occidentaux qui ont donné le coup mortel à la ville et à la Rome d’Orient. L’empire se divise en 3 villes décadentes.

Les Croisés, tant qu'à y être, fondent l'Empire latin d'Orient qui exista jusqu'en 1261.

28 mai 1291. Les Trucs prennent Saint-Jean-d'Acre. La citadelle, tenue par les Templiers, tombe. Les dernières places chrétiennes capitulent et sont rasées. Les chrétiens d’Occident ne conservent que la base de Chypre. Fin du royaume chrétien de Jérusalem.

10 février 1258, les Mongols envahissent Bagdad et mettent fin à la dynastie Arabe. Le dernier calife est exécuté.

29 mai 1453. Constantinople est prise par musulmans (Ottomans/Turcs). (Devient Istambul, en 1930)


1492. Expulsion des musulmans d’Espagne. Fin de la reconquête chrétienne en Espagne.

12 octobre 1492. L'Espagne envahit l'Amérique du Sud. 

1571. Chypre est prise par les Turcs.

7 octobre 1571. Bataille de Lépante. L’une des plus grandes batailles navales de l'histoire. Les Turcs perdent. Le navire de l’amiral turc est envahi par les hommes de la galère de Juan d'Autriche. Il est décapité et sa tête placée au bout du mât du navire principal espagnol, ce qui démoralise les Turcs.

1627. L'Espagne fait faillite.

1683. Défaite des Turcs devant  Vienne.

1808. L'Espagne est envahie par Napoléon 

1830. La France envahit l'Algérie. Le Moyen-Orient décadent sera envahi par les puissances Européennes. Ils y seront jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale

Monsieur Adolf Hitler observant une série de bustes de Néron. Lucius Domitius Tiberius Claudius Nero dit Néron. 

Il y avait des œuvres romaines du I er siècle après Jésus. Témoignage d’époque puisqu’il régna 14 ans, de 54-68 après Jésus. Des têtes sur leur socle ou des têtes coupées et cassées de statues de marbre ou de bronze disparues. Une statue en uniforme de centurion. Sans tête. Des buste de Néron en argent et sardoine ou coraline de la Renaissance. 


Des pièces de monnaie d’époque à son effigie. Des Aureus, pièce d’or. Denier, pièce d’argent. Sesterce ou des as ou dupondius, pièces de bronze et cuivre.


Monsieur Hitler apprécia.

- L'empereur divorce de sa première femme, Octavie, puis lui ordonne de s’ouvrir les veines. Il tue sa seconde femme, Poppée, d’un coup de pied dans le ventre alors qu’elle était enceinte. Il essaie de  supprimer sa mère Agrippine. Il faut un accident. Pourquoi pas une noyade providentielle. Il suffit de saboter son bateau qui s'ouvrira en 2 au milieu du lac. Le bateau coule mais elle sait nager. Arrivée au rivage, elle est capturée et éventrée vivante. Puis on la décapite.

Il y avait une copie du tableau inspiré des enluminures de Vincent de Beauvais où on regroupait le supplice d'Agrippine, l’incendie de Rome, les suicides de Sénèque et de Néron. Avec des personnages en costumes du Moyen-Âge. Très inspirant.

Monsieur Kafka commente.

_ Il arrive des choses terribles et ça n'a pas de sens. Ce qui n'empêchera nullement leur arrivée. Et il arrive de nouvelles choses terribles. Et on essaie désespérément de leur donner un sens. Mais il n'y a pas de sens. Jamais.

*

État 1.2
6. 7  nov. 2013